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vendredi 18 mai 2012

Peau de lumière



La peau de lumière vêtant ce monde est sans
épaisseur



 et moi je vois la nuit profonde 
de tous les corps identique 
sous le voile varié 
et la lumière de moi-même 


c'est cette nuit que même le masque
solaire ne peut plus me cacher. 



Je suis le voyant de la nuit 


l'auditeur du silence 


car le silence aussi s'habille d'une peau sonore 


et chaque sens a sa nuit

comme moi-même

je suis ma nuit 
je suis le penseur du non-être 


et sa splendeur 


je suis le père de la mort.

Elle en est la mère 



elle que j'évoque du parfait miroir de la nuit 


je suis l'homme à l'envers

ma parole est un trou dans le silence. 



Je connais la désillusion 
je détruis ce que je deviens
je tue ce que j'aime.



René Daumal - Poésie blanche poésie noire (1924)



mercredi 11 avril 2012

Le ciel de Dante



Le début du Paradis est grave, il n'annonce pas comme celui du Purgatoire une jouissance vive ou un élan de l'âme; mais le recueillement et la contemplation. 
La gloire de celui qui meut ce grand tout pénètre l'univers et brille dans une partie plus que dans l'autre. 
Or c'est dans le ciel que se réunit le plus de sa splendeur; j'y montai et je vis des choses que l'on ne saurait plus redire quand on est descendu ici-bas; car en approchant de l'objet de son désir, notre intelligence s'enfonce dans de telles profondeurs que la mémoire ne peut retourner en arrière.

La divine comédie - Dante

samedi 7 avril 2012

Où est-il?



Où est-Il?

Il est dans le petit
dans ce fouillis
organisé
qui
l'air de Rien
est un Ordre parfait.

Peux-tu atteindre 
cet Ordre parfait?

Peux-tu seulement le voir?

Les orgueilleux ne désirent 
que le grand
alors qu'Il est là, 
à leurs pieds
tout parsemé 
de larmes.

Ils le foulent
sans Le cueillir.
Sans voir qu'ils piétinent
la seule Richesse
qui soit.

"...la vérité n'est jamais si grande que dans l'humiliation de celui qui l'annonce."

Extrait de Le Très-Bas - C. Bobin

jeudi 5 avril 2012

Le bas-te-leurre


Il n'y a pas de meilleur ennemi que toi-même car qui d'autre est plus apte à te leurrer?

Il n'y a pas meilleurs amis que les autres car ils te mettront sans cesse face à ce que tu ignores (ou feins d'ignorer) de toi-même.

 "Nul n'est plus esclave que celui qui se croit libre sans l'être."

(Goethe)

jeudi 22 mars 2012

Le secret





J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence...

- Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c'est qu'il cache un puits quelque part... 
 





Antoine de Saint-Exupéry

mercredi 23 novembre 2011

L'Eveil, "ça" se déploie...


Une vidéo trouvée sur le Monde Réel.

C'est une fleur qui s'ouvre
Sous la peau des choses
Et soudain
son parfum imprègne tout


mercredi 16 novembre 2011

La crainte de Dieu

Calligraphie personnelle de la sourate Ash-shams
Le soleil




La crainte de Dieu, pas plus que l'amour, n'est en soi aucunement affaire de sentiment; comme l'amour, qui est la tendance de tout notre être vers le Réel transcendant, la crainte est une attitude de l'intelligence et de la volonté: elle consiste à tenir compte, à tout moment, d'une Réalité qui nous dépasse infiniment, contre laquelle nous ne pouvons rien, à l'encontre de laquelle nous ne saurions vivre et aux morsures de laquelle nous ne pouvons échapper.

Perspectives (p.279) -Frithjof Schuon

Dieu a dit: "Ils craignent leur Seigneur qui est au-dessus d'eux."(Coran: 16, 50)
La crainte c'est être arraché à la quiétude de la sécurité en prenant en considération la Parole divine.
La crainte comporte trois degrés:

