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dimanche 18 mars 2012

Donne-nous notre pain essentiel



Epiousios , terme grec qui semble évoquer les Épousailles, Noces intérieures avec Dieu. Ce Pater Noster tant de fois répété durant les heures de catéchèses, sans jamais avoir été vraiment entendu.  Cette prière parfaite, transmise comme un pain partagé par Jésus à ses disciples.

Donne-nous notre pain essentiel...seule traduction possible pour celui qui a connu la faim et qui a été nourri.

Non pas la nourriture qui permet à mon corps d'accomplir ses tâches quotidiennes, mais bien cette nourriture qui me permet d'être pleinement Vivant, pleinement Chrétien.

Dieu, ce Vide qui habite mon coeur
Dieu auquel j'offre tout mon espace en méditant
Dieu que je remplis par ma prière

Tu es Seul apte à me nourrir
Seul apte à me remplir
A m'offrir cette satiété
qui va me permettre d'accomplir
le véritable Travail de Joie

La faim est précieuse
Elle permet de mesurer tout ce Vide
à remplir

Combien de fois me suis-je fourvoyée
à remplir ce vide
du bric-à brac des sept péchés
Capiteux
Caput
Tête
Remplir mon coeur Vide
de ma tête bien pleine

Et mourir de faim
A force d'être remplie
de rien

Rien qui ne puisse égaler
la Présence
la Noce avec Lui

ce petit mot qui contient le Sens
Et sur lequel
Remplis de rien
nous nous heurtons
sans cesse

Pour L'épouser
Il faut avoir connu la faim
le retrait
la grande chasteté de l'âme
Afin de lui offrir
Tout le grand Vide de notre Coeur

vendredi 24 juin 2011



Je prie Dieu d'être libre de Dieu car mon être essentiel est au-delà de Dieu.
Si je n'étais pas, Dieu ne serait pas non plus. Que Dieu soit Dieu, je suis la cause; si je n'étais pas, Dieu ne serait pas.

Dieu est dedans, nous sommes dehors.
L'oeil par lequel je vois Dieu est le même oeil par lequel Dieu me voit.
Il est Lui parce qu'Il n'est pas Lui. Cela ne peut être compris par l'homme extérieur, seulement par l'homme intérieur.

Trouve le seul désir dissimulé derrière tous les désirs.

Dieu est à la maison, nous sommes des étrangers.
A travers la vacuité, je deviens qui je suis.
Seule la main qui efface peut écrire la vérité.

Maître Eckhart

mardi 31 mai 2011

L'obstacle




LA GRANDEUR DE L'OBSTACLE 
N'EST PAS PUNITION MAIS CONFIANCE
Faites attention! Vous tous!
Il n'y a pas d'abîmes si sombres,
il n'y a pas de falaise si hautes,
il n'y a pas d'égarements si tortueux
qui ne soient pas CHEMIN.
Que les frayeurs ne vous égarent pas!
Vous pouvez déjà marcher, non seulement sur l'eau
- si vous avez la foi- mais aussi sur le vide.
Sur le vide noir. Ne vous effrayez pas!

Faites attention à une seule chose:
NE VOUS APPUYEZ PAS§
Ce qui paraît l'appui le plus sûr,
c'est le vide le plus noir.
NE LE SAISISSEZ PAS?
CAR VOUS DEVIENDRIEZ LE VIDE VOUS-MÊME§
Il y a un unique Appui qui ne déçoit pas.
Aucun autre!
Que c'est merveilleux!

Dialogues avec l'ange

Illustration: Polyptyque St Vincent Ferrier, détail - l'Ange de l'Annonciation, Giovanni Bellini(1430 - 1516)

dimanche 22 mai 2011

Cheminer avec l'ange


Le nom hébreu de l'ange, Mel'ak "plénitude de toi"...

...

Ô homme en exil qui ne connait que la surface de ton être, semble dire l'ange, va vers toi, vers toi, outre du vin céleste que tu ne sais boire; apprends à t'enivrer de la royauté que je suis chargé de te transmettre.

...

Dieu se multiplie, dit Maxime le Confesseur, mais un que multiplie un, que multiplie un, fait toujours UN.

...

