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mercredi 21 mars 2012

Noli me tangere

Fra Angelico

"En botanique :c´est le nom que reçoit la balsamine sauvage qui pousse dans le bois  ou impatiens noli-tangere. Quand on la cultive elle s´appelle impatients balsamina ou Balsamina hortensis. Cette plante se caractérise par les capsules qui contiennent ses fruits qui éclatent au moindre contact, projetant ainsi au loin sa semence. Ce mécanisme se nomme libération explosive. 


Avec cet arbuste fleuri on obtient un  « balsamo », baume qui est employé en médecine pour soigner les plaies ..."


Ne me touche pas...ne m'embaume pas, 
moi qui ne suis pas mort.


Ce désir qui serpente vers le ciel
jusqu'à l'arbre en panache
toi pilier écarlate
moi pilier de la miséricorde


Nous voila à nouveau
réunis au Jardin


Toi dont les larmes et l'amour
ont fait comme un baume
un délice
de mes plaies


Toi qui présente le Calice
et moi qui tient l’Épée


Toi qui a laissé
un parfum Vivant
sur la montagne
qui porte ton nom


Sainte Baume



vendredi 17 février 2012

Séparer ceci de cela

Si Wa Wata Wa  (Oeil ouvert) -Eward Curtis


- Lave mes vêtements, balaye la cour et nettoie la maison, prépare ma nourriture, sépare le froment attaqué par la rouille du bon blé et veille à ce que tout soit en ordre. Je reviendrai bientôt pour vérifier ton travail. S'il n'est pas fait, tu me serviras de festin. 

Là-dessus Baba Yaga s'envola sur son chaudron et la nuit tomba de nouveau.

Dès qu'elle eut disparu, Vassilissa se tourna vers la poupée. - Que dois-je faire? Vais-je pouvoir accomplir ces tâches dans les temps?

La poupée l'assura qu'elle le pourrait et lui dit de manger un peu et d'aller dormir. Vassilissa donna un peu à manger à la poupée et s'endormit.

Au matin, la poupée avait fait tout le travail.*

L'éveil offre à l'homme qui le vit une transparence intérieure, un retournement de la vision comme si le regard se positionnait à l'arrière de la psyché, plutôt qu'à sa périphérie. Soudain, le monde extérieur prend un nouveau relief; il n'est plus séparé de nos profondeurs. Nous pouvons en contempler l'étendue ainsi que les liens d'interaction comme si nous regardions du sommet d'une montagne. Nous regardons le monde comme un souverain contemple son royaume. Nous devenons à la fois la cause et les conséquences. 

Et dans ce sens, nous devons lire les contes, les mythes et les rêves comme quelque chose qui nous renvoie à ce royaume intérieur. Quel souverain es-tu pour ce royaume? Comment gères-tu le peuple qui t'habite (symbolisé par l'animalité représentée dans la Bible par exemple dans le mythe de la Genèse ou celui très ancien de Noé), la cour qui t'entoure, les réseaux de communication, l'échange avec les autres royaumes...

Ce n'est pas un hasard si Jésus emploie beaucoup cette métaphore du royaume car en réalité, nous sommes une foule réunie en un. Chaque aspect de notre être a une valeur essentielle, un rôle particulier qui doit être accompli afin de veiller à l'harmonie du tout. Pour cela nous devons veiller, nous devons devenir un bon roi (l'archétype du roi est familier des contes de fées) et cela demande beaucoup de sagesse et de patience. Cela demande aussi une confiance en nos forces profondes, une véritable foi (car si la croyance s'appuie sur un objet extérieur, la foi ne s'appuie sur rien d'autre que sur notre divin).

Tel le roi Salomon, nous devons rendre justice et rendre à chacun son dû (comme il le fait aux deux femmes qui réclament le même enfant dans le Livre des Rois:3, 16-28). Nous devons trier le faux du vrai à l'intérieur de nous-même, rendre à César ce qui lui revient. Dans la parabole de l'ivraie, Évangile de Saint Matthieu:


13.24 Il leur proposa une autre parabole, et il dit: Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ.
13.25 Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l'ivraie parmi le blé, et s'en alla.
13.26 Lorsque l'herbe eut poussé et donné du fruit, l'ivraie parut aussi.
13.27 Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire: Seigneur, n'as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie?
13.28 Il leur répondit: C'est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent: Veux-tu que nous allions l'arracher?
13.29 Non, dit-il, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé.
13.30 Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et, à l'époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs: Arrachez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier.


