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dimanche 14 octobre 2012

Dans le miroir magique

Paul Klee- Dans le miroir magique

Toute relation est une occasion de se rencontrer SOI.




lundi 9 juillet 2012

Agnus Dei





Étymologie de "Holocauste":


Terme hébreux 'Olah qui apparaît souvent sous la forme du féminin du participe présent 'Alah qui signifie "monter"... (source René Dussaud)




Je suis l'agneau
sur l'autel de ma vie.


L’épreuve
est une invitation
au sacrifice
de ce qui n'est pas.

Quelle est cette part animale
en moi
qui doit être immolée.


Jeter au feu
ce que je ne suis pas.


A chaque instant,
une offrande.

Devenir ainsi
assez léger
pour...monter.


Devenir SOI.








vendredi 24 février 2012

Se tenir à quatre pattes

Source



Vassilissa commença à remercier la Yaga, mais la poupée se mit à s'agiter dans sa poche et Vassilissa se rendit compte qu'elle devait prendre le crâne et s'en aller. Elle courut jusque chez elle à travers la forêt obscure, suivant les méandres du chemin selon les indications de la poupée. 
Vassilissa traversait la forêt, portant le crâne avec le feu qui jaillissait des trous à l'endroit de ses oreilles, de ses yeux, de son nez et de sa bouche. Soudain, elle eut peur de son poids et de sa lumière surnaturelle et eut envie de le jeter au loin.
Mais le crâne lui adressa la parole. Il lui enjoignit de se calmer et de continuer à marcher vers la demeure de sa belle-mère et de ses filles. Ce qu'elle fit.*

Après le travail des profondeurs, vient le moment de l'ascension, le retour au monde comme une nouvelle naissance. Il est étrange d'employer ce terme d'ascension pour exprimer un retour aux réalités de ce monde généralement employé pour décrire l'élévation de la conscience vers les hautes sphères divines...
Il s'agit pourtant d'un point essentiel de toute voie et je le mets en parallèle avec la symbolique de l'Ascension du Christ. Il est commun de considérer la voie spirituelle comme un chemin conduisant à se libérer définitivement de ce monde.
Dans le conte de Vassilissa, souvenez-vous, Baba Yaga presse la jeune héroïne du conte à repartir, à rentrer chez elle avec son nouveau Soi symbolisé par le crâne flamboyant (chakra couronne...). Elle la pousse à ne pas s'attarder dans ce monde sous-terrain qui est aussi le creuset de sa part divine. 


Il s'agit là d'un piège spirituel  très subtil: s'attarder dans l'illumination qui est, disons-le sans mentir, un lieu bien plus confortable que les vicissitudes terrestres. Quand nous vivons la fusion, l'unité du Soi, il est très tentant de ne plus "revenir", d'alimenter de façon à peine perceptible par le mental (qu'à force de diaboliser , on alimente...) ce détachement vis-à vis du monde. 


Or, je ne crois pas que le Christ soit venu en ce monde pour en suite s'en retirer. Il est venu au contraire s'offrir dans sa totalité. Croire en une séparation entre le royaume des Cieux et le royaume terrestre est le propre même de la dualité. Cette idée d'Ascension au Ciel du Christ peut s'apparenter au retour de Vassilissa armée de son Soi flamboyant vers le monde d'en haut, c'est à dire le monde extérieur (le monde ontologique des contes étant un monde renversé ce qui est en haut est en bas et inversement. De nombreux mythes et contes évoquent cet inversement des valeurs).


Sans doutes s'agit-il de la véritable naissance qu'évoque Jésus à Nicodème quand il lui parle de "naître d'en haut". Le Royaume des Cieux où l'on établit communément la demeure de Dieu, se situe en réalité dans nos profondeurs et c'est là qu'il nous faut aller chercher si nous voulons accéder à la Vie réelle, si nous voulons réellement incarner le divin reconnu au fond de soi. La science ne dit-elle pas que nos cellules sont composées de la même matière originelle que les étoiles? Dieu est semble-t-il encodé dans chaque particule de notre être; c'est donc en nous, dans l'espace perceptible de notre champ de conscience que nous devons Le chercher et Le trouver.