  • Le premier est la crainte du châtiment. Ce degré assure l'existence de la foi et constitue la crainte du commun des gens. Cette crainte naît du fait de croire à la Menace divine, de se souvenir de ses méfaits et d'appréhender l'issue.
  • Le second degré est la crainte de la Ruse divine (Ruse par laquelle on peut perdre la guidée et ainsi chuter au plus bas. La Ruse divine frappe ceux qui de manière ouverte ou cachée s'enorgueillissent.) lorsque surviennent les effluves de l'éveil spirituel lesquels procurent un grand plaisir. Au niveau de l'élite, la crainte de Dieu ne génère aucune crispation si ce n'est celle causée par la Majesté divine laquelle est alors une crainte révérencielle (haybat al-ijlâl).
  • Cette dernière est le degré suprême que l'on puisse indiquer au sujet de la crainte: elle retient celui à qui Dieu se dévoile lorsqu'il s'adresse à Lui; elle préserve celui qui Le contemple lors des confidences intimes; et elle brise celui qui L'aperçoit sous le choc de la Grandeur divine.


Manâzil, n°12, p.20 du texte arabe - Ansârî

Ces textes sont extraits des Enseignements spirituels du prophète vol.1 de Tayeb Chouiref

mercredi 29 juin 2011

Le code caché de Botticelli

Cliquez sur Flore...



Elle relève, de sa blanche main,
le bord de sa robe et se met debout,
et les fleurs remplissent le creux de l'étoffe.
Candide elle est, candide est son vêtement
Peint cependant de roses, de fleurs et d'herbes.
Les cheveux annelés de sa tête dorée
Descendent sur son front humblement superbe.


Cet extrait d'une stance de Poloziano décrit la rencontre entre Simonetta Vespucci (modèle de Botticelli représentée en Flore) et Julien de Médicis.

Un critique d'art a noté que Sandro Botticelli avait "une prédilection pour les tons mineurs" et les couleurs claires, ce qui donne à ses tableaux un aspect éthéré comme s'il représentait des êtres d'une autre dimension qui ne seraient pas encore complètement matérialisés. L'influence de Ficin est très visible dans le Printemps,tableau qui illustre le processus de création de la matière, en montrant les émanations successives des sphères planétaires depuis l'esprit cosmique. La messagère du printemps elle-même, Flore, a une tendance naturelle à continuer à vivre et à hanter l'esprit de ceux qui ont pu voir ce tableau. 
(L'histoire secrète du monde - Jonathan Black)



Il est intéressant de noter que lorsque ce tableau a été peint, le modèle de Flore, Simonetta Vespucci, était rongée par un mal mortel et qu'elle en mourut avant que l'oeuvre fut achevée.


mardi 28 juin 2011

Mauvaise herbe

La grande touffe d'herbe d'Albrecht Dürer 


Dürer (1471-1528), peintre, graveur et mathématicien allemand de la Renaissance fut le premier dans l'histoire de l'art à représenter ce que l'on nomme une nature morte. 

On dit qu'il peignit cette touffe d'herbe sur le retour d'un de ses voyages en Italie, après avoir été initié à la guilde des peintres (à laquelle appartenait entre autres Leonard de Vinci, Botticelli etc ) aux mystères ésotériques. Sa vision du monde s'était ouverte comme le suggèrent ses nombreuses visions de l'Apocalypse représentées sur ses gravures de l'époque.

Rien n'est plus banal, plus "invisible" qu'une touffe d'herbe.

Et pourtant...


La Renaissance marque un tournant important de l'histoire. Non pas l'histoire  qu'on apprend dans les lives scolaires, mais l'histoire secrète et souterraine, la véritable histoire. 

La Renaissance n'est pas un renouveau; croire cela serait aussi naïf que de croire à un Moyen-Âge obscurantiste...

La Renaissance est le moment tragique du dernier sursaut de conscience idéaliste avant que le monde ne soit englouti  par le poison mortel du matérialisme et du progrès moderniste. La science, à cette époque, va commencer à se séparer définitivement de l'esprit et de l'art (du moins en apparence, pour la galerie des profanes, car en vérité de nombreux scientifiques de renoms seront férus d'ésotérisme...). Elle va en quelque sorte perdre ses racines métaphysique pour devenir l'instrument d'une force écrasante qui va envahir les conscience, faucher les dernières touffes d'herbes inutiles du jardin de l'âme humaine.

C'est à cette époque qu'est dessiné le premier tarot qui, à l'instar de Melencolia de Dürer, ramènera jusqu'à nous les symboles foisonnants d'une connaissance secrète destinés uniquement aux initiés. Connaissance qui va peu à peu s'extérioriser, pourtant destinée à l'origine à être surtout intériorisée, conscientisée sans être relayée par l'intellect. La chape de plomb d'un monde uniquement basé sur la matière va peu à peu étouffer les secrets transmis depuis la nuit des temps à travers les mythes, les contes de fée et la présence de vestiges comme les pyramides, inexplicables avec les seuls outils de la rationalité tant valorisée de nos jours. 