Brin d'ivraie
L'ivraie  qui, en grec se dénomme zizania (la zizanie), a non seulement des propriétés enivrantes mais peut aussi devenir toxique dans certaines conditions.
Par expérience, nous ressentons cet état d'ivresse lorsque nous sommes en friche à l'intérieur de nous, c'est à dire lorsque tout est confondu dans notre psyché (l'âge de l'adolescent en est un bon exemple). Nous sommes alors à la merci de nos erreurs de jugements qui s'appuient exclusivement sur une vision trouble, enchaîné au passé et à des émotions refoulées, non conscientes.

Ce chaos intérieur nous pousse à agir de façon incontrôlable exactement comme si nous étions ivre. Nous nous retrouvons dans des situations répétitives, qui nous font revivre des souffrances oubliées mais toujours présentes. Nous agissons comme si nous étions sous l'emprise d'une drogue ou d'un démon. Combien de criminels face au tribunal se sont défendus d'avoir agi de façon incontrôlable comme si c'était quelqu'un d'autre qui prenait les commandes...
Et c'est exactement ce qui se passe. Plus nous refusons de reconnaître un élément de nous-même, plus il tend à se manifester de façon inattendue voire violente (c'est le concept jungien de l'ombre). Il prend "forme et vie" en quelque sorte. Il faut bien comprendre que nous sommes composés de flux d'énergies et chaque ressenti, chaque souffrance fait naître et détourne de nouvelles énergies qui, si elles sont trop longtemps retenues (ou mal orientées) peuvent exploser selon le principe de la cocotte minute. Or toute énergie est source de vie. Nous donnons ainsi vie à des démons intérieurs qui nous empoisonnent la vie exactement comme l'ivraie le ferait de nos récoltes. Nous avons beau semer le blé de nos vies, nous ne récoltons que de l'amertume et des échecs. 

Lors d'un traumatisme, se déclenchent des mécanismes de défense destinés à protéger l'équilibre de la psyché mis à mal. Ces mécanismes enferment le psychisme dans un système binaire, duel (cette fameuse dualité), le coupant non seulement du trauma vécu mais aussi de ses ressources intérieures. L'être se retrouve alors pris au piège à l'intérieur de lui-même. On ne peut rêver un système pénitentiaire plus élaboré, plus efficace que celui d'enfermer quelqu'un dans son propre corps! 

Il y a donc en nous des forces qui s'opposent et s'affrontent incapables de trouver un juste équilibre qui permettrait à l'énergie en rétention de s'écouler sans provoquer de dégâts; le premier pas à faire pour reprendre la maîtrise de tout ça, serait de commencer à "reconnaître" se qui veut s'exprimer en soi. Le fait même de porter notre attention sur un point douloureux de notre histoire permet déjà à l'énergie de circuler à nouveau de sortir du système duel de rétention-pulsion.

Ancien tableau de médecine chinoise
J'ai publié un rêve dans mon carnet dans lequel un petit garçon noir (donc énergie non consciente) se posait sur le visage des aiguilles de couturière à la façon de l’acupuncture (médecine traditionnelle chinoise connue aussi depuis 5000 ans en Inde et en Egypte ancienne- voir les commentaires du sujet précédent Servir le non-rationnel  où il est question d'une connaissance bien antérieure à ce que nous pouvons imaginer...). La médecine chinoise détient depuis bien plus longtemps que nous le secret de ces flux d'énergies qui nous composent et que dont nous sommes responsables. En effet, qui d'autre que nous peu ressentir de quoi nous souffrons et tenter de trouver ce qui perturbe la libre circulation de ces flux. 

Faire le tri en nous, c'est à dire aussi changer notre vision de nous-même en prenant du recul. Ne plus vivre au centre de la douleur (ou névrose) mais prendre de la distance et observer. Notre pouvoir est véritablement cela: nous pouvons "regarder" ce qui nous habite comme un roi observerait un sujet de son royaume.

Un bon roi écoute ses sujets, entends les doléances et essaie de prendre des décisions pour le bien de tous. Ainsi peut advenir l'unité en soi.

Dans le conte de Vassilissa, la poupée offre à la jeune fille un secret pour parvenir à exécuter les ordres de Baba Yaga (qui au centre de la psyché, de la nuit intérieure donc de l'inconscient, sait bien qu'il faut faire le ménage pour y voir plus clair!); elle lui propose quelque chose d'extrêmement simple: manger puis dormir.
La poupée enseigne là que bien nourrir sa psyché permet aussi de bien dormir c'est à dire de "bien rêver".
Le rêve nocturne est véritablement une clé donnée par le conte qui permet d'explorer sa nuit intérieure et d'en rallumer le feu.  J'en fait personnellement l'expérience actuellement...