Le crâne flamboyant contient le Soi, c'est à dire la lumière divine obtenue après une remontée jusqu'au chakra Couronne symbolisé dans l'arbre de vie de la Kabbale par la sephiroth Kether. Mais si l'Arbre de Vie propose justement une remontée de l'initié vers les hautes sphères, il propose aussi un retour dans le sens inverse pour amener la lumière recueillie en kether vers le royaume dit Malkuth (la sphère matérielle et terrestre). C'est tout le cheminement de l'homme suivant la Voie du milieu. 








Quand on observe l'arcane de la Tempérance, nous voyons bien comment l'énergie d'en haut est reliée à celle d'en bas, mais cela exige une transmutation de la matière vivifiée par l'Esprit (ou étymologiquement Pneuma=Souffle). C'est ce souffle justement qui doit franchir les étapes de l'arbre des Séphiroth, dépasser les blocages inhérents à chaque passage (ou portes) afin d'habiter pleinement son  Arbre, ou plus directement habiter son Corps dont l'Arbre est l'image archétypale (Annick de Souzenelle). Mais la tâche la plus ardue n'est sans doute pas celle de monter vers l'Aïn  Soph Aur (Lumière infinie) qui nous lance un appel déchirant depuis nos profondeurs au plus loin que remonte l'exil, mais bien celle d'accepter d'en être momentanément privé le temps de l'incarnation afin d'accomplir la descente de cette lumière dans les sphères opaques de la matière. C'est ce que symbolise sans doute les ailes couleur chair de l'ange de Tempérance: le Souffle allié à la matière.


La véritable spiritualité ne se mesure pas seulement à la façon dont vous savez dissoudre l'ego (même si au départ c'est un travail utile) mais à la façon dont à travers l'ego (qui ne peut complètement disparaître tant que les corps est là...), ou la persona, vous exprimer la spiritualité. Elle se mesure à la façon dont vous allez réaliser chaque énergie rencontrée sur votre chemin dans le concret, la matière.


C'est une façon de soumettre la matière aux lois nouvellement intégrées de l'Esprit. Et non le contraire (comme le pratique le magicien qui soumet les lois de l'Esprit à des désirs purement matériels...). C'est ce qu'est en train d'accomplir la jeune Vassilissa; elle se rend bien compte à quel point la tâche est vertigineuse et à quel point elle n'y a pas été préparée (nous marchons à tâtons guidé seulement par l’intuition et la Connaissance peu à peu acquise).


Soudain, elle eut peur de son poids et de sa lumière surnaturelle et eut envie de le jeter au loin.*


En effet, l'enjeu n'est plus le même; nous devenons responsable de ce que nous allons exprimer de cette connaissance, de la façon dont nous allons la transmettre et l'incarner.


Se tenir à quatre pattes que je reprends en titre signifie bien sûr selon l'expression de Pinkola Estés retrouver ses instincts perdus, sa nature véritable et sauvage. Mais cela signifie aussi, à ma façon, se tenir verticalement au coeur même de la matière (le quatre ou le symbole du carré). Vous notez que le 14 de la Tempérance est le Un allié au 4, le carré dans le cercle...


L'homme de Vitruve - L. de Vinci


Se tenir à quatre pattes, c'est aussi faire confiance en son flair, en sa guidance spirituelle; c'est être parfaitement stable et proche de ses racines. C'est pouvoir se glisser dans les sous-bois épineux sans perdre l'équilibre.


Dans cette vidéo, Arouna Lipschitz, explique comment après avoir porté dix ans la robe orange (tradition hindouiste), elle dut retourner au monde et réaliser sa spiritualité de façon plus concrète...




* Extraits du conte la Belle Vassilissa selon Clarissa Pinkola Estés dans Femmes qui courent avec les loups.

dimanche 12 février 2012

Donner la bonne réponse

Araignée souriante - Odilon Redon




Avant que Vassilissa n'ait fait un pas de plus, Baba Yaga fondit sur elle avec son chaudron en hurlant:


-Qu'est-ce que tu veux?


La jeune fille trembla.


-Grand-mère, je viens chercher du feu. Ma maison est toute froide... les miens vont mourir... j'ai besoin de feu.


Baba Yaga dit d'une voix cassante:


-Ah oui, je te connais et je connais les tiens. Eh bien, inutile enfant...tu as laissé le feu d'éteindre. C'est être bien mal avisée. Par dessus le marché, pourquoi crois-tu que je vais te donner la flamme?


Vassilissa consulta sa poupée et se hâta de répondre:


-Parce que je te le demande.


