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mercredi 21 mars 2012

Noli me tangere

Fra Angelico

"En botanique :c´est le nom que reçoit la balsamine sauvage qui pousse dans le bois  ou impatiens noli-tangere. Quand on la cultive elle s´appelle impatients balsamina ou Balsamina hortensis. Cette plante se caractérise par les capsules qui contiennent ses fruits qui éclatent au moindre contact, projetant ainsi au loin sa semence. Ce mécanisme se nomme libération explosive. 


Avec cet arbuste fleuri on obtient un  « balsamo », baume qui est employé en médecine pour soigner les plaies ..."


Ne me touche pas...ne m'embaume pas, 
moi qui ne suis pas mort.


Ce désir qui serpente vers le ciel
jusqu'à l'arbre en panache
toi pilier écarlate
moi pilier de la miséricorde


Nous voila à nouveau
réunis au Jardin


Toi dont les larmes et l'amour
ont fait comme un baume
un délice
de mes plaies


Toi qui présente le Calice
et moi qui tient l’Épée


Toi qui a laissé
un parfum Vivant
sur la montagne
qui porte ton nom


Sainte Baume



dimanche 18 mars 2012

Donne-nous notre pain essentiel



Epiousios , terme grec qui semble évoquer les Épousailles, Noces intérieures avec Dieu. Ce Pater Noster tant de fois répété durant les heures de catéchèses, sans jamais avoir été vraiment entendu.  Cette prière parfaite, transmise comme un pain partagé par Jésus à ses disciples.

Donne-nous notre pain essentiel...seule traduction possible pour celui qui a connu la faim et qui a été nourri.

Non pas la nourriture qui permet à mon corps d'accomplir ses tâches quotidiennes, mais bien cette nourriture qui me permet d'être pleinement Vivant, pleinement Chrétien.

Dieu, ce Vide qui habite mon coeur
Dieu auquel j'offre tout mon espace en méditant
Dieu que je remplis par ma prière

Tu es Seul apte à me nourrir
Seul apte à me remplir
A m'offrir cette satiété
qui va me permettre d'accomplir
le véritable Travail de Joie

La faim est précieuse
Elle permet de mesurer tout ce Vide
à remplir

Combien de fois me suis-je fourvoyée
à remplir ce vide
du bric-à brac des sept péchés
Capiteux
Caput
Tête
Remplir mon coeur Vide
de ma tête bien pleine

Et mourir de faim
A force d'être remplie
de rien

Rien qui ne puisse égaler
la Présence
la Noce avec Lui

ce petit mot qui contient le Sens
Et sur lequel
Remplis de rien
nous nous heurtons
sans cesse

Pour L'épouser
Il faut avoir connu la faim
le retrait
la grande chasteté de l'âme
Afin de lui offrir
Tout le grand Vide de notre Coeur

vendredi 24 février 2012

Se tenir à quatre pattes

Source



Vassilissa commença à remercier la Yaga, mais la poupée se mit à s'agiter dans sa poche et Vassilissa se rendit compte qu'elle devait prendre le crâne et s'en aller. Elle courut jusque chez elle à travers la forêt obscure, suivant les méandres du chemin selon les indications de la poupée. 
Vassilissa traversait la forêt, portant le crâne avec le feu qui jaillissait des trous à l'endroit de ses oreilles, de ses yeux, de son nez et de sa bouche. Soudain, elle eut peur de son poids et de sa lumière surnaturelle et eut envie de le jeter au loin.
Mais le crâne lui adressa la parole. Il lui enjoignit de se calmer et de continuer à marcher vers la demeure de sa belle-mère et de ses filles. Ce qu'elle fit.*

Après le travail des profondeurs, vient le moment de l'ascension, le retour au monde comme une nouvelle naissance. Il est étrange d'employer ce terme d'ascension pour exprimer un retour aux réalités de ce monde généralement employé pour décrire l'élévation de la conscience vers les hautes sphères divines...
Il s'agit pourtant d'un point essentiel de toute voie et je le mets en parallèle avec la symbolique de l'Ascension du Christ. Il est commun de considérer la voie spirituelle comme un chemin conduisant à se libérer définitivement de ce monde.
Dans le conte de Vassilissa, souvenez-vous, Baba Yaga presse la jeune héroïne du conte à repartir, à rentrer chez elle avec son nouveau Soi symbolisé par le crâne flamboyant (chakra couronne...). Elle la pousse à ne pas s'attarder dans ce monde sous-terrain qui est aussi le creuset de sa part divine. 


Il s'agit là d'un piège spirituel  très subtil: s'attarder dans l'illumination qui est, disons-le sans mentir, un lieu bien plus confortable que les vicissitudes terrestres. Quand nous vivons la fusion, l'unité du Soi, il est très tentant de ne plus "revenir", d'alimenter de façon à peine perceptible par le mental (qu'à force de diaboliser , on alimente...) ce détachement vis-à vis du monde. 


Or, je ne crois pas que le Christ soit venu en ce monde pour en suite s'en retirer. Il est venu au contraire s'offrir dans sa totalité. Croire en une séparation entre le royaume des Cieux et le royaume terrestre est le propre même de la dualité. Cette idée d'Ascension au Ciel du Christ peut s'apparenter au retour de Vassilissa armée de son Soi flamboyant vers le monde d'en haut, c'est à dire le monde extérieur (le monde ontologique des contes étant un monde renversé ce qui est en haut est en bas et inversement. De nombreux mythes et contes évoquent cet inversement des valeurs).


