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dimanche 27 mai 2012

Le papillon





Un petit garçon observait un papillon qui avait
 de la difficulté à se défaire de son cocon. Il voulut l'aider
en le dégageant. Quelle ne fut pas sa surprise
lorsque, quelques mètres plus loin,
le papillon tomba au sol, mort.
Le père de l'enfant lui expliqua qu'on n'aide pas
le papillon en facilitant sa libération du cocon.
Il doit y parvenir lui-même, ce qui lui permet
de renforcer les muscles de ses ailes 
pour pouvoir voler par la suite.

Johanne Ouimette-la force de s'affranchir




Rêve du 15 février 2012:

"Je suis en compagnie d'un groupe d'amis. Parmi eux se trouve un jeune homme que j'affectionne particulièrement. Il est handicapé c'est à dire qu'il lui manque une jambe. Mais il parvient à marcher sans problème. D'ailleurs, je cherche sa présence, je marche souvent contre lui, passant mon bras sur ses épaules comme si finalement c'est lui qui me soutient.

Nous sommes sur un pont dans une grande vallée entourée de belles montagnes. Il y a une autre homme handicapé mais qui n'a aucune jambes. Mon ami lui donne des conseils; lui dit de ne pas poser ses pieds entre les planches du pont au risque de rester coincer. Il lui raconte une mésaventures et le met en garde.
Puis nous arrivons dans une salle de fête. Mon ami sans hésiter prend un micro et se met à chanter. 

Je l'admire car malgré son handicap, il vit comme il l'entend, parfaitement indépendant. Il chante très bien mais ses chansons ennuient la foule. Les gens se lèvent et sortent peu à peu de la salle. Il ne reste que nous ses amis pour l'écouter. Il se retourne et voit qu'il n'y a plus personne à part nous.

Je rentre chez moi mais ce n'est pas chez moi. Je vis chez une femme, jeune, maigre qui a des enfants. Elle est excédée que je rentre à cette heure alors qu'il n'est pas tard. Elle veut m'expulser. Cela ne semble pas me déranger; même cela m'arrange.

Je vaque sur un port avec de grands voiliers. Il fait beau. Je suis à moitié nue mais cela ne me gêne pas. Je regarde mon bras et mon épaule droite qui sont dorés par le soleil, alors que mon torse est encore blanc.
On m'avertit que ma fille est très malade.

Je cours vers la maison, et je trouve une petite fille adorable. On me dit qu'elle a une "gastro". Je la touche sur la nuque et le dos et je comprends qu'elle n'est pas malade. Elle n'a même pas de fièvre. Elle a juste avalé un petit objet qui la gêne. Je sors le petit jouet qui est une sorte de piano minuscule. 
La petite fille se met alors à pleurer un peu paniquée; je la trouve adorable. Je tente de détourner son attention pour ne plus qu'elle pleure. Elle me demande alors où se trouve la chenille. Je lui montre une feuille (d'arbre) avec un truc marron dessus.

Nous sortons dans le jardin devant la maison. Je laisse l'enfant déposer la feuille dans l'herbe. Le truc marron est en fait une chrysalide qui se déchire un peu à cause de la manipulation de la fillette. On aperçoit un gros ver blanc (comme un ver à soie) à l'intérieur qui remue. Nous le regardons chercher une place pour s'installer dans son cocon.

La petite fille tout à fait calmée me demande ce que va faire la chenille. Nous rentrons dans la maison et je lui dit:

"La chenille se prépare tout l'hiver"...et la petite fille continue en choeur avec moi: "pour devenir un beau papillon au printemps!""



J'ai vécu des années en m'appuyant sur cet homme boiteux, oubliant que j'avais moi-même des jambes. Oubliant que je savais parfaitement marcher. Et courir. Que j'étais libre de m'appuyer solidement sur la plante de mes pieds qui avaient pourtant fait des racines profondes.

Comment ai-je pu croire autant à cette illusion, cette mascarade de l'homme boiteux?

Lui qui m'appelait "ma sirène" à cause de mes longs cheveux, savait si bien chanter pour m'aveugler. Un maître chanteur. 