Baba Yaga ronronna:


- Tu as de la chance. C'est la bonne réponse.*


Il y a une grande sagesse dans ces mots qu'à première lecture, on a du mal à percevoir.

Pourtant, écoutons bien ce que dit Baba Yaga. Elle traite Vassilissa d'imprudente d'avoir laissé le feu mourir ce qui est vrai. Que ce soit par paresse ou par négligence, laisser ses dons intérieurs dépérir est bien la pire chose que nous puissions faire. Je crois bien que si j'avais une définition du mal à donner ce serait bien celle-là:  laisser mourir la flamme intérieure...

Baba Yaga dit aussi: "je te connais et je connais les tiens"...et c'est une clef que tend la vieille sorcière à l'enfant, une clef essentielle qui va lui permettre de répondre à sa question sans appel: "pourquoi crois-tu que je vais te donner la flamme?".


Mais là, Baba Yaga ne s'adresse pas seulement à la petite Vassilissa...elle s'adresse à chacun de nous: "je te connais et je connais les tiens"... Elle indique là un moyen d'accéder au coeur du conte: chaque personnage est une part de soi. Y compris elle, la sorcière terrifiante et repoussante. Et l'intégrer comme une part de soi est la seule manière de s'en libérer.

C'est pourquoi la réponse de Vassilissa qui, au premier abord semble très naïve: "parce que je te le demande" n'exprime en fait qu'une évidence. Je suis toi comme tu es moi; tu vas me donner la flamme parce que si je meurs, inévitablement, tu meurs aussi...
En reconnaissant Baba Yaga comme une part d'elle-même qui la connaît et qui connaît les siens, Vassilissa accède à l'unité intérieur. Elle unifie ses énergies éparses et non reconnues.

Et la poupée cachée au fond de la poche le sait bien...

On comprend mieux alors la maladresse que commet Vassilissa avant de quitter Baba Yaga.

Vassilissa hésite à interroger la vieille sorcière sur les paires de mains qui apparaissaient et disparaissaient, mais la poupée la met en garde. Alors, le jeune fille se ravise:

- Non, Grand-Mère comme vous le dites en savoir trop peut faire vieillir prématurément.*

Mais Baba Yaga n'est pas dupe de ce genre de flatterie. Inutile de la caresser dans le sens du poil, elle reconnaît très vite le mensonge même subtilement glissé au milieu d'une vérité. C'est pourquoi elle dit à plusieurs reprises: "tu as de la chance". Elle sait bien que Vassilissa est "guidée" mais ne prend pas encore "consciemment" c'est à dire à partir d'un être complet et unifié ses décisions...

Elle met immédiatement la fragilité de Vassilissa, sa faiblesse intérieure à l'épreuve en lui posant un nouvelle question:

- Ah, fit la Yaga en penchant la tête tel un oiseau, tu es bien sage pour ton âge, ma fille. Et comment en es-tu arrivée là?
- Grâce à la bénédiction de ma mère.
- La bénédiction! grinça Baba Yaga. La bénédiction! Nous n'avons pas besoin de bénédictions dans cette maison! Tu ferais mieux de filer, mon enfant.
Elle poussa Vassilissa dehors, dans la nuit.*

"Tu es bien sage pour ton âge"... Ironise ainsi, la Yaga montrant à Vassilissa qu'elle n'a pas encore compris l'avertissement donné au début de leur rencontre: "en savoir trop fait vieillir". En savoir trop peut sans doutes vouloir dire en savoir plus que notre vécu nous le permet. La véritable connaissance ne s'acquiert pas seulement par le mental (même si il reste un outil indispensable) mais par l'expérience, le temps, la maturation (donc la patience...). On ne peut aller plus vite que Dieu en quelque sorte.
On ne peut faire fleurir les arbres en plein hiver alors que la neige alourdit les branchages...

C'est une vérité incontournable que tente d'enseigner Baba Yaga à la jeune fille (l'être encore immature).

Souvent, notre Soi nous amène des vérités à saisir que ce soit par les rencontres que nous faisons, les lectures, les prises de conscience. L'éveil peut être considéré comme une grande connaissance acquise de façon fulgurante au-delà même de la personne (du moi).