Sans doutes s'agit-il de la véritable naissance qu'évoque Jésus à Nicodème quand il lui parle de "naître d'en haut". Le Royaume des Cieux où l'on établit communément la demeure de Dieu, se situe en réalité dans nos profondeurs et c'est là qu'il nous faut aller chercher si nous voulons accéder à la Vie réelle, si nous voulons réellement incarner le divin reconnu au fond de soi. La science ne dit-elle pas que nos cellules sont composées de la même matière originelle que les étoiles? Dieu est semble-t-il encodé dans chaque particule de notre être; c'est donc en nous, dans l'espace perceptible de notre champ de conscience que nous devons Le chercher et Le trouver.


Le crâne flamboyant contient le Soi, c'est à dire la lumière divine obtenue après une remontée jusqu'au chakra Couronne symbolisé dans l'arbre de vie de la Kabbale par la sephiroth Kether. Mais si l'Arbre de Vie propose justement une remontée de l'initié vers les hautes sphères, il propose aussi un retour dans le sens inverse pour amener la lumière recueillie en kether vers le royaume dit Malkuth (la sphère matérielle et terrestre). C'est tout le cheminement de l'homme suivant la Voie du milieu. 








Quand on observe l'arcane de la Tempérance, nous voyons bien comment l'énergie d'en haut est reliée à celle d'en bas, mais cela exige une transmutation de la matière vivifiée par l'Esprit (ou étymologiquement Pneuma=Souffle). C'est ce souffle justement qui doit franchir les étapes de l'arbre des Séphiroth, dépasser les blocages inhérents à chaque passage (ou portes) afin d'habiter pleinement son  Arbre, ou plus directement habiter son Corps dont l'Arbre est l'image archétypale (Annick de Souzenelle). Mais la tâche la plus ardue n'est sans doute pas celle de monter vers l'Aïn  Soph Aur (Lumière infinie) qui nous lance un appel déchirant depuis nos profondeurs au plus loin que remonte l'exil, mais bien celle d'accepter d'en être momentanément privé le temps de l'incarnation afin d'accomplir la descente de cette lumière dans les sphères opaques de la matière. C'est ce que symbolise sans doute les ailes couleur chair de l'ange de Tempérance: le Souffle allié à la matière.


La véritable spiritualité ne se mesure pas seulement à la façon dont vous savez dissoudre l'ego (même si au départ c'est un travail utile) mais à la façon dont à travers l'ego (qui ne peut complètement disparaître tant que les corps est là...), ou la persona, vous exprimer la spiritualité. Elle se mesure à la façon dont vous allez réaliser chaque énergie rencontrée sur votre chemin dans le concret, la matière.


C'est une façon de soumettre la matière aux lois nouvellement intégrées de l'Esprit. Et non le contraire (comme le pratique le magicien qui soumet les lois de l'Esprit à des désirs purement matériels...). C'est ce qu'est en train d'accomplir la jeune Vassilissa; elle se rend bien compte à quel point la tâche est vertigineuse et à quel point elle n'y a pas été préparée (nous marchons à tâtons guidé seulement par l’intuition et la Connaissance peu à peu acquise).


Soudain, elle eut peur de son poids et de sa lumière surnaturelle et eut envie de le jeter au loin.*


En effet, l'enjeu n'est plus le même; nous devenons responsable de ce que nous allons exprimer de cette connaissance, de la façon dont nous allons la transmettre et l'incarner.


Se tenir à quatre pattes que je reprends en titre signifie bien sûr selon l'expression de Pinkola Estés retrouver ses instincts perdus, sa nature véritable et sauvage. Mais cela signifie aussi, à ma façon, se tenir verticalement au coeur même de la matière (le quatre ou le symbole du carré). Vous notez que le 14 de la Tempérance est le Un allié au 4, le carré dans le cercle...


L'homme de Vitruve - L. de Vinci


Se tenir à quatre pattes, c'est aussi faire confiance en son flair, en sa guidance spirituelle; c'est être parfaitement stable et proche de ses racines. C'est pouvoir se glisser dans les sous-bois épineux sans perdre l'équilibre.


Dans cette vidéo, Arouna Lipschitz, explique comment après avoir porté dix ans la robe orange (tradition hindouiste), elle dut retourner au monde et réaliser sa spiritualité de façon plus concrète...




* Extraits du conte la Belle Vassilissa selon Clarissa Pinkola Estés dans Femmes qui courent avec les loups.

lundi 30 janvier 2012

Huit ans...


Sa femme mourut alors que la petite avait huit ans...

(extrait du conte la Belle Vassilissa)

"A l'instar du Yi King, oracle chinois, le Tarot est aussi un livre des transformations. Or se transformer c'est devenir soi-même. Faire de son identité au-delà de sa personnalité. Le nombre 8 est le nombre des transformations et il évoque souvent un passage par une mort initiatique. L'arcane VIII, la Justice, est une des lames qui illustrent le mieux ce thème. "(Georges Colleuil - Tarot l'Enchanteur)

Baba Yaga est présente sous diverses formes dans ce conte. Dès le départ, elle apparaît sous la forme de ce huit. Chez les égyptiens la justice était représentée par la déesse Maât ou chez les grecs la déesse Thémis, épouse de Zeus:

Grasset

"Il existait, jadis, près d'Eleusis, haut lieu initiatique de la planète, un puits consacré à Thémis. Les femmes soupçonnées d'adultère devaient s'en approcher avec inscrit en elles le serment de leur fidélité, et poser leurs mains sur la margelle du puits. Si la réalité n'était pas conforme à ce qui était inscrit, alors, telle une furie, Thémis sortait du puits et les entraînait avec elle vers l'abominable gouffre."(Georges Colleuil - Tarot l'Enchanteur) Voir les réserves de la Licorne dans les commentaires de cet article au sujet de cet extrait.