Ces mots qu'il assénait d'une voix forte, sûre, assourdissante couvraient la voix de celle-que-je-suis. Il a inversé toutes les valeurs que je portais naturellement en moi, dénigrant ce que personne ne pouvait voir et qui pourtant me soutenait chaque jour, me permettant de supporter l'humiliation permanente de ne pas savoir marcher sur mes pieds.

Il a tissé une toile de mensonge autour de moi, paralysant peu à peu ma vie, mes désirs, sans pourtant parvenir à étouffer la joie. La joie comme un secret permanent au fond de moi, recouverte parfois de souffrance, de ces nuages noirs qu'il souffle sur moi pour mieux me garder.
Il a fait de moi sa béquille; et je l'ai porté si longtemps croyant que c'est lui qui me portait. Jusqu'à ce que mon dos se bloque. Jusqu'à ce que je ne puisse plus marcher.
Je vois bien que rien ne le touche, rien ne l'émeut à part sa terreur de ne plus être porté. Et l'amour qu'il chante ne sert qu'à me ferrer.

Il a su trouver les mots jadis, des mots d'ivresse pour une assoiffée. Et j'ai bu ce vin amer jusqu'à la lie. Jusqu'à donner de ma chair, de mon sang, de ma vie. 

Celle-que-je-suis savait depuis le premier jour. Depuis le premier jour, elle me poussait à fuir cette barbe bleue. 

Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir?

Mais je n'entendais pas, subjuguée par le chant tonitruant du maître-chanteur. Il m'a rendu presque sourde, presque folle. Il m'a montrée l'illusion comme la seule réalité possible. Il a cherché à s'infiltrer dans mon esprit, à y pomper toute la force qui lui manque pour réussir ses envoûtement. 
Il m'a tué sans pitié, afin de me garder. Jusqu'à cette nuit, où Dieu, au fond même de l'enfer qu'il a ouvert pour moi, est venu me chercher.

Et j'ai commencer à sentir mes pieds. J'ai senti le goût de marcher. La stabilité indéfectible du Ciel sous mes pas.

Quelque chose que l'homme boiteux ne peut pas voir. La Réalité ne se dévoile jamais à lui. Moi seule aie l'accès au Royaume.

Je ne sais pas pourquoi suite à cette nuit, je ne suis pas partie. Je n'avais pas terminé la transformation. Il fallait que tout les voiles soient ôtés, les uns après les autres, afin que mes yeux véritables puissent contempler le Royaume.

La vérité est douloureuse, surtout quand on s'en est longtemps prémunie. Elle est comme l'étreinte folle d'un amant éperdue. Elle nous prend entièrement, nous brûle jusqu'à l'os.


Il y a trois jour, tout le fiel accumulé depuis tant d'année est sorti de mon oeil gauche. Ce n'était pas une infection...c'était une libération.

Me voila calcinée.


Nout


En ce jour spécial, une pensée aimante à toutes les mères et femmes de ma lignée...



dimanche 15 mai 2011

Conformité et perception

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© Jimmy Chin

Pourquoi votre esprit se conforme-t-il? Vous l'êtes vous jamais demandé? Vous rendez-vous compte que vous vous conformez sans cesse à un modèle? Peu importe le modèle en cause, et peu importe qu'il vous soit imposé de l'extérieur, ou par vous-même. Pourquoi ne cessons-nous de nous conformer? 

Le conformisme est incompatible avec la liberté, c'est l'évidence même. Pourtant l'esprit est toujours en quête de liberté - plus grande est son intelligence, sa vivacité, sa lucidité, et plus grande est sa soif de liberté. 

L'esprit se conforme, il imite, parce qu'à se conformer, à se soumettre à un modèle, on gagne en sécurité. 

C'est un fait patent. Nombre de vos attitudes sociales expriment cette primauté des conventions. Vous avez beau avoir étudié à l'étranger, être un grand savant, ou un homme politiquement de premier plan, vous êtes toujours sournoisement hanté par la peur que des choses funestes ne vous arrivent si vous ne fréquentez pas le temple, ou si vous ne faites pas les gestes ordinaires qu'on vous a inculqués - vous vous pliez aux conventions. 