Il suffit de dormir, c'est à dire aussi de s'abandonner à sa poupée. En tant qu'intuition, cette voix intérieure est bien plus efficace dans un total lâcher-prise (et confiance) que dans une recherche de contrôle par le mental ou la logique. La raison est un fruit de l'harmonie mais ne peut en être les racines. L'harmonie fleurit dans le coeur même de l'être où règne un ordre bien supérieur au raisonnement cartésien qui ne maîtrise en rien ce qui est caché aux yeux du mental: l'énergie créatrice contenue en toute chose.

L'univers est maintenu dans une harmonie parfaite. La force qui régit les choses "sait" comment faire pour faire régner l’ordre pour le bien de tous. Nous abandonner à cette ordre (ou Tao) nous permet de laisser les énergies reprendre leur juste place et ainsi d'éviter les inondations et autres tsunamis...



* Extrait du conte la belle Vassilissa selon Clarissa Pinkola Estés dans Femmes qui courent avec les loups.

jeudi 19 janvier 2012

Sois un lotus

Lotus chinois bleu

Jésus dit: 
Allez parmi les gens,
mangez ce que l'on mettra devant vous
et soignez ceux qui parmi eux sont malades.
Car ce qui entrera dans votre bouche ne vous souillera pas,
mais ce qui sortira de votre bouche,
c'est cela qui vous souillera.


(...) L'important n'est pas ce que vous prenez, l'important est ce qui sort de vous - car ce qui sort de vous indique votre qualité, l'important est: comment vous transformez ce que vous avez pris.

Un lotus naît dans la vase; la vase est transformée et devient un lotus. Jamais le lotus ne dit: " Je ne mangerai pas de cette vase, c'est sale!" Non, il ne s'agit pas de cela. Si vous êtes un lotus, rien n'est sale.Si vous avez les pouvoirs d'un lotus, si vous avez ce pouvoir transformateur, alchimique, alors vous pouvez rester dans la boue, et le lotus naîtra.

Et si vous n'avez pas la qualité d'un lotus, même si vous viviez dans l'or, il ne sortira de vous que de la boue.

Ce qui entre n'est pas l'important. L'important est que si vous êtes centré dans votre être, tout ce qui entre est changé, transformé; cela prend la qualité de votre être, puis cela sort.

L'Evangile de Saint Thomas, commenté par Osho, Editions le Relié.

Prêtons attention au mental, au cours d'une journée. Observons comment il fait la fine bouche face aux choses qui surviennent. Comment il rechigne à faire, à voir, à entendre certaines choses, comment il sélectionne selon ses préférences. Il est courant d'entendre dire: "Ah, moi je n'aime pas ça...je préfère ça...je ne peux pas le voir celui-là! Je ne peux pas le sentir!...Ah si je pouvais être ailleurs!".

Ou bien observons notre attitude face à des souvenirs, des évènements passés qui nous ont déplus, peinés, ou énervés. On y pense et se déclenche le petit mécanisme des émotions, comme si cet évènement revenait sans cesse au présent. Nous y restons attachés, au-delà du temps, parce que nous refusons de le digérer, d'être un lotus et de transformer cette boue en fleur.

Le mental seul ne peut effectuer ce travail. Impossible! il n'est pas outillé pour ça. Il faut une Présence supérieure pour effectuer ce travail d'alchimiste. Un regard bienveillant mais absolument objectif c'est à dire qui  voit le monde tel qu'il est et non déformé derrière les jugements du mental. Un regard qui regarde avec totalité.

La question du jour est: 



lundi 16 janvier 2012

Au commencement...

Photo trouvée ici


En archè, au commencement, au principe, à l'origine, au fondement, à la source, en tête...

Quel  mot choisir pour traduire cet archè, ce béréshit - premier mot de toute genèse? Qu'en est-il du commencement?