Du coup, et de façon ironique, l'expression nature morte, apparue au XVIIIème sicèle, prend tout son sens, puisque née justement au siècle des Lumières, dans quelque salon philosophique d'un humaniste convaincu. Lumières prometteuses tant mises en valeurs dans nos livres d'histoire, lumières ténébreuses d'une époque moderne en perte de Souffle, aux valeurs déracinées, qui vont conduire l'humanité jusqu'à l'étouffement grandiose et planétaire auquel nous assistons aujourd'hui.

Comment reconnaître un véritable "initié"?

L'initié est celui qui peut, durant des heures, s'émerveiller au point de la peindre, une chose aussi insignifiante qu'une grande touffe d'herbe qui borde un chemin quelconque...






jeudi 16 juin 2011

La crise du monde moderne


Morceaux choisis:

Donc, si l'on dit que le monde moderne subit une crise, ce que l'on entend par là le plus habituellement, c'est qu'il est parvenu à un point critique, ou, en d'autres termes, qu'une transformation plus ou moins profonde est imminente, qu'un changement d'orientation devra inévitablement se produire à brève échéance, de gré ou de force, d'une façon plus ou moins brusque, avec ou sans catastrophe. Cette acception est parfaitement légitime et correspond bien à une partie de ce que nous pensons nous-même, mais à une partie seulement, car pour nous, et en nous plaçant à un point de vue plus général c'est toute l'époque moderne, dans son ensemble, qui représente pour le monde une période de crise ; il semble d'ailleurs que nous approchions du dénouement, et c'est ce qui rend plus sensible aujourd'hui que jamais le caractère anormal de cet état de choses qui dure depuis quelques siècles, mais dont les conséquences n'avaient pas encore été aussi visibles qu'elles le sont maintenant. C'est aussi pourquoi les événements se déroulent avec cette vitesse accélérée à laquelle nous faisions allusion tout d'abord ; sans doute, cela peut continuer ainsi quelque temps encore, mais non pas indéfiniment; et même, sans être en mesure d'assigner une limite précise, on a l'impression que cela ne peut plus durer très longtemps.
...

Il y a un mot qui fut mis en honneur à la Renaissance, et qui résumait par avance tout le programme de la civilisation moderne : ce mot est celui d' «humanisme». Il s'agissait en effet de tout réduire à des proportions purement humaines, de faire abstraction de tout principe d'ordre supérieur, et, pourrait on dire symboliquement, de se détourner du ciel sous prétexte de conquérir la terre; les Grecs, dont on prétendait suivre l'exemple, n'avaient jamais été aussi loin en ce sens, même au temps de leur plus grande décadence intellectuelle, et du moins les préoccupations utilitaires n'étaient elles jamais passées chez eux au premier plan, ainsi que cela devait bientôt se produire chez les modernes. L' «humanisme», c'était déjà une première forme de ce qui est devenu le « laïcisme » contemporain ; et, en voulant tout ramener à la mesure de l'homme, pris pour une fin en lui-même, on a fini par descendre, d'étape en étape, au niveau de ce qu'il y a en celui-ci de plus inférieur, et par ne plus guère chercher que la satisfaction des besoins inhérents au côté matériel de sa nature, recherche bien illusoire, du reste, car elle crée toujours plus de besoins artificiels qu'elle n'en peut satisfaire.
....