Or qu'arrive-t-il à l'esprit qui se conforme? Examinez bien la question,  je vous en prie. Lorsque vous vous conformez, qu'arrive-t-il à votre esprit? 

C'est tout d’abord le déni total de liberté, de perception, d'investigation indépendante. N'est-il pas vrai que lorsqu'on se soumet, la peur est là? 

Dès la plus tendre enfance, l'esprit est rodé à imiter, à se plier aux schémas imposés par la société - réussir aux examens, avoir un diplôme, trouver un emploi, si on a de la chance, se marier, et c'est tout. Vous acceptez ces schémas, et vous craignez de vous en écarter.

Ainsi, au fond de soi-même, toute liberté est bannie, on a peur, on a le sentiment de n'être pas libre d'aller à la découverte, de s'enquérir, de cherche, de poser des questions. De sorte que le désordre affecte notre relation. 

Nous allons, vous et moi, essayer de creuser vraiment les choses en profondeur d'en avoir une vision lucide, d'en découvrir la vérité; et c'est une perception de la vérité qui libère l'esprit, et non une quelconque pratique, ni l'activité d'enquête, mais bien la perception authentique de ce qui est.

Krishnamurti, extrait: De l'amour et de la solitude


samedi 14 mai 2011

Il suffit de peu...

Lion statue



L'être humain n'est pas un animal domestique, qu'on peut exploiter, enfermer, humilier.  Il est comme un lion captif; on peut lui apprendre des tours sous la menace du fouet mais il ne perd jamais sa vraie nature sauvage.

Il suffit de peu...


Le frisson d'un feuillage, un rayon de soleil égaré dans une flaque d'eau, ou le souvenir d'un amour perdu, et le voila brisant ses chaînes. Le voila parfaitement libre à nouveau. Libre et frissonnant.


Il suffit de peu...

vendredi 13 mai 2011

NOTE SUR LA SUPPRESSION GÉNÉRALE DES PARTIS POLITIQUES (Extraits)




Quand Ponce Pilate a demandé au Christ: «Qu'est-ce que la vérité ? » le Christ n'a pas répondu. Il avait répondu d'avance en disant : « Je suis venu porter témoignage pour la vérité. »

Il n'y a qu'une réponse. La vérité, ce sont les pensées qui surgissent dans l'esprit d'une créature pensante uniquement, totalement, exclusivement désireuse de la vérité.

Le mensonge, l'erreur — mots synonymes — ce sont les pensées de ceux qui ne désirent pas la vérité, et de ceux qui désirent la vérité et autre chose en plus. Par exemple qui désirent la vérité et en plus la conformité avec telle ou telle pensée établie.

Mais comment "désirer la vérité sans rien savoir d'elle ? C'est là le mystère des mystères. Les mots qui expriment une perfection inconcevable à l'homme — Dieu, vérité, justice — prononcés intérieurement avec désir, sans être joints à aucune conception, ont le pouvoir d'élever l'âme et de l'inonder de lumière.

C'est en désirant la vérité à vide et sans tenter d'en deviner d'avance le contenu qu'on reçoit la lumière. C'est là tout le mécanisme de l'attention.

(...)


Il faut avouer que le mécanisme d'oppression spirituelle et mentale propre aux partis a été introduit dans l'histoire par l'Église catholique dans sa lutte contre l'hérésie.

Un converti qui entre dans l'Église — ou un fidèle qui délibère avec lui-même et résout d'y demeurer — a aperçu dans le dogme du vrai et du bien. Mais en franchissant le seuil il professe du même coup n'être pas frappé par les anathema sit, c'est-à-dire accepter en bloc tous les articles dits « de foi stricte ». Ces articles, il ne les a pas étudiés. Même avec un haut degré d'intelligence et de culture, une vie entière ne suffirait pas à cette étude, vu qu'elle implique celle des circonstances historiques de chaque condamnation.
Comment adhérer à des affirmations qu'on ne connaît pas? Il suffît de se soumettre inconditionnellement à l'autorité d'où elles émanent.

C'est pourquoi saint Thomas ne veut soutenir ses affirmations que par l'autorité de l'Église, à l'exclusion de tout autre argument. Car, dit-il, il n'en faut pas davantage pour ceux qui l'acceptent; et aucun argument ne persuaderait ceux qui la refusent.