Cette forme de justice peut sembler à première vue bien cruelle, tout comme le personnage de Baba Yaga qui, selon la légende aimait se repaître de chairs d'enfants. Mais si nous intériorisons ces archétypes, nous nous rendons compte que cette balance de la justice existe belle et bien en nous. 

Si nous pouvons aisément mentir ou cacher nos secrets au monde extérieur, nous ne pouvons le faire aux yeux de la conscience. Tout ce que nous faisons, pensons, ressentons est enregistré en nous. Parfois cela reste inscrit dans la mémoire; mais quand ce qui survient ne nous plait pas, ou ne correspond pas à ce que nous aimerions être  (au moi artificiel ou ego), nous engloutissons cela dans l'inconscient comme Baba Yaga l'ogresse engloutit les nourrissons. Nous envoyons la vérité se perdre dans les méandres de la forêt...  Et voila qu'une part de nous-même devient dans ces sous-bois inextricables une ombre omniprésente.

Et nous voila à vivre, à partir de miettes de nous-même qui, à l'instar du petit Poucet seront les seuls repères pour retrouver le chemin du retour.

L'épée de la justice représentée sur l'arcane nous renvoie aux paroles du Christ: 

Je ne suis pas venu ici pour apporter la paix, mais l'épée, l'épée à double tranchant.

Saint-Michel Pesant les âmes
Parole qui pourrait sembler énigmatique mais qui rejoint bien notre cheminement initiatique entrepris à travers le conte de la belle Vassilissa. Quitter "la trop bonne mère" c'est à dire quitter cette paix factice de l'homme inconscient, ignorant de son potentiel et des forces antagonistes qui l'habitent. Puis laisser l'épée pourfendre les ténèbres intérieures, l'épée de la conscience lumineuse. Ce double tranchant étant sans doute sur les forces équilibrées du Tao, le Yin et le yang, la dualité unifiée dans la verticalité de la lame. L'épée n'est pas là une arme destructrice mais plutôt une arme guérisseuse, un moyen d'ouverture à soi-même et donc au monde.

"L'épée de la Justice est aussi l'épée qui sacre et adoube le chevalier: au nom de saint Michel et au nom de saint George. Saint Michel l'archange exprime la notion de justice à un très haut niveau de signification. Son nom, Michael, quasiment l'anagramme d'alchimie, lui confère ses lettres de noblesse. En hébreu, il se traduit par: "Qui est comme Dieu?" Question sans appel qui retentit avec force et place l'homme face à sa condition.(...)

Saint Michel terrasse le dragon, c'est à dire le scorpion. Nous jouons ici sur une gamme de symboles porteurs du même sens, même si nous devons les comprendre à un niveau vibratoire différent. Scorpion, Dragon, Serpent à plumes, Kundalini, Vouivre, etc.

Cette allégorie représente le combat de l'homme contre ses instincts, émotions, pulsions libidinales et toutes ces énergies primordiales, bouillonnantes aussi bien dans l'homme que sur la Terre (pensons au tellurisme) et au sein desquelles l'introduction de "l’Épée de conscience" permettra la transformation et la sublimation de l’énergie ancestrale (Note personnelle: énergie archaïque de Baba Yaga , figure sans doute de la Mère Sauvage) en énergie spirituelle."(Georges Colleuil - Tarot l'Enchanteur)


vendredi 27 janvier 2012

Permettre à la bonne mère de mourir

Généalogie d'une sorcière - Benjamin Lacombe


Il était une fois un marchand. En douze ans de mariage, il n'eut qu'une fille, Vassilissa la-très-belle. Sa femme mourut alors que la petite avait huit ans. Sentant approcher sa fin, la mère l'appela, prit une petite poupée cachée sous sa couverture et dit à Vassilissa :

- Écoute mes dernières paroles, obéis à mes dernières volontés. Je te donne cette poupée avec ma bénédiction maternelle ; garde-la, ne la montre à personne. Si quelque mal t'advient, offre à manger à ta poupée et demande-lui conseil. Elle t'aidera dans le malheur.

La femme du marchand embrassa sa fille et mourut... (version trouvée ici)

De nombreux contes commencent ainsi: la mère meurt et laisse l'héroïne orpheline (Blanche-Neige, la belle et la bête, Cendrillon). Mais qui est cette "mère" qui doit mourir? Cette "trop bonne mère" selon l'expression de Pinkola Estés...

Il s'agit sans doute de celle que nous intégrons psychiquement à partir de notre vécu d'enfant, à partir de ce 
L'herbier des fées - Benjamin Lacombe
que nous avons absorbé de notre environnement. Une mère cousue de tout fil, un peu comme cette poupée en tissus que la mère de Vassilissa tient cachée sous ses draps. Une sorte de fétiche protecteur contre toutes nos terreurs enfantines, ombres cachées sous nos lits, loups rôdant dans la nuit noire, cauchemars dont on s'arrache avec peine. Et pourquoi pas contre la peur de vivre, de grandir,  d'affronter le monde extérieur inconnu donc menaçant...

Cette fausse sécurité qu'offre la trop bonne mère  laisse l'être (à l'état symbolique d'enfant) dépendant de ses fantasmes, de ses attaches, à la merci de ses propres illusions. Se fier à cette figure de la psyché est le meilleur moyen de se perdre dans la forêt. 


A fuir de faux dangers, on tombe dans de vrais pièges...

La "trop bonne mère" appelle au confort d'une vie protégé de tout et en particulier du meilleur. L'être qui reste dans les jupes de sa mère psychique, rapiécée à coup de fantasmes et de blessures mal guéries, ne grandit pas. Il stagne à l'étroit dans sa peau de chagrin. Vous avez certainement du en croiser quelques uns, ces enfants immatures dans une peau d'adulte (voire de vieillard) qui ne cessent de radoter sur l'insécurité du monde, passent leur temps à se plaindre ou à ruminer le passé . 