C'est bien là, en effet, le caractère le plus visible de l'époque moderne : besoin d'agitation incessante, de changement continuel, de vitesse sans cesse croissante comme celle avec laquelle se déroulent les événements eux-mêmes. C'est la dispersion dans la multiplicité, et dans une multiplicité qui n'est plus unifiée par la conscience d'aucun principe supérieur; c'est, dans la vie courante comme dans les 'conceptions scientifiques, l'analyse poussée à l'extrême, le morcellement indéfini, une véritable désagrégation de l'activité humaine dans tous les ordres où elle peut encore s'exercer; et de là l'inaptitude à la synthèse, l'impossibilité de toute concentration, si frappante aux yeux des Orientaux. Ce sont les conséquences naturelles et inévitables d'une matérialisation de plus en plus accentuée, car la matière est essentiellement multiplicité et division, et c'est pourquoi, disons le en passant, tout ce qui en procède ne peut engendrer que des luttes et des conflits de toutes sortes, entre les peuples comme entre les individus. Plus on s'enfonce dans la matière, plus les éléments de division et d'opposition s'accentuent et s'amplifient ; inversement, plus on s'élève vers la spiritualité pure, plus on s'approche de l'unité, qui ne peut être pleinement réalisée que par la conscience des principes universels.
Ce qui est le plus étrange, c'est que le mouvement et le changement sont véritablement recherchés pour eux-mêmes, et non en vue d'un but quelconque auquel ils peuvent conduire ; et ce fait résulte directement de l'absorption de toutes les facultés humaines par l'action extérieure, dont nous signalions tout à l'heure le caractère momentané. C'est encore la dispersion envisagée sous un autre aspect, et à un stade plus accentué c'est, pourrait on dire°,, comme une tendance à l'instantanéité, ayant pour limite un état de pur déséquilibre, qui, s'il pouvait être atteint, coïnciderait avec la dissolution finale de ce monde ; et c'est encore un des signes les plus nets de la dernière période du Kali -Yuga.
...

Nous devons maintenant faire entendre aussi un avertissement à ceux qui, par leur aptitude à une compréhension supérieure, sinon par le degré de connaissance qu'ils ont effectivement atteint, semblent destinés à devenir des éléments de l'élite possible. Il n'est pas douteux que l'esprit moderne, qui est véritablement « diabolique » dans tous les sens de ce mot, s'efforce par tous les moyens d'empêcher que ces éléments, aujourd'hui isolés et dispersés, parviennent à acquérir la cohésion nécessaire pour exercer une action réelle sur la mentalité générale; c'est donc à ceux qui ont déjà, plus ou moins complètement, pris conscience du but vers lequel doivent tendre leurs efforts, de ne pas s'en laisser détourner par les difficultés, quelles qu'elles soient, qui se dresseront devant eux. Pour ceux qui n'en sont pas encore arrivés au point à partir duquel une direction infaillible ne permet plus de s'écarter de la vraie voie, les déviations les plus graves sont toujours à redouter ; la plus grande prudence est donc nécessaire, et nous dirions même volontiers qu'elle doit être poussée jusqu'à la méfiance, car l' « adversaire, qui jusqu'à ce point n'est pas définitivement vaincu, sait prendre les formes les plus diverses et parfois les plus inattendues. Il arrive que ceux qui croient avoir échappé au « matérialisme » moderne sont repris par des choses qui, tout en paraissant s'y opposer, sont en réalité du même ordre ; et, étant donnée la tournure d'esprit des Occidentaux, il convient, à cet égard, de les mettre plus particulièrement en garde contre l'attrait que peuvent exercer sur eux les « phénomènes » plus ou moins extraordinaires ; c'est de là que proviennent en grande partie toutes les erreurs « néo-spiritualistes », et il est à prévoir que ce danger s'aggravera encore, car les forces obscures qui entretiennent le désordre actuel trouvent là un de leurs plus puissants moyens d'action. Il est même probable que nous ne sommes plus très loin de l'époque à laquelle se rapporte cette prédiction évangélique que nous avons déjà rappelée ailleurs : « Il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes, qui feront de grands prodiges et des choses étonnantes, jusqu'à séduire, s'il était possible, les élus eux-mêmes. » Les « élus », ce sont, comme le mot l'indique, ceux qui font partie de l' « élite » entendue dans la plénitude de son véritable sens, et d'ailleurs, disons le à cette occasion, c'est pourquoi nous tenons à ce terme d' «élite» en dépit de l'abus qui en est fait dans le monde « profane » ; ceux-là, par la vertu de la « réalisation » intérieure à laquelle ils sont parvenus, ne peuvent plus être séduits, mais il n'en est pas de même de ceux qui, n'ayant encore en eux que des possibilités de connaissance, ne sont proprement que des « appelés » et c'est pourquoi l'Évangile dit qu'il y a« beaucoup d'appelés: mais peu d'élus». Nous entrons dans un temps où il deviendra particulièrement difficile de «distinguer l'ivraie du bon grain» d'effectuer réellement ce que les théologiens nomment le « discernement des esprits », en raison des manifestations; désordonnées qui ne feront que s'intensifier et se multiplier et aussi en raison du défaut de véritable connaissance cher ceux dont la fonction normale devrait être de guider les autres et qui aujourd'hui ne sont trop souvent que des « guides aveugles ». On verra. alors si, dans de pareilles circonstances: les subtilités dialectiques sont de quelque utilité, et si c'est une "philosophie», fût elle la meilleure possible, qui suffira à arrêter le déchaînement des « puissances infernales » ; c'est là encore une illusion contre laquelle certains ont à se défendre, car il est trop de gens qui, ignorant ce qu'est l'intellectualité pure, s'imaginent qu'une connaissance simplement philosophique, qui, même dans le cas le plus favorable, est à peine une ombre de la vraie connaissance, est capable de remédier à tout et d'opérer le redressement de la mentalité contemporaine, comme il en est aussi qui croient trouver dans la science moderne elle-même un moyen de s'élever à des vérités supérieures, alors que cette science n'est fondée précisément que sur la négation de ces vérités. Toutes ces illusions sont autant de causes d'égarement; bien des efforts sont par là dépensés en pure perte, et c'est ainsi que beaucoup de ceux qui voudraient sincèrement réagir contre l'esprit moderne sont réduits à l'impuissance, parce que, n'ayant pas su trouver les principes essentiels sans lesquels toute action est absolument vaine, ils se sont laissé entraîner dans des impasses dont il ne leur est plus possible de sortir.