Quel était notre visage avant notre naissance?
La question de l'origine est la plus fondamentale de l'homme, elle l'oblige aux racines; elle le force à l'identification: quel est le lieu d'où tu viens? il faut question garder du premier au dernier souffle, car connaître son origine, c'est aussi connaître sa fin, ce pour quoi nous sommes faits.
Au commencement, il y a un programme, un projet, une destination, une destinée; mais de quel commencement s'agit-il?
S'agit-il des débuts du Temps, de l'Autrefois?
Au commencement, c'est d'abord cela: le commencement du monde, de cet espace-temps. Certains se poseront alors la question: mais qu'y avait-il avant ce commencement, "car de rien, rien ne peut sortir"?
A cela les Rabbins font finement remarquer la lettre beth, de bereshit, première lettre par laquelle s'ouvre la Bible et le Prologue, s'il était écrit en hébreu, avant beth: il y a aleph.
Cet aleph, la pemière lettre de l'alphabet, est le symbole de Dieu dans son Unité, son Aséité; beth, la seconde, symbolisera la dualité.
Ainsi, bereshit, en archè =au commencement, c'est l'entrée dans le monde de la dualité, de la temporalité. C'est le commencement de ce qui doit finir, le monde composé qui doit se décomposer, le monde de l'entropie ou encore, pour reprendre le mot de Paul: "ce monde tel que vous le voyez, ce monde qui est entrain de disparaître..."

Avant le commencement, il y a l'"aleph", le mystère de cette liberté "qui est" et qui fait qu'il y a quelque chose plutôt que rien...

Qu'y a-t-il au commencement? La question peut aussi se poser d'une autre manière, plus subjective: qu'y at-t-il au commencement de nos actes, à la source de nos pensées? de nos émotions? de nos sentiments?

Qu'est-ce qui est au commencement d'un amour, d'un rêve? Qu'est-ce qui est à la source d'une pulsion, d'un cri, d'une angoisse?

Se tenir dans la proximité de l'origine aiguise la conscience et nous ramène au présent, car le commencement n'est peut-être pas à chercher hier, autrefois, mais ici et maintenant. Qu'est-ce qui nous pose dans l'Être en cet instant? Qui, en nous, pose cette question?

Voir toute chose, dans son origine, dans son commencement, nous met en fraternité avec les vivants; l'arbre, l'étoile, l'oiseau nous sont étrangers parce que nous les percevons en dehors de l'origine qui nous est commune.

Boire à la Source de tout ce qui vit et respire élargit le coeur et fait gronder le sang en écho de toutes les sèves du monde. Se tenir dans la proximité des commencements, c'est se rendre infiniment proche de ce qui fait être l'unité et la multitude des "étants".

L'Évangile de Jean commenté et traduit par Jean-Yves Leloup, éditions Albin Michel.


Accepter de faire de chaque jour, chaque instant, une page blanche
Accepter de faire de chaque souffle un nouveau poème




mardi 13 décembre 2011

Rendez donc à César ce qui est à César

Le baiser de Judas de Giotto (1304-1306)

Ils envoyèrent auprès de Lui quelques-uns des Pharisiens et des Hérodiens, pour Le surprendre dans Ses paroles. Et ils vinrent Lui dire :  
 « Maître, nous savons que Vous êtes véridique, et que Vous n’avez souci de qui que ce soit ; car Vous ne considérez point l’apparence des personnes, mais Vous enseignez la voie de Dieu selon la vérité. Est-il permis de payer le tribut à César, ou ne le payerons-nous pas ? » 
Connaissant leur hypocrisie, il leur dit : 

« Pourquoi Me tentez-vous ? Apportez-moi un denier, afin que je le voie. »

Ils lui en apportèrent un. Et il leur dit : « De qui est cette image et cette inscription ? »
Ils Lui dirent : « De César ». 
Jésus leur répondit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Et ils étaient dans l’étonnement à Son sujet. »  (Marc 12, 13-17)

 Les Pharisiens et les Hérodiens (respectivement représentants de l’autorité religieuse et politique) veulent, dans ce passage de l'Évangile de Marc, semer la confusion et piéger Jésus dont la Parole inspirée par le Verbe recèle un grand pouvoir. Un pouvoir qui met en danger leur influence et leurs propagandes, ainsi que le grand profit (matériel ou politique qu’ils pourraient en tirer). Ce passage de l’Évangile est tout à fait d’actualité et je crois qu’il est de la plus haute importance d’en méditer chaque mot afin de bien en saisir la clé de délivrance que nous propose ici le Christ.

