Cette nuit j'ai rêvé que je mangeais ces petits fruits ronds qu'on cueille au bord du maquis au coeur de l'automne. Ils ont la même couleur que ces roses offertes hier à une personne dont la gentillesse est sans doute aussi douce à goûter que ces fruits...
Parfois l'effervescence de la vie nous surprend et on se laisse emporter, parce qu'elle est le mouvement extérieur de la vie. Mais dans l'effervescence, on oublie à force de courir vers les nombreux signes que la vie nous envoie, de s'arrêter au bord du chemin et de cueillir le fruit sucré de chaque instant.
Alors je me pose. Je me cale à nouveau dans ma peau, dans ce présent qui m'attend toujours qui ne va jamais assez loin pour que je puisse le perdre.
Certains disent qu'ils se recentrent; mais je ne me sens le centre de rien. Du moins cela ne concerne pas l'espace. C'est être plutôt au coeur de tout, dans la pulpe même du nouveau, du neuf que seul la poésie peut effleurer du bout des mots.
Seule la poésie, exprimée par les mots mais aussi par les gestes, l'image, la musique, est l'unique solution qui s'offre au monde. Ne jamais oublier cela. Dès que la poésie se tarit, je m'oublie. Je suis décalée. Je ne respire plus. Le rythme des poumons, ces ailes de chair, ces ailes d’ange, déployées dans nos poitrines est rompu.
N'est-ce pas cela la Chute?
La négligence de ce lien divin au coeur de soi...
La perte du Souffle...
Dans sa main ouverte
dansent
neuf petits soleils