Ceux qui arriveront à vaincre tous ces obstacles, et à triompher de l'hostilité d'un milieu opposé à toute spiritualité, seront sans doute peu nombreux; mais, encore une fois, ce n'est pas le nombre qui importe, car nous sommes ici dans un domaine dont les lois sont tout autres que celles de la matière. Il n'y a donc pas lieu de désespérer; et, n'y eût il même aucun espoir d'aboutir à un résultat sensible avant que le monde moderne ne sombre dans quelque catastrophe, ce ne serait pas encore une raison valable pour ne pas entreprendre une oeuvre dont la portée réelle s'étend bien au-delà de l'époque actuelle. Ceux qui seraient tentés de céder au découragement doivent penser que rien de ce qui est accompli dans cet ordre ne peut jamais être perdu, que le désordre, l'erreur et l'obscurité ne peuvent l'emporter qu'en apparence et d'une façon toute momentanée, que tous les déséquilibres partiels et transitoires doivent nécessairement concourir au grand équilibre total, et que rien ne saurait prévaloir finalement contre la puissance de la vérité; leur devise doit être celle qu'avaient adoptée autrefois certaines organisations initiatiques de l'Occident:

Vincit omnia Veritas*.

René Guénon, 1927...

Je vous invite à lire cet ouvrage condensé de Guénon, totalement visionnaire et incontournable sur ces temps troublés que nous traversons...   (cliquer sur l'image du livre en haut de la page pour accéder au texte intégral)


*La vérité triomphe de tout

lundi 28 mars 2011

Qui est-il donc?

   
    




    Il est la puissance de tout: s'il n'est pas, rien n'existe, ni les êtres ni l'intelligence, ni la vie première, ni aucune autre. Il est au -dessus de la vie et cause de la vie; l'activité de la vie qui est tout l'être, n'est pas première; elle coule de lui, comme d'une source. 

     Imaginez une source qui n'a point d'origine; elle donne son eau à tous les fleuves; mais elle ne s'épuise pas pour cela; elle reste paisible, au même niveau; les fleuves, issus d'elle, confondent d'abord leurs eaux, avant que chacun d'eux prenne son cours particulier; mais, déjà, chacun sait où son flot l'entraînera. 

     Imaginez encore la vie d'un arbre immense; la vie circule à travers l'arbre tout entier; mais le principe de la vie reste immobile; il ne se dissipe pas en tout l'arbre, mais il siège dans les racines; ce principe fournit à la plante la vie dans ses manifestations multiples; lui-même reste immobile; et n'étant pas multiple, il est le principe de cette multiplicité.


     Plotin (205 - 270 après J.-C.) dans ses Enneades.

mardi 22 mars 2011

Entre dans notre cercle...


Viens et entre dans notre cercle,
Nous qui sommes les amoureux,
Pour que nous puissions t'attirer 
Dedans le jardin de l'amour.