Ainsi la lumière intérieure de l'évidence, cette faculté de discernement accordée d'en haut à l'âme humaine comme réponse au désir de vérité, est mise au rebut, condamnée aux tâches serviles, comme de faire des additions, exclue de toutes les recherches relatives à la destinée spirituelle de l'homme. Le mobile de la pensée n'est plus le désir inconditionné, non défini, de la vérité, mais le désir de la conformité avec un enseignement établi d'avance.

Que l'Église fondée par le Christ ait ainsi dans une si large mesure étouffé l'esprit de vérité — et si, malgré l'Inquisition, elle ne l'a pas fait totalement, c'est que la mystique offrait un refuge sûr — c'est une ironie tragique. On l'a souvent remarqué. Mais on a moins remarqué une autre ironie tragique. C'est que le mouvement de révolte contre l'étouffement des esprits sous le régime inquisitorial a pris une orientation telle qu'il a poursuivi l'oeuvre d'étouffement des esprits.

La Réforme et l'humanisme de la Renaissance, double produit de cette révolte, ont largement contribué à susciter, après trois siècles de maturation, l'esprit de 1789. Il en est résulté après un certain délai notre démocratie fondée sur le jeu des partis, dont chacun est une petite Église profane armée de la menace d'excommunication. L'influence des partis a contaminé toute la vie mentale de notre époque.

Un homme qui adhère à un parti a vraisemblablement aperçu dans l'action et la propagande de ce parti des choses qui lui ont paru justes et bonnes. Mais il n'a jamais étudié la position du parti relativement à tous les problèmes de la vie publique. En entrant dans le parti, il accepte des positions qu'il ignore. Ainsi il soumet sa pensée à l'autorité du parti. Quand, peu à peu, il connaîtra ces positions, il les admettra sans examen.
C'est exactement la situation de celui qui adhère à l'orthodoxie catholique conçue comme fait saint Thomas.

Si un homme disait, en demandant sa carte de membre : « Je suis d'accord avec le parti sur tel, tel, tel point; je n'ai pas étudié ses autres positions et je réserve entièrement mon opinion tant que je n'en aurai pas fait l'étude », on le prierait sans doute de repasser plus tard.

Mais en fait, sauf exceptions très rares, un homme qui entre dans un parti adopte docilement l'attitude d'esprit qu'il exprimera plus tard par les mots : « Comme monarchiste, comme socialiste, je pense que... » C'est tellement confortable ! Car c'est ne pas penser. Il n'y a rien de plus confortable que de ne pas penser.

Simone Weil, 1940.

Je vous invite à lire le texte entier, dont le sujet semble plus que jamais d'actualité, sur ces pages... et pourquoi pas visiter le site Plan C d'Etienne Chouard, foisonnant d'informations et de références, qui propose une approche de la démocratie beaucoup plus citoyenne que celle que l'on tente de nous imposer actuellement (bonnet blanc ou blanc bonnet...), cette démocratie représentative dont Alexis de Tocqueville disait déjà au début du XIXe siècle:

"Je ne crains pas le suffrage universel: les gens voteront comme on leur dira."




Il y a eu une sorte de "bug" sur blogger qui a effacé le post d'hier ainsi qu'un commentaire pertinent de la Licorne. Celui-ci est donc une re-publication post-bug avec quelques ajouts qui, finalement, ne seront pas de trop... Merci le bug! ;-)

samedi 9 avril 2011

Un bain de matière...





Le royaume des cieux
 est un état 
du coeur.

Friedrich Nietzsche


***

Tu es la porte et la clé
tout t'es donné
en cela tu es libre

 ce qui t'enchaîne
est l'impossible
satisfaction
d'un désir illusoire...

Deviens une porte ouverte
à tout ce qui survient.

Nout


***

Le mot de « spiritualité » nous induit souvent en erreur parce qu’il tend à nous laisser croire qu’il s’agit de nous « élever » hors du monde matériel. 

La réponse spirituelle, en ce qu’elle prétend nous élever hors de l’immédiateté la plus concrète, nous déplace de notre véritable tâche. 