     Les anges, nous l'avons vu, sont des êtres créés et, comme toute l'oeuvre divine, nous dit le texte des Macchabés (II, Macchabés 7, 28), "créés de Rien", Me'Ayin. Ce mot hébreu est aussi une question:"venant d'où?". Elle est celle qu'emploie Job lorsqu'il se demande avec angoisse:
"Mais d'où vient la sagesse? D'où vient l’intelligence?" (Job 28, 12 et 20) De même pouvons-nous nous interroger: d'où vient le créé? Me'Ayin Bri'ah? La réponse est contenue dans la question; elle est lapidaire: "de Rien"!

     L'étymologie latine du mot français "rien" est Res, soit une "chose". Quelle est donc cette "chose" pouvant rendre compte de ce "rien" qui est proprement inimaginable? Peut-être parce que non observable? C'est ce que vient nous confirmer la Tradition mystique juive lorsqu'elle nous dit que ce "Rien", 'Ayin, est le tout premier NOM divin révélé à la limite du Tsim-Tsoum (de la racine Tasm'on "avoir soif") qui est une aspiration divine extrême allant jusqu'à l'évidement totale de l'Incréé pour créer. Dieu se fait "Rien" pour poser l'"autre" qui est autre et qui cependant ne peut être autre que lui!

    Cet évidement se retrouve dans le mot grec Kenosis qu'emploie la Tradition chrétienne pour parler de ce même mystère. A la lumière, ce "Rien" d'où tout se crée se présente comme étant l'Incréé vidé de lui-même, soit le vide de Dieu.

Extraits choisis et distillés de Cheminer avec l'Ange - Annick de Souzenelle et Pierre-Yves Albrecht


samedi 23 avril 2011

Etre de manque

Kyudo archer facing the target

Je viens de découvrir un nouveau koan du zen :

« Ce qu’il te manque, cherche-le dans ce que tu as. »

 Et dans ce que tu es, aimerais-je ajouter...

(Extrait de la chronique d'Alexandre Jollien dans le Monde des Religions de mars-avril N°46.)

Dans tout koan coexistent la question et la réponse, l'Un derrière une dualité de surface, le paradoxe flamboyant qui court-circuite les chemins communs du mental et le pousse à puiser dans ses plus hautes sphères.

Ce koan qui pousse le jeune philosophe Alexandre Jollien à une réflexion très clairvoyante sur le rapport de l'être humain au manque, porte en lui-même une réponse flamboyante. 

"Ce que tu es" est en fait identique à "ce que tu as". Réfléchissons. Que possédons-nous réellement et de façon permanente voire immuable à part ce que nous sommes?

Tout ce qui est extérieur (matériel) peut nous être enlevé. Même le corps. Que reste-t-il lorsqu'il n'y a plus rien?

Comme l'affirme le koan, la réponse est sous nos yeux. Le sens même du mot "spiritualité' est une réponse.  Spiritualité vient du latin spiritus qui signifie lui-même souffle. 

Que reste-t-il? Le Souffle. 

 "Recevez le souffle de Dieu, son Esprit Saint ! "L'esprit, c'est à dire, cette part transcendante de l'être, est à la fois ce que nous sommes et ce qui nous est donné: ce que l'on a. Pourtant, il est impalpable, inconcevable et insaisissable . Nous "avons" donc ce qui ne peut être saisi ni conçu que ce soit par la pensée comme par la matière. L'esprit est ce rien que nous possédons.

Que dit le koan qui intrigue Alexandre Jollien? Que ce qui nous manque à chaque instant de notre vie, "ce manque qui fait partie du paysage" et que le philosophe nous exhorte à accepter comme indissociable de toute existence humaine, ne peut être comblé, rempli que par "ce que l'on a".

Certes la première étape consiste à prendre conscience de ce manque. Surtout ne plus chercher à le combler par des moyens détournés, sens premier du péché. En effet, en hébreu, langue originelle biblique, le mot communément utilisé  hatta't  signifie manquer le but ou la cible. La traduction grecque puis latine a perdu ce véritable sens qui l'a transformé en acte de désobéissance à la loi établie.

Manquer le but ou la cible, voilà un manque qui engendre un autre manque comme le symbolise l'Ourobouros ou serpent qui se mort la queue, symbole d'une humanité prise au piège de son incapacité à trouver la source du manque.

Or ce koan donne la direction même du centre de la cible; exactement là où nous devons viser.