Toi tu es l'eau, une eau qui tourne
Et qui demeure emprisonnée,
Viens, entre à l'intérieur de nous,
Nous qui sommes torrent qui coule.

Viens, nous sommes tous égarés
Dans la plus haute pauvreté
Et nous ne savons rien chanter,
Rien que le chant de l'ignorance.


 Calligraphie © Hassan Massoudy

lundi 20 décembre 2010

Le feu d'être


Inde - Sri Aurobindo et Mère
J. B.: Vous pensez qu’on peut cheminer seul dans l’Occident actuel, tel qu’il est ?
S.: Il n’y a pas besoin de rencontrer un maître ni qui que ce soit. Il n’y a qu’à promener dans sa vie son besoin d’être, son feu d’être. Ce besoin, c’est le gourou en personne, c’est le Divin au fond de soi, c’est la Lumière même au fond de soi-même. Qu’a-t-on besoin d’aller écouter la bonne parole de celui-ci ou de celui-là ? Si l’on a l’occasion de rencontrer des êtres ou des livres qui ont une puissance, une réalité pour nous, qui nous ouvrent une fenêtre un moment, c’est parfait. Mais pourquoi s’arrêter éternellement à une fenêtre particulière, à un homme particulier ? Ces êtres et ces livres sont simplement des prétextes pour déclencher en nous le besoin, l’aspiration vers le Réel. Mais si le feu n’est pas allumé dedans, vous pouvez y déverser des tonnes de bonne parole, ça ne servira à rien. Vous pouvez amener des kilomètres de Christ, ça ne vous changera pas un homme. Il faut que quelque chose, dedans, ait besoin. Si la fleur pousse et s’épanouit, c’est qu’elle cherche le soleil ; c’est aussi simple que ça. Si l’on cherche des billets de banque ou de la philosophie, on aura des billets de banque ou de la philosophie, et c’est tout. Mais si l’on a réellement besoin d’être, au milieu de cette marée gluante de conscience obscurcie, alors quelque chose s’allume dedans, et ça, c’est le Chemin.
...

J.B.: Le rôle de la psychologie, celle de Jung dernière manière, qui s’est intéressé à l’alchimie et au taoïsme, se développe en Occident. Jung aussi parle de cette descente dans la matière.

S.: Tout ça, ce sont des approches, n’est-ce pas. Généralement, la psychanalyse est assez obscure. Elle veut descendre dans les profondeurs sans avoir la lumière qu’il faut. Plus on descend dans les abîmes, plus il faut une puissante lumière ; et la lumière de la pensée, c’est une petite torche vacillante ! Le feu du besoin est la seule force, le seul phare qui transperce les ténèbres… Ce qui est là à chaque minute, au-dessous de ces philosophies, de ces politiques, de ces psychologies, ce qui vit en vous, quand vous montez un escalier, quand vous écrivez un poème, quand vous parlez ou ne parlez pas… c’est ça le Chemin, c’est d’être. Pas seulement être en méditation, les jambes croisées, dans sa chambre, mais être à chaque minute : une intensité de besoin, quelque chose qui ne se formule pas, mais qui est comme une base, un roc secret sur lequel on repose.
TEMOIGNAGE DE SATPREM (secrétaire et disciple de Mère, compagne spirituelle de Sri Aurobindo) RECUEILLI PAR JEAN BIES.
En photo: Mère, Sri Aurobindo et Satprem
A lire dans son intégralité sur le blog de la revue 3e millénaire.

Devenir soi-même est la seule chose à faire; mais le vrai soi-même est celui qui est au-dedans de nous, et dépasser notre moi extérieur corporel, vital et mental est la condition pour que cet être le plus haut, qui est notre être véritable et divin, se révèle lui-même et devienne actif. C'est seulement en grandissant au-dedans et en vivant au-dedans que nous pouvons le trouver; une fois que cela est fait, le but final que la force de la Nature nous propose, c'est de créer, depuis là, un mental, une vie et un corps spirituels ou divins et à l'aide de ces instruments, d'arriver à la création d'un monde qui soit le vrai milieu d'une existence divine. La première nécessité est donc que l'individu - chaque individu - découvre l'Esprit, la Réalité divine qui est en lui et qu'il l'exprime dans tout son être et toute son existence.
La Vie Divine par Sri Aurobindo reccueilli sur le blog La vie divine