Alice - Benjamin Lacombe
A moins que soi-même, à bien y regarder, on se surprenne aussi à se réfugier dans les bras douillets de cette mère trop trop...


Quand nous renonçons à nos rêves, à nos désirs de changement, de renouveau. Lorsque, trop peureux pour prendre notre envol, nous campons sur nos vieilles habitudes au détriment d'une vie pleinement vécue. 

Renoncer à vivre par peur de mourir, tel est le paradoxe de l'être qui n'a pas coupé le cordon avec sa mère psychique. Pourtant la voie de toute libération commence par là. Accepter l'éventualité de la mort et s'aventurer courageusement dans la sombre forêt peuplée d'ombres. 

Il suffit simplement de le décider, de répondre à l'appel. Les forces intérieures se rassemblent et dévoilent alors des ressources insoupçonnées. La trop bonne mère elle-même, une fois qu'on décide de la quitter, devient petite comme une poupée au fond d'une poche de tablier. Assez petite pour entendre la voix secrète du coeur, cette voix qui guide l'être perdu dans la forêt inextricable...

Cela me rappelle cette phrase de l'évangile selon Matthieu dans laquelle Jésus dit:

Et quiconque aura quitté, en mon Nom, ses frères, ou ses soeurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, ou ses maisons, recevra le centuple, et héritera la vie éternelle. 

ou bien dans l'évangile de Luc:

Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses soeurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple.

Jésus ne semble pas là évoquer les parents réels; cela serait en totale contradiction avec son message
Alice -Benjamin Lacombe
d'amour et d'ouverture à l'autre. 

Peut-on au fond "connaître" ses parents autrement qu'à travers sa propre conscience? Et l'idée que l'on se fait de sa mère ou de son père peut-elle correspondre à la réalité pure ou bien est-elle forcément déformée par divers ressentis, pensées ou élucubrations mentales? 

Jésus invite là à se détacher des parents psychiques (de cette illusion fabriquée), intégrés inconsciemment et derrière lesquels on se cache au commencement de sa vie par peur de sauter du nid. Combien d'actes faisons-nous, de partenaires choisissons-nous, à partir de ces figures intériorisées en dehors de toute conscience (et donc de toute maîtrise)?

Combien d'entre nous se retrouvent soudain à l'âge de la maturité enfermés dans une vie qu'ils n'ont nullement choisi en toute conscience? Mais alors, qui a choisi pour eux?

La voie du Christ comme celle des contes est une voie de libération. Le libre-arbitre est inaccessible à un être immature ballotté par ses propres fantasmes. Avant de pouvoir choisir, il faut briser ses chaînes intérieures et pour cela, d'abord permettre à la bonne mère de mourir...



jeudi 19 janvier 2012

Sois un lotus

Lotus chinois bleu

Jésus dit: 
Allez parmi les gens,
mangez ce que l'on mettra devant vous
et soignez ceux qui parmi eux sont malades.
Car ce qui entrera dans votre bouche ne vous souillera pas,
mais ce qui sortira de votre bouche,
c'est cela qui vous souillera.


(...) L'important n'est pas ce que vous prenez, l'important est ce qui sort de vous - car ce qui sort de vous indique votre qualité, l'important est: comment vous transformez ce que vous avez pris.

Un lotus naît dans la vase; la vase est transformée et devient un lotus. Jamais le lotus ne dit: " Je ne mangerai pas de cette vase, c'est sale!" Non, il ne s'agit pas de cela. Si vous êtes un lotus, rien n'est sale.Si vous avez les pouvoirs d'un lotus, si vous avez ce pouvoir transformateur, alchimique, alors vous pouvez rester dans la boue, et le lotus naîtra.

Et si vous n'avez pas la qualité d'un lotus, même si vous viviez dans l'or, il ne sortira de vous que de la boue.

Ce qui entre n'est pas l'important. L'important est que si vous êtes centré dans votre être, tout ce qui entre est changé, transformé; cela prend la qualité de votre être, puis cela sort.

L'Evangile de Saint Thomas, commenté par Osho, Editions le Relié.

Prêtons attention au mental, au cours d'une journée. Observons comment il fait la fine bouche face aux choses qui surviennent. Comment il rechigne à faire, à voir, à entendre certaines choses, comment il sélectionne selon ses préférences. Il est courant d'entendre dire: "Ah, moi je n'aime pas ça...je préfère ça...je ne peux pas le voir celui-là! Je ne peux pas le sentir!...Ah si je pouvais être ailleurs!".

Ou bien observons notre attitude face à des souvenirs, des évènements passés qui nous ont déplus, peinés, ou énervés. On y pense et se déclenche le petit mécanisme des émotions, comme si cet évènement revenait sans cesse au présent. Nous y restons attachés, au-delà du temps, parce que nous refusons de le digérer, d'être un lotus et de transformer cette boue en fleur.

Le mental seul ne peut effectuer ce travail. Impossible! il n'est pas outillé pour ça. Il faut une Présence supérieure pour effectuer ce travail d'alchimiste. Un regard bienveillant mais absolument objectif c'est à dire qui  voit le monde tel qu'il est et non déformé derrière les jugements du mental. Un regard qui regarde avec totalité.