Ce qu'il est important  d'apprendre, le "travail" qui nous est demandé, comme le conseille Baba Yaga, la Mère sauvage, c'est laisser ces vérités mûrir en nous. C'est être assez en retrait pour ne pas perturber la maturation naturelle de ces germes en devenir dans notre terre intérieure.

Vassilissa dans ce dernier passage tombe dans le piège du vieux mécanisme qui consiste à retourner dans les jupes de la trop bonne mère. C'est à dire revenir à un savoir stérile, aux vieilles croyances extérieures seulement distillées par le milieu culturel et familial et surtout non passé au tamis du vécu. Ce vécu qui donne une valeur inestimable à toute connaissance. Il y a une interaction, un échange nourrissant entre le mental qui enregistre de façon linéaire et la conscience qui vit de façon globale. Cette interaction ouvre le regard, déploie l'appréhension que l'on peut avoir du monde et des autres. C'est ce que symbolise peut-être la croix  chrétienne par la rencontre de l'horizontalité et de la verticalité.

Cette bénédiction que refuse Baba Yaga c'est l'alignement à la norme sociale et culturelle au lieu de s'aligner à son être véritable, à sa vérité profonde. C'est le renoncement à notre liberté intérieure. C'est rester l'esclave de la marâtre et de ses exigences contre nature. Parce que derrière la bonne mère, ce confort attirant qui confine à la paresse, se cache toujours le visage impitoyable de la belle-mère du conte. Et ne pas voir cette simple vérité nous pousse à laisser mourir le feu intérieur.

"Elle poussa vassilissa, dehors dans la nuit"...

Baba Yaga sait qu'il faudra encore beaucoup d'aller-retour entre le monde d'en haut et le monde d'en bas - ce monde d'en bas qui de façon ontologiquement inversée se trouve être le Royaume des Cieux évoqué à de nombreuses reprises dans les Évangiles ainsi que la nuit intérieure des mystiques chrétiens tel que Saint Jean de La croix- avant que Vassilissa n'accède à la pleine maturité. Aussi la pousse-t-elle à reprendre son chemin, à revenir à la vie quotidienne, pour ne pas stagner dans la vie intérieure et commencer ainsi à laisser le mental envahir de ses ronces le feu nouvellement acquis. Ne pas s'attarder à poser trop de question, à tourner en rond... la flamme peut à nouveau s'éteindre.

- Je vais te dire, ma fille. Tiens! Baba Yaga prit à sa barrière un crâne aux yeux ardents et le plaça sur un bâton. Tiens! Emporte ce crâne chez toi au bout d'un bâton. Voilà, c'est ton feu. Ne prononce pas un mot de plus. File.*

* Extraits du conte la belle Vassilissa de Clarissa Pinkola Estés dans Femmes qui courent avec les loups.

dimanche 22 janvier 2012

Une compagne familière


Illustration de Brian Froud

"L'ombre féminine n'apparaît que rarement dans les contes de fées parce que les femmes ne sont généralement pas très éloignées de leur ombre; la nature et l'instinct sont chez elles plus proche que chez les hommes. Une faille de cet ordre chez une femme est habituellement le fait de l'animus. La psyché féminine montre une tendance pendulaire à osciller entre le moi et l'ombre, comme la lune évolue de "nouvelle" à "pleine" et redevient croissant." (L'interprétation des contes de fées - Marie-Louise Von Franz)


L'ombre a émergé alors que je sortais de l'enfance. Je l'ai vraiment sentie lors de la première menstruation. Je me souviens surtout de cette odeur nouvelle, inconnue, ce sang qui ne venait pas d'une blessure et qui pourtant, annonçait la mort de quelque chose. La mort de la fillette solaire et la naissance d'une adolescente désenchantée, submergée par l'ombre vorace et refoulée de toute une lignée de femmes. 
Elle est venue avec l'attrait du noir, des poètes maudits et des contes macabres d'Edgar Allan Poe. 

Le monde sembla tout entier recouvert par l'ombre. Il devint menaçant, lourd d'angoisses, peuplé de spectres et chaque matin était un nouveau défi à relever. Vivre en portant le deuil de soi. Sans personne à qui parler. L'ombre faisait trop peur à mes parents pour qu'ils veuillent bien l'entendre. 