Je ne crois pas qu'il suffise d’accepter le manque comme faisant partie du paysage  même si cette démarche peut être un premier pas. Je ne crois pas non plus en la recherche éperdue à devoir absolument combler ce manque car il est lui-même une déviation de la réalité, une belle mais évidente illusion. En effet, quelle absurdité de chercher ce qui est déjà là! 
Quelle grâce de saisir le sens de ce koan, comme si nous avions soudain trouvé le mode d'emploi très simple d'un montage en apparence complexe... Quelle perfection!

Le koan nous révèle qu'en vérité ce manque n'existe pas puisqu'il peut être comblé simplement par ce que l'on a-ce que l'on est, c'est à dire, le Souffle, ce vide-Plein qui se trouve exactement au centre du soi, au centre de la cible...
Mais comme dans la pratique martiale du tir à l'arc, le Kyudo, l'art de "faire mouche" s'apprend et se cultive... 



samedi 16 avril 2011

Moi + le monde = 0


L'Eveil est l'intégration du Tout-est-Un ou de l'unicité du divin. La dualité, c'est à dire, "moi+le monde=2", devient "moi+le monde=0". 


0 en tant que cercle, à la fois infini et unité (en mathématique le zéro a la même fonction que le vide métaphysique: seul il représente le rien. Placé en tant qu'unité d'autres chiffres, il multiplie par 10...).


Le 0 est la somme de tous les possibles. 


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Il représente la roue comme symbole de l'univers, dont les rayons dans un mouvement perpétuel seraient la manifestation (voir l'étymologie du mot roue d'origine indo-européenne qui vient de retere: "courir en rond" ou plus précisément "se mouvoir autour d'un axe"), et le centre immobile l'absolu. La vision totale de cela devient unité, Eveil, c'est à dire l'union des paradoxes comme dans le Tao,  mouvement immobile...


Le symbole de la roue revient dans de nombreuses traditions et se manifeste dans la réalité sous de multiples formes (rotation des atomes, planètes, galaxies) . De cette roue en mouvement naît la spirale, elle aussi forme récurrente qui parait à plusieurs niveaux.


Homme de Vitruve


Pour ce qui concerne le symbolisme de la roue, on pense que la roue détient un rôle très important depuis les plus anciennes cosmogonies, notamment dans les mythes qui relatent la naissance de l’univers. A ce propos, reportons-nous à un passage fort important de l’oeuvre de René Guénon: “On sait que la roue est en général un symbole du monde: la circonférence représente la manifestation, produite par irradiation du centre; ce symbolisme est par ailleurs susceptible de revêtir des significations plus ou moins particularisées”. Ensuite, le métaphysicien français rappelle qu’en Inde deux roues associées, c’est-à-dire le char, correspondent à des parties diverses de l’ordre cosmique (ce qui est évident quand on se remémore ce que je viens d’écrire dans le présent article sur la signification de “rathas” dans la langue sanskrite). La forme circulaire de la roue – si nous continuons à suivre la pensée de Guénon – est le symbole des révolutions cycliques auxquelles sont soumises toutes les manifestations, qu’elles soient terrestres ou célestes; ainsi les deux roues pourraient bien représenter l’univers dans ses parties.
Mais il y a encore un symbole archaïque particulièrement important associé à la roue et à la royauté: celui de Chakravarti ou du “souverain universel”; étymologiquement, son nom signifie le “Seigneur de la Roue”; il en est le seigneur parce qu’il la domine en maintenant l’axe immobile. Dans ce symbole, la roue qui tourne autour du moyeu est la manifestation, tandis que le souverain, immobile, rappelle l’image du “moteur premier” dans l’oeuvre d’Aristote. La roue de l’existence dans le bouddhisme reprend une image similaire.
D’une certaine façon, les différentes “roues de la fortune”, présentes dans l’antiquité et aussi au moyen âge occidental, ont également une signification “cosmogonique”, archétypale et universelle. De même, le cas du “parasol” du Seigneur de la Roue se retrouve au sommet des grands arbres de Cocagne (Schlaraffenmast), où une grande roue trône, chargée de présents pour ceux qui parviennent à l’escalader complètement.
Le mouvement inhérent à la manifestation répond à la même force centrifuge des lois physiques. Cette force irrésistible semble nous porter loin du centre, c'est à dire loin de la conscience de ce centre qui est pourtant la source tout ce qui est, y compris la conscience. Nul ne peut échapper à cette force qui pousse l’être en dehors de lui-même. Ce n'est pas une erreur, c'est un processus inévitable. C'est ce que la Tradition Hindouiste nomme sans doute la Maya.
L'Eveil serait un processus contraire à cette force centrifuge, comme si la manifestation en pleine expansion se résorbait en elle-même et revenait au Centre, au moyeu de la roue, à l'Immobile moteur de toute chose. C'est ce qui s'apparente au Trou Noir au sein duquel la matière se densifie jusqu'à renverser les lois physiques...
Si l'être était une étoile, l'Eveil en serait en quelque sorte le trou noir.