La question du jour est: 



mardi 13 décembre 2011

Rendez donc à César ce qui est à César

Le baiser de Judas de Giotto (1304-1306)

Ils envoyèrent auprès de Lui quelques-uns des Pharisiens et des Hérodiens, pour Le surprendre dans Ses paroles. Et ils vinrent Lui dire :  
 « Maître, nous savons que Vous êtes véridique, et que Vous n’avez souci de qui que ce soit ; car Vous ne considérez point l’apparence des personnes, mais Vous enseignez la voie de Dieu selon la vérité. Est-il permis de payer le tribut à César, ou ne le payerons-nous pas ? » 
Connaissant leur hypocrisie, il leur dit : 

« Pourquoi Me tentez-vous ? Apportez-moi un denier, afin que je le voie. »

Ils lui en apportèrent un. Et il leur dit : « De qui est cette image et cette inscription ? »
Ils Lui dirent : « De César ». 
Jésus leur répondit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Et ils étaient dans l’étonnement à Son sujet. »  (Marc 12, 13-17)

 Les Pharisiens et les Hérodiens (respectivement représentants de l’autorité religieuse et politique) veulent, dans ce passage de l'Évangile de Marc, semer la confusion et piéger Jésus dont la Parole inspirée par le Verbe recèle un grand pouvoir. Un pouvoir qui met en danger leur influence et leurs propagandes, ainsi que le grand profit (matériel ou politique qu’ils pourraient en tirer). Ce passage de l’Évangile est tout à fait d’actualité et je crois qu’il est de la plus haute importance d’en méditer chaque mot afin de bien en saisir la clé de délivrance que nous propose ici le Christ.

La ruse la plus répandue pour répandre la confusion et semer le doute dans les esprits est  d’abord de s’adresser à l’ego et d’user de  flatterie :

  « Maître, nous savons que Vous êtes véridique, et que Vous n’avez souci de qui que ce soit ; car Vous ne considérez point l’apparence des personnes, mais Vous enseignez la voie de Dieu selon la vérité. » 

Le meilleur mensonge est aussi celui qui contient une grande part de vérité car il devient ainsi beaucoup plus difficile de le réfuter. Dans cette phrase, les pharisiens  semblent reprendre une vérité mais ils dévoilent (pour mettre Jésus à l'épreuve) en fait une grande incompréhension, une erreur spirituelle très répandue, qui consiste à confondre le détachement de l’ego et  le rejet du monde matériel.  Beaucoup ont interprété les enseignements de Jésus comme une invitation à considérer la matière, la chair, comme impure alors que par l’exemple même de sa vie, il révèle le potentiel de transcendance de toute incarnation. N’est-il pas le Verbe qui se fait Chair?…

« Ainsi, dans les premiers siècles, et dès le moment de la rédaction des Evangiles, l’affirmation de la réalité du corps entier du Christ est première. Sa négation est considérée comme l’essence de toutes les hérésies. Les hérétiques en effet commencent à poser que la chair est mauvaise ou purement animale, indigne de l’homme, et que le salut consiste à s’en débarrasser, ou du moins à l’élever de toutes les manières et par toutes sortes d’exercices au-dessus d’elle. »(J-Y Leloup, Jésus Marie-Madeleine et l’Incarnation)
La question survient donc inévitablement, comme un défi: "Est-il permis de payer le tribut à César, ou ne le payerons-nous pas ?"
La perversité consiste à piéger l'autre en utilisant ce en quoi il croit le plus; le diable ne cherche pas à nous tenter avec ce qui nous rebute ou ce qui nous laisse indifférent. Il utilise ce qui a une place de choix dans notre coeur ou du moins, ce qui nous permet de maintenir bien en place tous nos masques illusoires.

Il suffit de regarder les slogans des messages publicitaires, d'observer quelles sont les techniques utilisées pour appâter les gens, pour manipuler l'opinion...On nous caresse toujours dans le sens du poil.

En posant cette question, les pharisiens vont chercher à doublement piéger Jésus. D'une part en l'obligeant à trahir ses propres paroles (selon leurs interprétations erronées) qui prônent un détachement total de tout ce qui concerne le monde matériel; d'autre part en le poussant à se mettre à dos le pouvoir en place, si il ne veut pas se soumettre à ses lois en ne payant pas l'impôt.

« Pourquoi Me tentez-vous ?..."

Jésus est direct. Il agit selon sa Vérité. Il leur montre qu'il n'est pas dupe de leurs machinations en posant la question: Pourquoi me tentez-vous? sans attendre de réponse.

Apportez-moi un denier, afin que je le voie. »

Ils lui en apportèrent un. Et il leur dit : « De qui est cette image et cette inscription ? »
Ils Lui dirent : « De César ». 
Pourquoi Jésus demande à voir un denier? N'en a-t-il jamais vu? Ne sait-il pas que chaque pièce est estampillée de la marque de César?

En demandant ceci, Jésus propose à la fois un enseignement très profond  et remet à sa place l'autorité de César. Il montre l'impermanence des choses, à quel point leur existence n'est liée qu'à notre perception: "afin que je la voie".  En dehors de ma perception, le monde manifesté existe-t-il? A-t-il une réelle influence sur moi? Dois-je me plier à son autorité alors que sa réalité dépend uniquement de la manière dont je perçois les choses?

Puis Jésus enchaîne: « De qui est cette image et cette inscription ? ». Jésus est-il aveugle pour poser une telle question? Ne peut-il pas voir de lui-même?
En posant cette question, il met à son tour les questionneurs à l'épreuve. Il les mets face à leurs propres perceptions. 
Il rend ainsi à César son véritable pouvoir: le pouvoir de l'illusion, de l'image. Celui qui se soumet à César ne se soumet qu'à une image, un reflet auquel il a décidé de croire par le seul biais de ses croyances et de ses perceptions. En réalité, l'être ne se soumet à rien d'autre qu'à ses propres illusions et croyances. Il est donc absolument libre.