La ruse la plus répandue pour répandre la confusion et semer le doute dans les esprits est  d’abord de s’adresser à l’ego et d’user de  flatterie :

  « Maître, nous savons que Vous êtes véridique, et que Vous n’avez souci de qui que ce soit ; car Vous ne considérez point l’apparence des personnes, mais Vous enseignez la voie de Dieu selon la vérité. » 

Le meilleur mensonge est aussi celui qui contient une grande part de vérité car il devient ainsi beaucoup plus difficile de le réfuter. Dans cette phrase, les pharisiens  semblent reprendre une vérité mais ils dévoilent (pour mettre Jésus à l'épreuve) en fait une grande incompréhension, une erreur spirituelle très répandue, qui consiste à confondre le détachement de l’ego et  le rejet du monde matériel.  Beaucoup ont interprété les enseignements de Jésus comme une invitation à considérer la matière, la chair, comme impure alors que par l’exemple même de sa vie, il révèle le potentiel de transcendance de toute incarnation. N’est-il pas le Verbe qui se fait Chair?…

« Ainsi, dans les premiers siècles, et dès le moment de la rédaction des Evangiles, l’affirmation de la réalité du corps entier du Christ est première. Sa négation est considérée comme l’essence de toutes les hérésies. Les hérétiques en effet commencent à poser que la chair est mauvaise ou purement animale, indigne de l’homme, et que le salut consiste à s’en débarrasser, ou du moins à l’élever de toutes les manières et par toutes sortes d’exercices au-dessus d’elle. »(J-Y Leloup, Jésus Marie-Madeleine et l’Incarnation)
La question survient donc inévitablement, comme un défi: "Est-il permis de payer le tribut à César, ou ne le payerons-nous pas ?"
La perversité consiste à piéger l'autre en utilisant ce en quoi il croit le plus; le diable ne cherche pas à nous tenter avec ce qui nous rebute ou ce qui nous laisse indifférent. Il utilise ce qui a une place de choix dans notre coeur ou du moins, ce qui nous permet de maintenir bien en place tous nos masques illusoires.

Il suffit de regarder les slogans des messages publicitaires, d'observer quelles sont les techniques utilisées pour appâter les gens, pour manipuler l'opinion...On nous caresse toujours dans le sens du poil.

En posant cette question, les pharisiens vont chercher à doublement piéger Jésus. D'une part en l'obligeant à trahir ses propres paroles (selon leurs interprétations erronées) qui prônent un détachement total de tout ce qui concerne le monde matériel; d'autre part en le poussant à se mettre à dos le pouvoir en place, si il ne veut pas se soumettre à ses lois en ne payant pas l'impôt.

« Pourquoi Me tentez-vous ?..."

Jésus est direct. Il agit selon sa Vérité. Il leur montre qu'il n'est pas dupe de leurs machinations en posant la question: Pourquoi me tentez-vous? sans attendre de réponse.

Apportez-moi un denier, afin que je le voie. »

Ils lui en apportèrent un. Et il leur dit : « De qui est cette image et cette inscription ? »
Ils Lui dirent : « De César ». 
Pourquoi Jésus demande à voir un denier? N'en a-t-il jamais vu? Ne sait-il pas que chaque pièce est estampillée de la marque de César?

En demandant ceci, Jésus propose à la fois un enseignement très profond  et remet à sa place l'autorité de César. Il montre l'impermanence des choses, à quel point leur existence n'est liée qu'à notre perception: "afin que je la voie".  En dehors de ma perception, le monde manifesté existe-t-il? A-t-il une réelle influence sur moi? Dois-je me plier à son autorité alors que sa réalité dépend uniquement de la manière dont je perçois les choses?

Puis Jésus enchaîne: « De qui est cette image et cette inscription ? ». Jésus est-il aveugle pour poser une telle question? Ne peut-il pas voir de lui-même?
En posant cette question, il met à son tour les questionneurs à l'épreuve. Il les mets face à leurs propres perceptions. 
Il rend ainsi à César son véritable pouvoir: le pouvoir de l'illusion, de l'image. Celui qui se soumet à César ne se soumet qu'à une image, un reflet auquel il a décidé de croire par le seul biais de ses croyances et de ses perceptions. En réalité, l'être ne se soumet à rien d'autre qu'à ses propres illusions et croyances. Il est donc absolument libre.

C'est ainsi qu'en une phrase jésus disperse toute confusion. Il sépare le bon grain de l'ivraie. Il est venu non pas pour apporter la paix (c'est à dire la soumission confortable à nos propres illusions) mais l'épée qui sépare le faux du vrai. 
Selon qui interprète sa réponse (l'ego ou le Soi c'est à dire l'Être libre), soit les pharisiens sont humiliés, soit l'être humain est libéré de lui-même. Jésus laisse la porte ouverte; il ne force pas mais donne le choix à l'être de Le suivre ou de suivre César...