Ils sentaient bien que j'étais happée par cette force puissante, mortifère, mais la seule réaction était l'indifférence ou le dénie. Je me souviens précisément de cet exemplaire des Fleurs du mal que ma mère, dans un accès de rage, balança à la poubelle et du sentiment effroyable qui m'envahit alors. L'écriture me servit d'exutoire dès l'âge de treize ans permettant à ce monde pleins de ténèbres qui m'habitait de trouver sa place dans ma conscience. 

L'ombre devint alors une compagne familière; je dirai même qu'elle joua dans ma vie un rôle initiatique et que, jusqu'à ce jour, elle veille sans ciller.



samedi 7 janvier 2012

Epiphanie



Doucement,

une lueur nouvelle fissure
les ténèbres.

Après avoir touché
le fond noir de l'hiver
nous voilà cheminant
vers un nouveau printemps.

Intime

Infime

Un bourgeon neuf

Germe au secret de la nuit

Aux antipodes des feux
ostentatoires
des cités
dont les lueurs mercantiles
éclipsent les étoiles
égarant le troupeau
ébloui.

Que nos coeurs fleurissent
à l'unisson
pour ce nouvel an
et que survienne
enfin
l'Aurore...


J'ai hésité à reprendre le fil de ce blog, me demandant quelle était ma réelle motivation. Cette période de retrait m'a permis de découvrir qu'au-delà du plaisir certain du partage, d'être lue de vous, et de vous lire, ce moment de la journée (ou de la nuit ;) ) où je me pose pour écrire, recueillir des textes qui m'ont touchés, peut être considéré comme une véritable prière. Un moment privilégié en retrait des tâches quotidiennes durant lequel je prends le temps d'écouter le silence.
L'écriture me permet de faire le tri, de séparer le bon grain de l'ivraie, d'aller à l'essentiel de ce que m'enseignent mes journées.

Ces dernières semaines ont été un véritable plongeon dans ma nuit intérieure suivant le cycle de la nature et du Tao... Froideur, obscurité et léthargie. A tel point que cette nuit j'ai fait un rêve significatif annonciateur de la fin d'un cycle et des leçons que j'ai pu en tirer (ou pas... ;) ).

Cette mort inhérente à l'hiver n'est pas une invitation à se réfugier dans les lumières toutes extérieures des fêtes de fin d'année mais au contraire, loin du tulmute, à descendre dans ses propres profondeurs, dans son obscurité afin d'y trouver la véritable lumière.

La source du printemps ne se dévoile pas en surface mais bien au coeur de la terre gelée, parfois sous un épais manteau de neige.

Plus le germe est profond, plus la sève remonte avec force pour une plus belle floraison.
La seule chose à faire sans doute est de se "laisser descendre", laisser les choses prendre le tour qu'elles souhaitent, sans forcer, sans craindre la souffrance. Balayer les dernières feuilles mortes, de vieilles croyances, des relations étouffantes, un attachement pervers aux pensées parasites. Laisser les flocons recouvrir toute trace d'un passé sans retour.

L'hiver incite au repos, c'est à dire au vide, seul propice à faire naître la paix et paradoxalement à un intense travail sous-terrain de lâcher-prise. La nuit, très présente durant cette saison, permet symboliquement aussi d'aiguiser sa vue, d'affûter sa vigilance pour accéder à une clairvoyance souveraine en ces temps de confusion.

C'est un chemin inévitable, une boucle à boucler...

Je vous souhaite à tous et toutes, bien-aimés passants, de trouver au seuil du renouveau votre lumière intérieure seule apte à réchauffer le monde et l'éclairer vraiment.

Bien à vous,

Nout

dimanche 19 juin 2011

Se perdre

Labyrinthe de la cathédrale de Chartres


Je me souviens qu'étant enfant, j'aimais me perdre.


C'est un travers étrange de la part d'un enfant. J'aimais m'égarer, perdre mes repères, jusqu'à ce que je sente l'"euphorie" de ne pouvoir retrouver mon chemin, l'euphorie de la peur, de me sentir "perdue".
Je ressentais un sentiment mêlé d'angoisse et de libération comme si l'espace de cet instant d'égarement, je sortais de ma vie, de ma personne, de mes limites. Bien sûr, je ne l'analysais pas ainsi; l'expérience me suffisait.