dimanche 6 février 2011

Le vide (5)



Dans le Tao, toute chose a son versant. 
Dans d’autres religions, il y a le bien et le mal. Nous interprétons souvent le bien et le mal à un niveau moral. Mais la vraie morale ne s’acquiert pas. On ne peut s’acheter une morale. Bien sûr, on peut agir moralement par peur d’être puni, ou isolé. On peut agir en dépit de notre envie, contraint par la limite des lois morales établis par nos tiers. Mais cela ne fait pas de nous un être moral. Cela ne signifie pas que nous savons distinguer véritablement le bien du mal. Cela signifie seulement que nous avons besoin de béquilles (ou dogmes) pour marcher et que nous sommes donc vulnérables face aux manipulations diverses des tisseurs d’illusion.
La vraie morale est l’attribut naturel d’un certain niveau de conscience. Et cette vraie morale dépasse parfois les notions limitées de ceux qui agissent par peur d’être puni. En fait, la vraie morale est inaccessible à ceux qui en sont dépourvus (ce qui est logique) car elle ne fleurit et prend racine que dans un cœur patiemment cultivé. Un cœur labouré par de nombreuses expériences, par la bêche implacable d’amour plus ou moins heureuses. Un cœur dont les boues profondes et remuées auront permis de donner vie à des fleurs inattendues. 
Tout ce qui vit peut être bon ou mauvais. Il ne s’agit nullement de choisir un camp ou de partir en guerre. La division n’existe que dans la pensée, de façon virtuelle. Mathématiquement, la division sert à séparer mais ce qui est séparé ne cesse pas d’exister. La division ne nous dispense pas de vivre avec ce qui nous dérange. Elle ne fait que souligner ce qui nous dérange. Appuyant justement là où ça fait mal. Il ne s’agit donc pas de séparer le bon du mauvais et de choisir un camp. Il s’agit de trouver l’équilibre. Un être véritablement moral est un équilibriste.
Il faut avoir connu tous les versants d’une chose pour en connaitre le point d’équilibre. L’expérience est dont indispensable à ce genre de discernement, à cette acuité. L’observation aussi, donc l‘attention. Être attentif à tout. En état d’accueil. 
Un équilibriste doit être tombé plusieurs fois avant de pouvoir marcher sur le fil. 
On reconnait souvent ce point d’équilibre à ses fruits. L’action inspirée par la vraie morale est semblable à un jardin fertile. Une fleur en entraîne une autre. Il fait bon de marcher dans un tel jardin.
On dit que les pensées sont irrépressibles, qu’on ne peut contrôler ses pensées. Elles surgissent inévitablement. Mais on peut toutefois remarquer que lorsqu’on est en parfait équilibre, les pensées sont autrement teintées que lorsqu’on marche en boitillant. Elles semblent venir d’un autre souffle. Elles semblent mieux « inspirées ».
Revenons au « vide ». 
Selon l’état de notre jardin intérieur, le vide peut être extrêmement angoissant. Parce que le vide rappelle celui que l’on imagine séparer toute chose. Notre esprit diviseur, imagine un grand vide nous séparant de tout. Nous devenons soudain le petit enfant confiné dans son berceau qui pleure après sa mère. Un petit enfant qui n’a qu’une vision très limitée de la vie et du monde. Certains grandiront, comprendront intellectuellement qu’ils ont grandi; mais leur cœur gardera cette vision limitée. Ils resteront jusqu’à la mort des petits enfants paniqués.
Mais si à travers l’expérience, le cœur grandit, travaille en profondeur, nous réalisons que ce rien qui nous sépare des choses est un faiseur de lien. Un faiseur d’amour. Et que soudain, nous avons faim de vide (ou vie si on ôte une lettre…). Nous désirons soudain ardemment donner tout l’espace à ce faiseur d’amour car nous traînons derrière nous des années de disettes. Nous avons peu à peu intégré (intériorisé) que la pensée divise et que le vide unifie. Alors nous pouvons, et seulement à ce niveau-là, nous abandonner au vide et abandonner la pensée…

Alors seulement, nous sentons l’inimitable confort à nous sentir non pas séparés mais…liés à tout.