Jésus leur répondit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Et ils étaient dans l’étonnement à Son sujet. » 
Jésus nous offre dans sa conclusion le choix de suivre la voie de la Vérité. Il nous veut éminament libre de Le suivre mais cette libération ne dépend que de nous. Il ne peut le faire à notre place; en s'adressant aux pharisiens, il s'adresse à ceux qui se sont englués dans les illusions aliénantes de l'ego, c'est à dire chacun de nous ("que celui qui n'a jamais péché..."). Il ne s'agit pas de rejeter la matière ou la chair (ce qui serait encore lui donner un "pouvoir") mais de se détacher des croyances que nous élaborons à partir de nos perceptions, nous éloignant ainsi de la pure réalité des choses. Se soumettre à ces illusions c'est se soumettre à l'impermanence des choses; tandis que ce soumettre à Dieu, c'est être réellement libre, et entrer dans l'éternité.

L'Évangile conclut par la stupeur des pharisiens pris à leur propre piège:  "Et ils étaient dans l’étonnement à Son sujet."Tel est le tribu de ceux qui veulent semer le désordre et la confusion; ils ne font que se tromper eux-même...





lundi 12 décembre 2011

La pietà de Botticelli

En réponse à cette vidéo publiée chez Tempérance, j'ai envie de crier oui!: "on ne sait rien de l'amour", heureusement. Si on en savait quelque chose, cela signifierait que l'amour peut être contenu dans une pensée, un livre ou même l'espace d'un seul coeur. Alors que rien ne Le contient et qu'Il se donne à tout.

Il n'existe qu'une condition à l'amour: être libre. Mais être libre, ce n'est pas être célibataire, se sentir seul, être dans le besoin. Besoin d'une épaule, d'une écoute, de chaleur, de sexe... Être dans le besoin c'est justement ne pas être libre. Or, pour cueillir l'amour, il faut pouvoir être libre de tout besoin.

Je distingue nettement le besoin du désir. Le désir est la nature véritable de l'être et de la vie; c'est l'élan permanent de l'être envers les autres (et donc lui-même). C'est un force d'expansion qui nous ouvre vers le potentiel infini de chaque instant; c'est le Souffle, le pouvoir de l'être humain qui accède à ses racines célestes...le désir n'a nul besoin d'objet puisqu'il est une expression naturelle de l'Être. La sagesse ne consiste pas à ne rien désirer mais à reconnaître sa nature comme essentiellement désirante. Chercher à combler le désir à partir d'un objet matériel c'est un peu comme chercher à remplir l'océan avec un dé à coudre.

Si le désir est libre et sans condition,  le besoin en revanche est une aliénation. L'être humain contrairement aux règne animal et végétal a les capacités de se libérer de ses besoins. Il  doit grandir en distinguant bien le besoin nécessaire à la survie du corps et le désir qui est sa propre nature. Mais nous assistons au contraire dans nos sociétés à une infantilisation de l'être humain, à une confusion malsaine qui consiste à utiliser notre nature désirante à des fins mercantiles et à transformer l'élan naturel du désir en un besoin avilissant. Désirer devient alors source de souffrance puisque la nature même du désir est de ne pas être comblée... Mais qui peut régner sur des hommes libres?...

Si la matière se nourrit d'elle-même pour exister qu'en est-il de notre nature désirante?...Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, l'Être ne se nourrit de Lui-même. Cependant, si l’Esprit donne vie à la matière  (ou si l’esprit se « fait » chair), on ne peut combler le Désir de l'être à partir de choses matérielles. Pour reprendre une expression de Jésus dans l’Évangile de Matthieu (XXII,21):

Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. (Matthieu, XXII,21).
Jésus en affirmant ceci ne cherche nullement (interprétation lue récemment dans un article du Monde des religions intitulé "Jésus laïcise Dieu"...) à séparer l'état du religieux car Dieu est Tout, Il ne peut être séparé de quoique ce soit.

César représente ici la matière, et Dieu l'Esprit, le Souffle (Esprit=Pneuma) à l'origine de toute chose manifestée. Jésus montre bien ici que les deux principes ne peuvent être confondus non pas parce qu'ils sont séparables mais parce que l'un (César) dépend de l'autre (Dieu). L'un est forcément inférieur à l'autre, non pas sur une échelle de valeur mais à travers une échelle de principe.

D'ailleurs le premier mot hébreu de la Génèse Bereshit, traduit en français par "au commencement" signifierait plutôt: "au principe"...ce qui évacue soudainement tout idée de temporalité mais replace l'Esprit ou Pneuma     à la racine "permanente"de tout ce qui est.