C'est ainsi qu'en une phrase jésus disperse toute confusion. Il sépare le bon grain de l'ivraie. Il est venu non pas pour apporter la paix (c'est à dire la soumission confortable à nos propres illusions) mais l'épée qui sépare le faux du vrai. 
Selon qui interprète sa réponse (l'ego ou le Soi c'est à dire l'Être libre), soit les pharisiens sont humiliés, soit l'être humain est libéré de lui-même. Jésus laisse la porte ouverte; il ne force pas mais donne le choix à l'être de Le suivre ou de suivre César...

Jésus leur répondit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Et ils étaient dans l’étonnement à Son sujet. » 
Jésus nous offre dans sa conclusion le choix de suivre la voie de la Vérité. Il nous veut éminament libre de Le suivre mais cette libération ne dépend que de nous. Il ne peut le faire à notre place; en s'adressant aux pharisiens, il s'adresse à ceux qui se sont englués dans les illusions aliénantes de l'ego, c'est à dire chacun de nous ("que celui qui n'a jamais péché..."). Il ne s'agit pas de rejeter la matière ou la chair (ce qui serait encore lui donner un "pouvoir") mais de se détacher des croyances que nous élaborons à partir de nos perceptions, nous éloignant ainsi de la pure réalité des choses. Se soumettre à ces illusions c'est se soumettre à l'impermanence des choses; tandis que ce soumettre à Dieu, c'est être réellement libre, et entrer dans l'éternité.

L'Évangile conclut par la stupeur des pharisiens pris à leur propre piège:  "Et ils étaient dans l’étonnement à Son sujet."Tel est le tribu de ceux qui veulent semer le désordre et la confusion; ils ne font que se tromper eux-même...





lundi 12 décembre 2011

La pietà de Botticelli

En réponse à cette vidéo publiée chez Tempérance, j'ai envie de crier oui!: "on ne sait rien de l'amour", heureusement. Si on en savait quelque chose, cela signifierait que l'amour peut être contenu dans une pensée, un livre ou même l'espace d'un seul coeur. Alors que rien ne Le contient et qu'Il se donne à tout.

Il n'existe qu'une condition à l'amour: être libre. Mais être libre, ce n'est pas être célibataire, se sentir seul, être dans le besoin. Besoin d'une épaule, d'une écoute, de chaleur, de sexe... Être dans le besoin c'est justement ne pas être libre. Or, pour cueillir l'amour, il faut pouvoir être libre de tout besoin.

Je distingue nettement le besoin du désir. Le désir est la nature véritable de l'être et de la vie; c'est l'élan permanent de l'être envers les autres (et donc lui-même). C'est un force d'expansion qui nous ouvre vers le potentiel infini de chaque instant; c'est le Souffle, le pouvoir de l'être humain qui accède à ses racines célestes...le désir n'a nul besoin d'objet puisqu'il est une expression naturelle de l'Être. La sagesse ne consiste pas à ne rien désirer mais à reconnaître sa nature comme essentiellement désirante. Chercher à combler le désir à partir d'un objet matériel c'est un peu comme chercher à remplir l'océan avec un dé à coudre.

Si le désir est libre et sans condition,  le besoin en revanche est une aliénation. L'être humain contrairement aux règne animal et végétal a les capacités de se libérer de ses besoins. Il  doit grandir en distinguant bien le besoin nécessaire à la survie du corps et le désir qui est sa propre nature. Mais nous assistons au contraire dans nos sociétés à une infantilisation de l'être humain, à une confusion malsaine qui consiste à utiliser notre nature désirante à des fins mercantiles et à transformer l'élan naturel du désir en un besoin avilissant. Désirer devient alors source de souffrance puisque la nature même du désir est de ne pas être comblée... Mais qui peut régner sur des hommes libres?...

Si la matière se nourrit d'elle-même pour exister qu'en est-il de notre nature désirante?...Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, l'Être ne se nourrit de Lui-même. Cependant, si l’Esprit donne vie à la matière  (ou si l’esprit se « fait » chair), on ne peut combler le Désir de l'être à partir de choses matérielles. Pour reprendre une expression de Jésus dans l’Évangile de Matthieu (XXII,21):

Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. (Matthieu, XXII,21).
Jésus en affirmant ceci ne cherche nullement (interprétation lue récemment dans un article du Monde des religions intitulé "Jésus laïcise Dieu"...) à séparer l'état du religieux car Dieu est Tout, Il ne peut être séparé de quoique ce soit.

César représente ici la matière, et Dieu l'Esprit, le Souffle (Esprit=Pneuma) à l'origine de toute chose manifestée. Jésus montre bien ici que les deux principes ne peuvent être confondus non pas parce qu'ils sont séparables mais parce que l'un (César) dépend de l'autre (Dieu). L'un est forcément inférieur à l'autre, non pas sur une échelle de valeur mais à travers une échelle de principe.

D'ailleurs le premier mot hébreu de la Génèse Bereshit, traduit en français par "au commencement" signifierait plutôt: "au principe"...ce qui évacue soudainement tout idée de temporalité mais replace l'Esprit ou Pneuma     à la racine "permanente"de tout ce qui est.


jeudi 1 décembre 2011

Pèlerinage à la Sainte III


Il y a un propos de l'Evangile que j'ai haï tellement il heurtait mes convictions et mon joyeux combat. Aujourd'hui, je crois bien que c'est la phrase qui me touche, m'émeut le plus. Elle incarne à mes yeux la libre joie, la liberté intérieure, l'amour inconditionnel auxquels j'aspire si fort. Jésus dit: "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive."(Luc 9,23)




Se renier! Voilà le verbe qui m'a choqué avant d'y découvrir une invitation à devenir pleinement soi-même, au-delà des rôles. Se renier, c'est, pour le dire avec les mots de Malraux, " mettre à mort la comédie intime", cesser de façonner mon personnage, de porter un masque pour devenir réellement qui je suis au fond du fond. C'est une invitation à la liberté totale.


