7 Arrive une femme de Samarie pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : ''Donne-moi à boire.''
8 Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger.
9 Mais cette femme, cette Samaritaine, lui dit : ''Comment ? Toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une femme samaritaine !'' Les Juifs, en effet, ne veulent rien avoir de commun avec les Samaritains.
10 Jésus lui répondit : ''Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : 'Donne-moi à boire', c'est toi qui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive.''
11 La femme lui dit : ''Seigneur, tu n'as même pas un seau et le puits est profond ; d'où la tiens-tu donc cette eau vive ?
12 Serais-tu plus grand, toi, que notre père Jacob qui nous a donné le puits et qui, lui-même, y a bu ainsi que ses fils et ses bêtes ?''
13 Jésus lui répondit : ''Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ;
14 mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif; au contraire, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle.''
15 La femme lui dit : ''Seigneur, donne-moi cette eau pour que je n'aie plus soif et que je n'aie plus à venir puiser ici.''
Evangile de Jean
Quand le Coeur s'ouvre à la Réalité, quand on boit de cette eau vive, tous les textes sacrés deviennent limpides en soi comme un ruisseau filtré par la roche. On les entend si bien, que le Coeur répond à chaque mot et déborde abondamment. A tel point que cette eau monte souvent jusqu'aux yeux. Le baptême devient alors un acte familier à chaque nouvelle lecture des paroles de l'Enseigneur.
J'ai passé au tamis du Coeur toutes les religions révélées et n'en ai gardé que l'essence, éblouie par ces pépites dispersées dans la vase fertile du monde. J'ai approché l'arabe pour lire le Coran (al Qur'ān ou Récitation), l'araméen pour bien comprendre les mots de Jésus-Yéshoua, et un peu d'hébreu pour écouter la Bible. Le peu que j'ai saisi (le vraiment peu) a suffi pour faire jaillir cette source d'eau vive dont parle Jésus-Christ à la samaritaine.
La samaritaine est l'étrangère, la "profane", celle qui est considérée (symboliquement) comme impure par certains juifs de cette époque. Elle est en quelque sorte cette dualité, cette réalité divisée et imparfaite, cette boue non-filtrée que l'on perçoit du monde quand on le regarde à travers le filtre de nos peurs égotiques.
Et Jésus avec toute la simplicité qui le caractérise lui montre le potentiel divin qu'elle porte en elle.
Ce puit noir dans lequel elle puise l'eau est son être encore inconscient mais qui ne demande qu'à être sondé. Jésus lui apprend qu'une eau vive, qui comble toute soif (tout désir), est à portée de son seau.
Au-delà des croyances de sa personne (persona ou le masque), de ses à-prioris, de ses limitations mentales. L'eau vive est là. Prête à être puisée, à être offerte et bue.
C'est l'eau du baptême qui ouvre à la Vie, cette eau que l'on retrouve dans le Coran comme une don merveilleux d'Allah:
« A partir de l'eau, Nous avons constitué toute chose vivante » (Sourate des Prophètes, v. 30)
Observez la profondeur de ce seul verset qui contient en lui-même diverses significations à des degrés de conscience différents. L'eau est en effet dans la matière un vecteur de vie mais dans le monde spirituel, c'est l'eau vive que propose Jésus à la samaritaine, l'eau divine produite par la source intarissable du Soi. Et nous n'avons pas encore abordé la version originale en arabe, langue racine par excellence dont chaque mot, à l'instar de l'hébreu, renvoie à une multitude d'évocations.
Muhammad, le dernier Prophète apporte en transmettant la Parole divine à travers le Coran, un Rappel des enseignements de Jésus-Yeshoua-Issa , considéré par les musulmans comme le Messie (l'Oint), Lui-même porteur des enseignements livrés par Dieu à chacun des prophètes des Livres de la Bible.
Le Christ est donc à mes yeux l'Enseigneur de la Voie du milieu (rappel des ensignements du Bouddha, et du Tao de Lao-Tseu qui apprend d'une autre façon la même transcendance...Tout est Un).
Beaucoup ont rejetés la religion et ses dogmes pensant ainsi se libérer des barrières établies par les religieux. Mais les véritables barrières sont en nous. Sur le seuil même de notre Coeur. Nous privant de laisser l'eau vive se répandre. La Vision Une se déployer bien au-delà du mental.
Le mental et les limitations de la matière ne disparaîtront pas. Tout comme le puits de la samaritaine. Mais ils seront soudain enracinés dans le divin afin que celui qui a soif dans le désert de l'exil puisse combler ce besoin vital. Puisse cheminer en étant pleinement disponible pour accueillir la Grâce à chaque pas...
Illustration: Le Christ et la samaritaine d'Odilon Redon