Aujourd’hui encore, je porte ce fantasme en moi, très présent.
Il y a une part téméraire en moi qui peut s'éveiller à tout moment pour briser les schémas névrotiques de l'habitude, de l'identité. un besoin de détruire ce qui a été construit. Ce n'est même pas une envie de "voyage" ou d'"ailleurs" mais un désir d'inconnu. Pas seulement changer de lieu, perdre des repères physiques, mais pénétrer d'autres idées, d'autres vies, des atmosphères nouvelles.


Je ne me sens jamais autant soi que lorsque je me perds.


Il est vrai que le vide qui survient au coeur du labyrinthe, cette solitude extrême, absolue que l'on ressent dans l'égarement, peut surprendre. Il se peut qu'un élan spontané de remplir ce vide survienne. Mais il faut abandonner toute idée de fuite car paniquer dans un labyrinthe peut s'avérer mortel.


On peut tenter d'appréhender la situation en remplissant ce vide par de l'émotion, par l'intellect ou par la compagnie d'autrui. Mais ça reste une fuite de soi. C'est un refus d'affronter la créature mi-Homme mi-bête au centre du dédale. C'est un refus de s'affronter soi. Seul, sans repères. Tel que l'on est une fois dépouillé de ses certitudes, croyances et autres quincailleries...


Mais l'erreur de Thésée, le héros du mythe grec, est son impatience. Il tue le Minotaure comme si il était l'ennemi alors qu'il n'est qu'adversaire, nuance extrêmement subtile qui échappe à l'orgueilleux (ou l'ego) mais s'entend dans l'étymologie de ces deux mots.(voir l'article précédent: Celui qui est sur l'autre versant...). Or l'adversaire est utile pour maintenir l'équilibre...


Pourtant, Ariane la fée lui avait fait don d'un fil précieux...

mercredi 15 juin 2011

Le sens caché



Une explication bien plus terre à terre, émanant de notre part "scientifique" nous permet de relier la coïncidence à un faisceau d’évènements qui l'ont engendrée et de l'appeler "hasard" mais au fond, nous suspectons que la coïncidence n'est pas du tout une question de hasard. Les coïncidences nous font parfois confusément avoir la preuve, tout à fait insaisissable, que derrière l'apparence d'incohérence de l'expérience quotidienne, un schéma absolu révèle son sens caché."

Jonathan Black - L'histoire secrète du monde

J'ai eu une enfance relativement préservée. Dieu était pour moi quelque chose de naturel, de nullement remis en question même si certaines notions de catéchèse me paraissaient étrangement contradictoires; même si les messes dominicales  me semblaient d'un ennui bien plus mortel que n'importe lequel des sept péchés. Je ne savais pas encore que Dieu ne s'atteint pas dans l'astreinte mais plutôt dans l'éblouissement. Éblouissement que je vivais à chaque instant à travers mon regard d'enfant.

Pourtant il a bien fallu que l'innocence soit souillée pour que fleurisse la conscience. Cela passa par des lectures étranges découvertes dans une insignifiante bibliothèque municipale, dans le petit rayon étiqueté "ésotérique", à l'âge de quatorze ans, qui semblait remettre en question pas mal de notions apprises en catéchisme mais qui, étrangement me semblaient beaucoup moins ennuyeuses que la messe...Le matin des magiciens, l'Atlantide, le livre des esprits, et plus tard le Pendule de Foucault un bric-à-brac digne du rayon "science-fiction" mais qui avait l’avantage de prétendre parler de réalité...ce qui était nettement plus excitant. Je n'y comprenais intellectuellement pas grand chose mais cela m'appelait irrésistiblement; quelque chose en moi comprenait. Cela confirmait certaines intuitions vaguement inscrites en moi. De plus, mes lectures suivaient un fil conducteur en résonance avec des questionnements non formulés. 

Evidemment, il ne se passa rien d'ésotérique dans ma vie durant cette période à part une fascination étrange pour les oiseaux (ou les êtres ailés...) et une cartomancienne qui, en transe, me révéla des évènements ultérieurs de ma vie. L'éducation stricte de mes parents et des études dans une école catholique me permirent toutefois d'avoir tout le temps de lire une multitude de bouquins à travers lesquels je vivais par procuration ce que mes parents m'interdisaient. J'excellais dans l'art de dénicher des lectures peu recommandables...

Je me rappelle surtout de mes treize ans qui fut l'âge de la rupture. Une gifle, un exemplaire des Fleurs de Mal jeté à la poubelle, et une envie de faire l'oiseau en sautant par la fenêtre sonnèrent définitivement le glas de mon enfance. Mais je dus ronger mon frein jusqu'à mes dix-huit ans, jusqu'au bac.