Longtemps j'ai pensé que porter sa croix tenait du renoncement, d'un ascétisme forcé, d'un sacrifice. Peut-être que porter sa croix, c'est tout simplement, et ce n'est pas si simple, assumer tout ce qui ne dépend pas de moi, tout ce qui contrarie ma volonté sans me laisser aigrir. L'ascèse, ce n'est pas en faire plus mais juste accueillir ce qui advient.

Ainsi, suivre le Christ revient pour moi dans cette phrase de Luc à cesser de mentir, à cesser de faire le beau devant Dieu, à arrêter de croire qu'il m'aime à certaines conditions seulement pour être et me déployer totalement. 


Ce verset m'invite aussi à me mettre en route, à porter le croix de ce jour, pas celle de demain ni celle du passé, et à faire la volonté du Christ, ici et maintenant. Mais là aussi, une conversion du regard a eu lieu.


Trop souvent, j'ai cru que faire la volonté de Dieu était forcément triste et pesant. Alors que Jésus l'affirme lui-même: "Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger" (Matthieu 11,30). Ainsi, tenter de faire la volonté de Dieu, c'est peut-être oeuvrer à être pleinement soi-même et se dégager de tout ce qui rapetisse et la vie et soi.


Article d'Alexandre Jollien dans le Hors-Série n°17, Le Monde des Religions, Le message de Jésus.

jeudi 24 novembre 2011

L'eau vive



7 Arrive une femme de Samarie pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : ''Donne-moi à boire.'' 
8 Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger. 
9 Mais cette femme, cette Samaritaine, lui dit : ''Comment ? Toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une femme samaritaine !'' Les Juifs, en effet, ne veulent rien avoir de commun avec les Samaritains. 
10 Jésus lui répondit : ''Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : 'Donne-moi à boire', c'est toi qui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive.'' 
11 La femme lui dit : ''Seigneur, tu n'as même pas un seau et le puits est profond ; d'où la tiens-tu donc cette eau vive ? 
12 Serais-tu plus grand, toi, que notre père Jacob qui nous a donné le puits et qui, lui-même, y a bu ainsi que ses fils et ses bêtes ?'' 
13 Jésus lui répondit : ''Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ; 
14 mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif; au contraire, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle.'' 
15 La femme lui dit : ''Seigneur, donne-moi cette eau pour que je n'aie plus soif et que je n'aie plus à venir puiser ici.''

Evangile de Jean

Quand le Coeur s'ouvre à  la Réalité, quand on boit de cette eau vive, tous les textes sacrés deviennent limpides en soi comme un ruisseau filtré par la roche. On les entend si bien, que le Coeur répond à chaque mot et déborde abondamment. A tel point que cette eau monte souvent jusqu'aux yeux. Le baptême devient alors un acte familier à chaque nouvelle lecture des paroles de l'Enseigneur.

J'ai passé au tamis du Coeur toutes les religions révélées et n'en ai gardé que l'essence, éblouie par ces pépites dispersées dans la vase fertile du monde. J'ai approché l'arabe pour lire le Coran (al Qur'ān ou Récitation), l'araméen pour bien comprendre les mots de Jésus-Yéshoua, et un peu d'hébreu pour écouter la Bible. Le peu que j'ai saisi (le vraiment peu) a suffi pour faire jaillir cette source d'eau vive dont parle Jésus-Christ à la samaritaine.

La samaritaine est l'étrangère, la "profane", celle qui est considérée (symboliquement) comme impure par certains juifs de cette époque. Elle est en quelque sorte cette dualité, cette réalité divisée et imparfaite, cette boue non-filtrée que l'on perçoit du monde quand on le regarde à travers le filtre de nos peurs égotiques.
Et Jésus avec toute la simplicité qui le caractérise lui montre le potentiel divin qu'elle porte en elle. 
Ce puit noir dans lequel elle puise l'eau est son être encore inconscient mais qui ne demande qu'à être sondé. Jésus lui apprend qu'une eau vive, qui comble toute soif (tout désir), est à portée de son seau.
Au-delà des croyances de sa personne (persona ou le masque), de ses à-prioris, de ses limitations mentales. L'eau vive est là. Prête à être puisée, à être offerte et bue. 

C'est l'eau du baptême qui ouvre à la Vie, cette eau que l'on retrouve dans le Coran comme une don merveilleux d'Allah:

« A partir de l'eau, Nous avons constitué toute chose vivante » (Sourate des Prophètes, v. 30)

Observez la profondeur de ce seul verset qui contient en lui-même diverses significations à des degrés de conscience différents. L'eau est en effet dans la matière un vecteur de vie mais dans le monde spirituel, c'est l'eau vive que propose Jésus à la samaritaine, l'eau divine produite par la source intarissable du Soi. Et nous n'avons pas encore abordé la version originale en arabe, langue racine par excellence dont chaque mot, à l'instar de l'hébreu, renvoie à une multitude d'évocations.


Muhammad, le dernier Prophète apporte en transmettant la Parole divine à travers le Coran, un Rappel des enseignements de Jésus-Yeshoua-Issa , considéré par les musulmans comme le Messie (l'Oint), Lui-même porteur des enseignements livrés par Dieu à chacun des prophètes des Livres de la Bible. 
Le Christ est donc à mes yeux l'Enseigneur de la Voie du milieu (rappel des ensignements du Bouddha, et du Tao de Lao-Tseu qui apprend d'une autre façon la même transcendance...Tout est Un).

Beaucoup ont rejetés la religion et ses dogmes pensant ainsi se libérer des barrières établies par les religieux. Mais les véritables barrières sont en nous. Sur le seuil même de notre Coeur. Nous privant de laisser l'eau vive se répandre. La Vision Une se déployer bien au-delà du mental.