Illustration: Photo personnelle

samedi 5 février 2011

Le vide (4)

Le vide représente un danger non négligeable. Voyez combien il semble menaçant, combien on tente de le remplir à tout prix. 
On dit que la nature n'aime pas le vide. Mais l'humain l'aime-t-il?
Notre monde est une quête effrénée à remplir le vide. A remplir le temps, l'espace, le relationnel, le compte en banque, l'estomac. Remplir à tout prix.
Si le temps est une ligne discontinue selon la physique quantique, cet espace vide entre deux séquences temporelles semble angoisser nos contemporains. Du coup à force de vouloir remplir le temps, l'optimiser, l'organiser, il s'emballe, comme une cheval qu'on a trop poussé. Il devient fou et accélère. Il nous emporte dans sa course démente. Alors on crée la slow food, pour pallier au fast-food... 
Dans mes réflexions précédentes, nous avons découverts que le vide n'est pas vide. Alors pourquoi tant d'angoisse?
Quel est ce plein qui nous fait peur?

Le vide a une propriété: il fait ressortir la moindre information avec un éclat fracassant. Le vide est accessible par le dépouillement, c'est à dire tout ce que notre société d'accumulation refuse. Pourtant toutes les grandes sagesses spirituelles nous exhortent à ce dépouillement, cette nudité non seulement matérielle mais surtout intérieure. 
Le silence n'est-il pas une forme de vide? L'humilité n'est-elle pas le résultat d'un amoindrissement optimal de l'ego?
Sur un tapis de neige immaculé, la moindre trace attire toute l'attention.
Dans un esprit dépouillé, le moindre mouvement attire aussi toute l'attention. Et l'attention est vigilance. La vigilance tend vers l'éveil.
Voyez combien notre monde croule sous la multitude  d'informations. Voyez pourtant combien de nos contemporains semblent perdus et ingorants. Dans le bruit et la fureur, il est impossible de s'entendre penser! N'est-ce pas ce que certains manipulateurs veulent? Eviter que nous pensions. Nous avons le droit de remplir nos têtes d'une orgie de pensées, sensations, tentations, mais pas d'une pensée ATTENTIVE. La seule pensée qui soit réellement créative pour soi comme pour l'ensemble de l'humanité.
Le vide est l'ennemi du manipulateur car il révèle tous les rouages du piège qui a été tissé.
Souvent le vide est mal perçu. On le compare à la pauvreté. Alors qu'il est richesse pure. Voyez seulement comment il est évoqué par les scientifiques: il est plein de quelque chose que nous ignorons mais qui semble structurer l'univers entier.
Quand le Christ exhorte à la pauvreté, quand Allah dans le Coran exhorte à la charité, quand le Bouddha exhorte au détachement, ils n'évoquent pas seulement l'abandon des richesses terrestres car cela est seulement la première étape, l'introduction à un acte bien plus profond qui nous invite à descendre jusqu'aux racines de l'être. Ils nous invitent à trouver le vide en soi.