dimanche 5 décembre 2010

Hector de Saint-Denys Garneau


Les yeux ouverts les yeux de chair
           trop grand ouverts
Envahis regardent passer
Les yeux les bouches les cheveux
Cette lumière trop vibrante
Qui déchire à coups de rayons
La pâleur du ciel de l'automne
Et mon regard part en chasse effrénément
De cette splendeur qui s'en va
De la clarté qui s'échappe
Par les fissures du temps
L'automne presque dépouillé
De l'or mouvant
Des forêts
Et puis ce couchant
Qui glisse au bord de l'horizon
À me faire crier d'angoisse
Toutes ces choses qu'on m'enlève
J'écoute douloureux comme passe une onde
Les chatoiements des voix et du vent
Symphonie déjà perdue déjà fondue
En les frissons de l'air qui glisse vers hier
Les yeux le coeur et les mains ouvertes
Mains sous mes yeux ces doigts écartés
Qui n'ont jamais rien retenu
Et qui frémissent
Dans l'épouvante d'être vides
Maintenant mon être en éveil
Est comme déroulé sur une grande étendue
Sans plus de refuge au sein de soi
Contre le mortel frisson des vents
Et mon coeur charnel est ouvert comme une plaie
D'où s'échappe aux torrents du désir
Mon sang distribué aux quatre points cardinaux.

samedi 4 décembre 2010

Kimiko Yoshida


Kimido Yoshida est une photographe japonaise contemporaine qui ne fait que des autoportraits. Voici le titre étrange qu'elle a donné au dernier ouvrage qui contienne ces merveilleux "clichés" d'elle-même: Là où je ne suis pas, aux éditions Acte Sud.
Elle dit lorsqu'elle parle de son passé: « J'ai fui le Japon, parce que j'étais morte. Je me suis réfugiée en France, pour échapper à ce deuil. Quand j'avais trois ans, ma mère m'a mise à la porte. J'ai quitté la maison en emportant une boîte avec tous mes trésors. Je me suis réfugiée dans un jardin public. La police m'a retrouvée là, le lendemain. Depuis, je me suis toujours sentie nomade, vagabonde, fugitive. »
Lorsqu'elle parle de ses autoportraits elle dit qu'ils ne représentent que son cadavre, quelque chose de mort.

vendredi 3 décembre 2010

Pablo Neruda

 



Ce
présent
lisse
comme une planche,
frais,
cette heure-ci,
ce jour
comme une coupe neuve
- du passé
pas une seule
toile d’araignée -,
nous touchons
des doigts
le présent,
nous en taillons
la mesure,
nous dirigeons
son flux,
il est vivant
et vif,
il n’a rien
d’un irrémédiable hier,
d’un passé perdu,
il est notre
créature,
il grandit
en ce
moment, le voici portant
du sable, le voici mangeant
dans notre main,
attrape-le,
qu’il ne nous glisse pas entre les doigts,
qu’il ne se perde pas en rêves
ni en mots
saisis-le,
tiens-le
et commande-lui
jusqu’à ce qu’il t’obéisse,
fais de lui un chemin,
une cloche,
une machine,
un baiser, un livre,
une caresse,
taille sa délicieuse
senteur de bois
et fais-t’en
une chaise,
tresse-lui
un dossier,
essaie-la,
ou alors
une échelle!
Oui,
une échelle,
monte
au présent,
un échelon
après l’autre,
les pieds
assurés sur le bois
du présent,
vers le haut,
vers le haut,
pas très haut,
assez
pour
réparer
les gouttières
du plafond,
pas très haut,
ne va pas au ciel,
atteins
les pommes,
pas les nuages,
ceux-là
laisse-les
passer dans le ciel, s’en aller
vers le passé.
Tu
es
ton présent,
ton fruit:
prends-le
sur ton arbre,
élève-le
sur ta
main,
il brille
comme une étoile,
touche-le,
mords dedans et marche
en sifflotant sur le chemin.

Ode au présent (oda al presente, 1955)

mardi 2 novembre 2010

Les nourritures terrestres


Ne souhaite pas Nathanaël, trouver Dieu ailleurs que partout.