Pour apprendre à voler, il me fallut sauter du nid un jour, prenant le prétexte d'une énième confrontation avec un père à la fois absent et tyrannique, je claquais la porte. Je me jetais dans la vie à corps et à coeur perdu, vivant tout ce qui m'avait été interdit, sans jamais me noyer complètement. Il semblait que la noyade ne m'était pas destinée...du moins pas encore. Ni la maîtrise de la nage d'ailleurs. Je flottais dans la tempête, ballottée par le courant, découvrant non sans amertume que "faire ce que je veux" n'était pas si jouissif. Bien sûr ce ne fut pas ma seule découverte. 

Le monde s'offrit à moi avec autant de vigueur que je m'étais offerte à lui. Et ce fut mes premiers contact avec l'autre côté du miroir. Il me fut démontré avec preuve à l'appui, que cet autre monde avec lequel j'avais flirté dans mes lectures était bel et bien réel. Et il m’apparait aujourd’hui que tout cela avait un sens profond, lentement dévoilé, avec une infinie justesse, comme le tissage d'une étoffe immense dont on ne percevait qu'une maille et qui nous apparaît soudain d'une beauté poignante...

Le sens caché apparaît dès qu'on cesse d'en chercher un. Il est comme un fil déroulé, au coeur du labyrinthe, une fois le monstre affronté, une fois la mort vaincue, dépassée, on revient sur nos pas, l'esprit léger car on sait qu'au bout, de l'autre côté, c'est l'amour qui attend sous les traits de quelque Ariane. Mais il faut pour cela, accepter de se perdre, de souffrir, de mourir un peu...il faut passer par l'exil.


mardi 17 mai 2011

Qui suis-je?

Pablo Picasso. Portrait of Françoise.

Quelle importance, ce que je suis, ce que je fais. De tout ce que je pourrais dire, raconter, écrire, il ne restera rien. Que restera-t-il de moi en ce monde quand j'aurais fini mon temps? Il ne restera rien qui ne soit vraiment cela que je suis, car ce que je suis vraiment, je ne sais pas le dire, ni l'écrire, encore moins le raconter. Je ne peux m'éloigner de cela que je suis et le désigner, te dire, voilà ce que je suis. 

Alors je préfère ne rien dire, laisser les choses passantes, éphémères au non-dit, au silence. Je préfère te montrer ce que je vois, ce que je sens, car ce monde-là que je désigne et que j'aime d'amour, me ressemble sans en avoir l'air.

Oui, parfois la vérité est là où on ne l'attend pas. La vérité ou l'amour, même chose, même combat. L'incorruptible chose que l'on ne peut dire mais que l'on tente, par la contemplation d'un visage, d'une fleur, d'un poème, d'approcher, de surprendre, un peu comme un chasseur couché dans le taillis, qui attend depuis l'aube. Depuis longtemps. Une attente éperdue. 

Il ne faut rien dire, vivre sans dire, parce que tout ce qui franchira mes lèvres, tous les mots mourront à peine dit. Cela ne dépend pas de moi. Je veux bien être tout ce que tu veux. Je veux bien jouer tous les rôles, rire, pleurer, feindre l'ennui ou le dégoût. Mais au fond, derrière ce moi que je tend par convention, je suis tout autre. Je suis Joie. C'est indécent d'être Joie quand l'autre ne s'y attend pas. Cela effraie. C'est comme perdre pied, s'égarer au milieu de nul part. C'est le saut dans le vide.


Et pourtant, c'est se trouver, se rencontrer en l'autre. Découvrir ce secret, c'est se découvrir soi. Cela n'a pas de prix. C'est découvrir que ce que l'on attend est là, tout près, si près qu'on ne le voit même pas. Une lettre à soi-même qu'on cherche depuis toujours et qui est là, posée en évidence. Il suffit de se taire pour découvrir toute la richesse du silence. Il suffit de respirer pour sentir que l'on vit. Il suffit donc de rien. Vraiment. Pour se libérer de tout le poids des illusions.





Illustration: Portrait de Françoise, PICASSO, 1946. Ce portrait qui me ressemble m'a dit un jour un être aimé...ce regard que je ne pouvais porter que sur Lui...