J'ai subi ce dépouillement radical. Je suis devenue ce vide qu'évoqe à bout de mots la physique quantique. J'ai trouvé le mot Eveil pour nommer Cela, mais il n'y a en vérité aucun mot qui suffise. Parfois j'emploie le mot Dieu mais l'interprétation qu'on en fait est si loin, si loin de ce que je veux exprimer (les débats théologiques athée-croyants ou religieux-non religieux me font doucement rire). Ce retournement de peau (peau de l'esprit) s'est produit lors d'une épreuve de vie décapante. Tout ce que j'étais s'est écroulé en un instant. Ce fut extrêment rapide et sans appel. C'est comme être entraîné par un torrent vers une chute. On ne peut lutter parce toute volonté pour aller contre Cela est vaine, grotesque même.
En fait, j'étais sur un chemin trompeur. Je me trompais sur toute la ligne avant de vivre ça. J'étais gavée de concepts "Nouvel Age" euphorisants qui me conduisaient tout droit à l'erreur et au règne absolu de l'ego. Ma croyance édulcorée n'était qu'une forme déguisée de remplissage de mon angoisse du vide. Et je crois que l'Eveil a été dans mon cas un miracle. Peut-être ce qui m'a permis de vivre cela était mon désir sincère de Vérité qui me suivait depuis l'enfance. Mais ce n'est qu'une supposition fortuite et j'ignore totalement ce qui m'a conduit à la resurrection. J'emploie ce terme en toute humilité afin de ne pas suggérer que je sois la réincarnation du Christ! Mais l'Eveil est comparable (et je suis consciente en disant cela que rien n'est comparable à Cela) à une mort et un renaissance. Un passage par le Vide donc.
On lit souvent de la part de gens témoignant de l'Eveil (même si je ne sais pas si on peut être réellement "témoin" de ça vu qu'à l'instant x il n'y a plus personne qui puisse témoigner de quoique ce soit), qu'il n'y a rien à faire pour y accéder.
C'est en partie vrai parce que la force que suggère l'état d'éveil est purement irrepressible et n'a comme je l'ai déjà dit aucun lien avec la volonté, le "je" veux. De plus qui souhaiterait "mourir"? Qui pourrait désirer être anéanti? Surtout lorsque l'on ignore qu'en réalité RIEN NE PEUT ÊTRE ANEANTI...
Mais il manque une pièce à ce puzzle quantique. Dire cela à des êtres assoiffés ("il n'y a rien à faire"), est aussi cruel que de dire: "vous avez soif mais vous aurez beau chercher, c'est seulement la source qui décidera quand vous pourrez boire!". On oublie de préciser: il n'y a rien à faire en effet car le faire est dépendant de la volonté mais il y a tout à être ou plutôt RIEN à être. Être le Vide...
Je crois, de plus en plus, et cela n'engage que moi, que certains aimeraient bien que l'Eveil soit réservé à un nombre limité voire négligeable d'êtres considérés comme des surhommes. D'ailleurs, beaucoup de prophètes, de sages ont été sciemment divinisés par les faiseurs de fausses religions afin d'ôter au commun des mortel tout espoir de les imiter. Or je crois, (et cette croyance n'a rien à voir avec ma volonté mais plutôt à l'évidence des signes que je rencontre) que l'Eveil est inhérent à notre nature intrinsèquement composée de ce vide quantique. Nous sommes TOUS composés des même atomes. Nous possédons tous en nous le manuel et la clé pour accéder à la paix. Suivre une voie spirituelle c'est laisser ce vide, cet absolu, gérer les informations que nous sommes et que nous diffusons.
Suivre une voie spirituelle, c'est laisser toute la place au Vide.