Fabrice Midal


***



Il n'y a pas d’existence qu'il s'agirait de dépasser,
un quotidien qu'il faudrait à tout prix surmonter.

Tout au contraire, 
c'est de tout son corps
qu'il faut y entrer
de tout son eros.

Toute démarche spirituelle est avant tout
un bain de matière.

Matière et prière sont UN.

Christiane Singer - Derniers fragments d'un long voyage

vendredi 8 avril 2011

Détendez-vous...



Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible. C’est à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages de pub. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau disponible.


mardi 1 mars 2011

L'embarras du choix

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Lorsqu’elle était étudiante à Stanford, au milieu des années 1990, Sheena Iyengard aimait déambuler dans les rayons d’une grande épicerie fine de la ville voisine de Menlo Park. Bien qu’aveugle, cette jeune femme fluette à la chevelure de jais s’enivrait de la multitude de produits proposés: 3 000 livres de cuisine, 500 variétés de fruits et légumes, 250 sortes de fromage, 150 vinaigres, 75 huiles d’olive, et près de 250 genres de moutardes. En bonne gourmande, elle adorait picorer sur les dizaines de stands de dégustation installés ça et là. Mais elle achetait rarement, ce qui ne laissait pas de l’intriguer. Le paradigme dominant de la culture américaine vante les bienfaits du choix individuel. Mais, si la diversité est une bonne chose, se demandait l’étudiante en psychologie sociale, pourquoi se sentait-elle donc écrasée par une telle abondance?
Auteure d’un livre: The Art of Choosing (l’art de choisir), Sheena Iyengar professeur de commerce à l’université Columbia ne resta pas sur cette simple constatation. Elle décida d’approfondir la question. Elle s’installa dans l’épicerie avec l’accord du commerçant pour tenir une table de dégustation à l’entrée. Suivant un cycle de deux ou trois heures, elle proposa successivement soit une sélection de six parfums différents de confitures aux clients, soit une sélection de vingt-quatre. Le résultat fut que le stand de vingt-quatre attira plus de « goûteurs » tandis que celui de six attira surtout des « acheteurs » Après avoir effectué cette expérience et d‘autres, le constat était que tout le système sur lequel repose l’économie américaine (et occidentale) pouvait être remis en question. Trop de choix favoriserait l’indécision. Bien sûr sa cela éveilla une polémique dans les médias et même la National Public Radio y vit une « attaque contre la vache sacrée de la culture américaine » . Pourtant cette thèse apparemment ne date pas d’hier. 
Au XIV ème siècle déjà, un philosophe français Jean Buridan affirma qu’un âne affamé et assoiffé (d’où l’expression « âne de Buridan »), faisant face à simultanément une botte de foin et un seau d’eau, pouvait mourir paralysé par l’indécision.
 Il est étonnant aussi de constater que cette jeune chercheuse, Sheena Iyengar étant née dans une communauté sikhe, fut très tôt confrontée au…non-choix vu le nombres d’interdits religieux imposés par sa religion (du port obligatoire de sous-vêtements sous la douche au mariage forcé). De plus, sa possibilité de choix fut encore restreinte lorsqu’à l’adolescence, elle se retrouva atteinte de cécité à cause d’une maladie génétique. 
Elle constata suite à de nouvelles études que la notion de choix dépendait de la culture et des conditions de vie dans lesquelles on se trouve. Par exemple, selon une étude qu’elle effectua en 1995 à l’université de Kyoto sur cent étudiants de deux nationalités différentes, elle constata que la possibilité de choisir très importante chez les Américains, est complètement secondaire chez les Japonais. 
Des chercheurs ont contesté la thèse de Sheena, reproduisant la même expérience des pots de confiture sans succès ou évoquant  la fluctuance des résultats obtenus selon le contexte. Sheena Iyengar se plaint d’être l’objet d’attaques directes de personne ayant un intérêt à démonter sa thèse. La tyrannie du choix reste donc un débat dans les milieux scientifiques mais nous pouvons sans même avoir lu le moindre livre à ce sujet expérimenter simplement cette thèse sur…nous-mêmes. Et nous savons combien l’expérience est supérieure à n’importe quelle thèse.
Comment réagissons-nous devant une surabondance de choix? Comment choisissons-nous et à partir de quels critères? Et surtout que nous procure la sensation d’avoir trop de choix ou pas assez?