Je me souviens d'un livre, Les nourritures terrestres, lu d'une traite, une nuit, sous les draps, à la lueur d'une lampe torche. J'avais treize ans. Il faisait chaud. La sueur coulait sur mon visage, mais je ne pouvais éteindre ma lampe. J'étais comme un animal surpris par les phares d'une voiture. J'étais pétrifiée, happée par ce que je découvrais en cachette dans le silence moite d'un été. C'était plus troublant encore qu'un premier amour. C'était indéfinissable. C'était incompréhensible et pourtant. Je buvais chaque mots.

L'air suave apportait le parfum qui s'élevait des fleurs d'orangers et même des mandariniers grêles embaumaient. Du plus haut de leurs hautes branches, les eucalyptus délivrés laissaient tomber leur vieille écorce; elle pendait, protection usée, comme un habit que le soleil rend inutile, comme ma vieille morale qui ne valait que pour l'hiver.

Je découvrais la chair des mots. Les mots sont des corps vivants qui s'aiment et ses repoussent. Gide ouvrait en moi, cette nuit-là, un jardin parfumé sous mes draps, des sueurs coupables et un trouble que je n'avais jamais soupçonné derrière les rigueurs du monde. Il avait dévoilé en moi une faim irrépressible. Du fond de moi. De mes viscères en fleurs. Un désir de rencontrer la chair de ce monde nouveau, naissant à chaque mot défloré.

Je sais la source où j'irai rafraîchir mes paupières,
le bois sacré; je connais le chemin,
Les feuilles, la fraîcheur de cette clairière;
j'irai, le soir, quand tout saura s'y taire
Et que déjà la caresse de l'air
Nous invitera plus au sommeil qu'à l'amour.

Gide, ce soir-là, a ouvert une brèche. Cela faisait partie du jeu. Un premier tour de manège.Chaque fil de la trame a son importance propre.
De cette brèche l'or a jailli. Ruée vers l'or. Vers l'Absolu. Tout ce qui n'a pas raison d'être est la réponse. Peut-il y avoir une raison de naître, d'exister, de mourir?
Il n'y en a pas. Aucune raison pour écrire ces mots sur cette page blanche. Dépouillée de la raison, soudain dans la clarté de ce livre, ma vie a pris tout son sens.

...Je crois que la route que je suis est ma route, et que je la suis comme il faut. Je garde l'habitude d'une vaste confiance qu'on appellerait de la foi, si elle était assermentée.

J'aime et n'ai aucune raison d'aimer. Quelle liberté! Quelle joie! Voila le sens de toute chose.
Que sait-on à treize ans de la jouissance? 

Mais j'ai compris à présent que, permanent à tout ce qui se passe, Dieu n'habite pas l'objet, mais l'amour, et je sais à présent goûter la quiète éternité dans l'instant.

Telle une envolée calligraphique, le sens est un geste qui révèle la beauté. Cet instant solitaire, ébloui, a soufflé dans mon esprit le goût de la grâce et de la solitude.J'ai trouvé dans ces pages sensuelles, goûteuses, veloutées, un secret que je ne pouvais dire. A treize ans. Je l'avais oublié. 
Je ne me souvenais que de ce livre usé par ma voracité où chaque mot est un fruit du Jardin. Chaque page griffonnée, cornées, salies par mon désir sauvage. 
Mais on ne retient pas le soleil qui se lève. L'aube s'ouvre et se dérobe. 
Je l'ai perdu. Puis racheté. Mis dans un coin. Plus jamais relu.
Il est là. Parmi les autres. Témoin de mon impuissance à revenir à cette nuit.

Chaque créature indique Dieu, aucune ne le révèle. Dès que notre regard s'arrête à elle, chaque créature nous détourne de Dieu.

J'ai gardé au fond de moi le souvenir d'une fièvre. Un délire lancinant qui vous laisse mort. Inapte au sommeil. Inapte à la mort. Je suis restée comme après l'orgasme, les yeux ouverts dans le noir. Le visage figé dans le masque des larmes. Le livre fermé sur ma poitrine comme la relique d'une chose qui venait de brûler. J'étais jeune. Verte comme un fruit aggripé à sa branche qui tremble de tomber. Et pourtant, Il m'avait cueillie mûre et sucrée.
J'ai lu tous les livres pour retrouver cette brûlure. 
Qu'est-ce que l'écriture à part un silence exprimé?

Textes en italique: Les nourritures terrestres d'André Gide

jeudi 1 avril 2010

La Foi selon Christian Bobin


La foi c'est toucher par moment le plus brûlant de cette vie.

C'est le sommet de l'expérience humaine.

C.Bobin