Le mental et les limitations de la matière ne disparaîtront pas. Tout comme le puits de la samaritaine. Mais ils seront soudain enracinés dans le divin afin que celui qui a soif dans le désert de l'exil puisse combler ce besoin vital. Puisse cheminer en étant pleinement disponible pour accueillir la Grâce à chaque pas...



Illustration: Le Christ et la samaritaine d'Odilon Redon

mardi 4 octobre 2011

Au fondement de l'animal...

Lamassu  (Louvres)


Rêve du week-end dernier:

Nous sommes en cours de sciences naturelles. La prof nous demande pour la prochaine fois que les enfants (chaque élève est accompagné de son enfant) apportent en cours le cadavre de leur animal de compagnie. Elle explique que nous devrons "regarder par le fondement"(!) à l'intérieur du corps.
L'image survient alors. Je regarde à l'intérieur d'un animal (par l'arrière du corps...restons poli) et je vois...le vide. Il n'y a plus que la peau et à l'intérieur il ne reste qu'un vide.
Je dis à la prof que ça risque d'être traumatisant pour les enfants d'avoir une telle approche de leur animal de compagnie mort. Mais elle semble ne pas s'en inquiéter et semble blasée. Elle sait que c'est une étape nécessaire à la compréhension.

La part animale, le fondement animal, est largement représenté à travers de nombreux mythes. De nombreuses créatures fantastiques présentent ce "fondement animal" en complément de leur part humaine.

La recherche de cette animalité m'a conduit étrangement à m'interroger sur les origines de l'ange.
L'ange semble être l'antithèse même de l'animal. Mais si nous regardons ces anciennes figures telles les Lamassu (créatures à torse humain ailées au fondement de taureau), on s'aperçoit que le mot même de Cherubin est inspiré de ces créatures assyriennes:

"Le mot chérubin vient du latin ecclésiastique cherub (pluriel cherubin), transcription de l'hébreuכרוב (kerūb), pluriel כרובים (kerubīm). Mais le terme serait d'origine assyrienne. Dans cette langue « kéroub » ou « karibu » signifierait « celui qui prie » ou « celui qui communique »1. En Assyrie, Le taureau ailé ou « kéroub » était souvent placé au seuil des temples et des palais2."(wikipedia)

Oedipe et le Sphinx - Gustave Moreau


Ces êtres mi-homme mi-bête (et qui semblent avoir inspiré le Minotaure du Labyrinthe) sont les gardiens du passage puisqu'on les retrouve souvent de part et d'autres des portes des villes et des temples (dont le temple de Salomon). Selon les croyances de l'époque, chaque être humain serait "guidé" par une entité femelle et une entité mâle (Lamassu et Shedu personnifiant sans doute les deux pôles de l'être), selon le même principe que l'ange gardien judéo-chrétien. Comme si le corps, l'incarnation était en soi un "passage", une porte à franchir...
On remarquera l'air de rien qu'à partir de la renaissance (qui est en réalité une mort) ces chérubins prendront soudain l'apparence d'angelots joufflus, figuration quand même bien éloignée de nos "barbus" assyriens. L'animalité encore très présente durant l'époque médiévale tend à être complètement refoulé voire interdite (diabolisée) à partir de cette époque. 

L'animalité de ces créatures peut être révélées par un fondement de taureau mais aussi comme pour le sphinx par celui d'un lion. Le symbole de l'aigle étant en quelque sorte suggéré par les ailes déployées.
Ce qui me permet d'introduire l'arcane du Tarot de Marseille: le Monde. Vingt-et-unième et dernière arcane avant celle du Mat (arcane sans nombre à moins que le zéro y soit sous-entendu...) qui est donc une représentation d'un accomplissement de l'être, une Unité atteinte au bout du chemin initiatique (qui en lui-même n'a pas de fin). 



On  y retrouve bien l'ange et l'aigle dans la partie haute, ainsi que dans le "fondement" le taureau et le lion. Au centre se trouve la Mandorle dans laquelle une figure féminine se tient dans une position qui n'est pas sans rappeler celle du dieu grec hermès.


Peut-être aussi une allusion à Hermès Trismégiste...Il existe une polémique au sujet de l'arcane du monde dont le sujet central est une femme. Certains prétendent qu'à l'origine, il devait s'agir d'un homme mais rien n'est sûr puisque l'origine même du tarot reste un mystère. 
Mais regardons cela d'un oeil ouvert, dégagé des principes duels. Pour qu'un homme soit accompli à l'image de Jésus (souvent représenté dans une Mandorle), ne faut-il pas qu'il aie intégré son pôle féminin?

"Si vous transcendez l'animalité, votre divinité sera quelque chose d'authentique, mais la transcender veut dire l'accepter, la vivre avec vigilance, ne pas vous y perdre, la vivre et la dépasser. La renier signifie ne jamais y pénétrer, ne jamais y passer, simplement la contourner. Dans la vie, rien ne peut être contourné; et si vous contournez quoi que ce soit, vous restez toujours immature, puéril, vous ne serez jamais un adulte.

La vie doit être vécue - alors seulement vous croissez." (Osho - L’Évangile de Saint-Thomas)



La Croix rouge - E.P. de Morgan
Logion 114:


Simon Pierre leur dit:
Que Marie sorte parmi nous,
parce que les femmes ne sont pas digne de la vie.


Jésus dit:
Voici que je la guiderai afin de la faire mâle,
pour qu'elle soit, elle aussi un esprit vivant,
semblable à vous, les mâles.


Car toute femme qui se fera mâle
entrera dans le Royaume des Cieux.