De nos choix dépendent non seulement le goût de nos tartines de confiture mais de choses beaucoup plus importantes comme le choix d’un partenaire, d’une maison, d’une action…d’un milliers de choses dont va dépendre toute notre vie. Chaque instant est le carrefour d’une infinité de choix. Alors pourquoi ne sommes-nous pas toujours satisfaits de nos choix? Comment ne pas être satisfait de ce que nous « semblons » avoir choisi en toute liberté? En toute « connaissance de cause »…
The Choice-Driven Life of Sheena Iyengar 3
Et là nous revenons à un point essentiel: avoir l’embarras du choix, c’est ne pas être totalement libre. Du moins, c’est choisir à partir d’une partie de soi qui n’est pas libre. Qui ne s’est pas déjà retrouvé dans cet état hypnotique dans lequel nous plongent les étalages interminables des hypermarchés? 
Avoir le choix permet-il d’être plus heureux? 
Dans cette question même se trouve la réponse. L’avoir n’a aucune prise sur l’être. Alors que le contraire…oui.
Avoir le choix entre des mètres de rayonnages de yaourts ne rend ni meilleur ni plus heureux. Au contraire, de façon pernicieuse, cette tyrannie du choix tend à faire croire aux gens qu’ils jouissent d’une sorte de liberté. Je dis une sorte de liberté car il ne s’agit pas de La Liberté. Il ne s’agit que d’un ersatz, une illusion, une liberté en toc qui permet à nos petits égos bien nourris de croire qu’ils sont souverains dans leur vie. Ils peuvent à tout instant « choisir », « décider » du parfum de leur yaourt, de la couleur de leur voiture, du physique de leurs partenaires. Quelle enivrante liberté! Pouvoir à tout instant choisir parmi une palette infinie de plaisirs, de sensations, éphémères et superficielles. 
Ne serait-ce pas une façon plutôt habile de nous détourner de la véritable liberté de choix? 
Le langage des publicité est de plus en plus envahi de formules très « spirituelles ». Il suffit de lire. On nous vend n’importe quoi en invoquant la part la plus sage de nous-même; mais n’est-ce pas là aussi d’envahir notre capacité de choix, de nous détourner, d’empoisonner la seule part de nous-même apte à choisir.
En fait, je crois que l’on utilise cette part de soi pour des choses superficielles. Afin que surtout on ne la sollicite pas pour des choses plus essentielles…Il ne faut surtout pas nous habituer à trop réfléchir par nous-même, à nous rendre libre de nos choix car alors nous ne pourrions plus adhérer à une société qui sous des apparences de démocratie et de liberté nous sert immanquablement le même yaourt à tous les parfums. Nous croyons avoir le choix mais qui ne s’est pas déjà offusqué devant l’universelle malhonnêteté politique de  nos dirigeants, devant le langage très formaté de nos médias, devant l’inculture croissante de nos jeunes?
Il serait bon je crois de chercher ce qui se cache derrière ce trop-plein de choix qui serait non pas un critère de liberté mais une forme très habilement cachée d’aliénation.
Je remarque personnellement pour l’avoir expérimenté (et cela rejoint bien sûr les précédents articles sur le Vide) que dans un milieu très simple où seuls les besoins essentiels sont assouvis, l’esprit se libère, devient léger, disponible ouvert et transparent comme un miroir prêt à refléter le monde de manière optimale et donc de l’accueillir. Vivre avec peu, à proximité de la nature (symbole vivant du vide-plein), dans le silence, détaché de tous ces liens qui nous sollicitent en permanence et nous bercent dans l’illusion d’appartenir à une « communauté » pour nous prémunir du vide social, de la solitude (internet, téléphones TV etc.), nous permet de découvrir avec émerveillement ce dont nous avons réellement besoin pour bien vivre: pas grand-chose. 
La réponse à l’embarras du choix serait un retour à la simplicité. Il ne s’agit pas d’aller jusqu’à l’ascèse (quoique pour certains l’exercice peut être souverain) mais d’aller à l’essentiel. Ne pas abaisser son esprit et son énergie à assouvir des besoins superficiels et inutiles. Revenir au simple. Au peu, au  vrai, au rare pour donner à chaque chose la place qui lui revient.
Choisir à partir de cet essentiel et découvrir alors l’incroyable richesse que nous sommes une fois dépouillés de tous les artifices d’une société bancale. Des êtres naturellement libres.

samedi 2 janvier 2010

Etre libre

 

albatros
Voilà un défi dans ce monde où tout semble nous aliéner. Ce monde flottant où les apparences sont comme des filets qui se resserrent un peu plus chaque fois que nous nous laissons berner.

Lorsque j'avais quinze ans, j'avais une tout autre idée de la liberté que celle que j'ai à présent. Je pensais de toute la force de mon jeune âge que la liberté était un droit et qu'elle consistait à faire ce que l'on désire.
Le désir était alors un moteur puissant. Une rage profonde m'envahissait quand quelqu'un ou quelque chose imposait des limites injustifiées à mes élans. Et plus la rage grandissait et plus les barr ières qui s'élevaient devant moi me semblaient infranchissables.
Jusqu'à ne plus supporter les limites du temps. Je me sentais prisonnière de tout. De ma famille, de mes études, de la société dont les règles me semblaient absurdes, des horaires à respecter, du manque d'argent, de la vie même. Je me souviens que ma chambre était tapissée non pas de photos d'idoles mais étrangement d'images d'oiseaux en plein vol. J'étais fascinée par les oiseaux. Au-dessus de mon lit, s'étalait l'affiche grand format du film d'Allan Parker Birdy, un film que je ne cessais de regarder le coeur serré. La folie du héros joué par Matthew Modine était aussi la mienne.
birdy
 Tout comme la souffrance de l'Albatros de Baudelaire: 

Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l’empêchent de marcher...
Puis j'ai été projetée dans la vie. Littéralement. Comme un oiseau tombé du nid. Je n'avais pas conscience à l'époque combien j'étais privilégiée. Combien tout ce qui me semblait injuste et irritant m'avait permis de grandir.J'ai du apprendre à voler. Et ça n'avait rien de romantique. Il a fallu résister aux tempêtes, aux brouillards, aux prédateurs qui croisèrent ma route.
Et ma vision du monde a changé. La souffrance a été mon premier guide. Elle a ouvert mes yeux. Il ne suffisait pas de faire ce q ue l'on veut. Il fallait d'abord savoir exactement CE QUE JE VOULAIS.
Et pour savoir cela, il a fallu chercher QUI j'étais. QUI voulait.
Je n'avais pas d'autre choix. Où je m'écrasais lamentablement. Où j'apprenais à jouer avec les vents. Comme l'aigle. N'est-il pas un symbole puissant? L'aigle ne bouge pas les ailes pour s'élever. Il n'a nul besoin de faire d'efforts. Il lui suffit de se laisser porter. De surfer sur les courants d'air.
Plus je voulais monter haut, plus je devais me laisser porter.
Lâcher le poids du passé, et bien d'autres choses encore qui m'encombraient, toutes les idées fausses que j'avais absorbées comme une éponge et qui n'étaient pas les miennes. Lâcher prise. S'alléger. Se contenter de l'essentiel.
A présent, je ne crois plus qu'être libre c'est faire ce que l'on veut. D'ailleurs je ne crois plus que la liberté aie quoique ce soit avoir avec « faire »...
La liberté c'est avant tout savoir qui on est. Ou plutôt connaître ce qu'est « être ».
Connaître que rien ne peut atteindre, restreindre, entamer notre être. L'essentiel de ce que je suis. Rien.
La limite n'existe que pour faire réaliser qu'elle 'a aucune prise sur l'être. Elle est un tremplin pour l'envol.
Bénie soit la limite. Bénie soit la souffrance, le chaos, la maladie. Bénis soient les tyrans de nous offrir l'occasion de nous libérer, d'accomplir ce que nous sommes. Des êtres essentiellement libres.
Être libre ne coute rien, ne demande rien, ne se gagne pas. Etre libre, c'est revenir à soi.