vendredi 4 février 2011

Le vide (3)

Pour la physique quantique seul le lien entre les choses existent:
La réalité peut être approchée de deux façons: une manière métrique et une manière topologique. Une approche métrique se fait avec des règles et des horloges. On mesure de l'espace et du temps. C'est tout le sens de la théorie de la relativité d'Einstein. Vous pouvez être à 3 m, à 50 m ou à trois heures d'un ami. L'approche métrique intègre cette fameuse vitesse de la lumière, où l'information ne peut pas aller plus vite que 300 000 kilomètres par seconde.
Une autre façon de décrire la réalité est de raisonner en termes de voisinages. Oubliées les règles et les horloges! Que votre ami soit à New York ou à Singapour, et vous à Paris, le simple fait que vous vous soyez physiquement rencontrés un jour et à un endroit donné implique l'existence d'une connexion indestructible avec lui. La connexion existera même si la distance entre vous est considérable. Vous avez un lien de nature topologique. L'approche topologique raisonne en termes de voisinage. Avec qui puis-je être en contact par-delà l'espace et le temps?
Marc Henry, dans Nexus n°72
Un lien existant au-delà de l'espace et du temps, au-delà des limites imposées? Cela ressemble fort à  l'amour... Cette approche topologique de la réalité nous conduirait donc à l'amour? L'amour quantique...Voila un raisonnement qui n'a plus rien de...scientifique!
La mécanique quantique est l'expression du vide. Comme le souligne l'ingénieur chimiste Marc Henry, le vide n'est point vide. Ce vide semble être non pas une énergie en soi, non pas un néant mais un vecteur. C'est à dire un milieu particulier permettant la transmission d'informations (par exemple la lumière).
Dans mon précédent post "Marcher ensemble", j'ai abordé les liens humains. 
Et quel rapport entre les liens humains et le vide?
Un lien se crée à partir de la rencontre. Ce lien va créer une nouvelle information. Cette information sera portée par les deux portagonistes (de manière plus ou moins consciente et selon le degré émotionnel de cette rencontre) quelque soit la suite. Même si ces deux personnes ne se croisent plus durant le restant de leurs vie, il aura suffi d'une fois pour que la rencontre existe pour qu'ils existent l'un pour l'autre.
On peut d'ailleurs aisément conclure que nous sommes le résultat de toutes nos rencontres que ce soit des rencontres humaines, des situations ou des objets. la vie est une accumulation incalculables de rencontres, de liens qui se font et en vérité ne se défont jamais. L'émotion est une réaction à la rencontre. L'intellect est aussi une réaction dans le sens qu'il découle de tout ce que la mémoire a enregistré de ces liens tissé dans la réalité. L'intellect n'utilise que ce qu'il sait déjà. Toute l'évolution d'un être humain se fait à partir des liens qu'il tisse avec ce qui l'entoure, avec ce qu'il rencontre: le langage, la personnalité, l'individualité etc.
L'information ne peut être transmise qu'à partir de ce vide-plein qu'évoque la physique quantique. Moins le milieu qu'elle traverse est dense, mieux elle est diffusée (voir encore la vitesse de la lumière qui devient constante dans le vide). 
J'ai "enjambé le vide" en supposant que ce vide qui transmet la lumière est sans doute plein de quelque chose de parfaitement structuré et parfaitement intelligent. 
Faisons le vide...
Ou plutôt méditons. N'est-ce pas cela que l'on nomme faire le vide? Mais lorsque l'on pratique l'assise, peut-on réellement réaliser ce vide?
Les pensées cessent-elles leur incessant défilé parce que nous décidons de faire table rase? La volonté semble-t-il, n'apporte aucune aide dans la recherche du vide. Au contraire, plus on s'active moins le ciel intérieur semble se vider. C'est lorsque l'action perd toute densité que soudain quelque chose se produit, lorsque l'être acquiert une certaine transparence. Les pensées défilent mais n'ont plus aucun poids. Elle s'effilochent.
Les effets bénéfiques de la médiation sur la santé physique et psychique ont été prouvées par des études scientiques. On pourrait supposer en sautant (quantiquement) du coq à l'âne, que faire le vide en méditant permettrait à l'information de nos cellules et de nos neurones de circuler dans des conditions optimales. 
Or faire le vide, pour celui qui a déjà pratiqué, n'a rien à voir avec "être vide". Faire le vide, méditer, c'est au contraire être pleinement présent à ce qui se passe là, tout de suite, dans la non activité, dans la transparence...
Et de là nous pouvons oser évoquer le fait que l'éveil serait proche de ce vide qui semble être plein de quelque chose que nous ne savons pas...

Cliquer sur les photos pour voir les liens...

mercredi 2 février 2011

Le vide (2)

Extraits de l'Interview du Dr Marc Henry dans le magazine Nexus n°72 intitulé: "Le vide est le chef d'orchestre"
Je pratique et j'enseigne la mécanique quantique depuis trente ans. J'ai eu le temps de lire beaucoup de choses. S'il y en a une à retenir, c'est que la réalité des choses se trouve dans les interactions et non dans les objets.
Prenons par exemple un morceau de musique, écoutons-le. Puis changeons toutes les notes en gardant les mêmes intervalles...Les notes ne sont plus les mêmes, nous reconnaissons pourtant qu'il s'agit du même morceau. Le contenu matériel peut donc être complètement changé sans que cela change l'information. C'est à dire que ce ne sont pas les notes mais les intervalles entre les notes, autrement dit les vides, qui font que nous reconnaissons la mélodie. S'il n'y avait que des notes, le son deviendrait continu et inaudible. Que devient un texte sans les blancs? C'est illisible. Il y a bien de la signification dans les blancs.
C'est pourquoi, il faut chercher l'information dans le vide. Il y a besoin de matière, de notes de musique, de texte ou de molécules d'eau, parce que c'est la matière qui structure le vide. Mais le vide fait le lien entre les différentes parties déconnectées. Le vide est le chef d'orchestre. Les scientifiques travaillent avec les vide sans le savoir. L'homéopathie aussi.

(...)Le vide a une impédance, c'est à dire une résistance électrique. C'est pour moi l'un des grands mystères de la physique. Comment du vide peut-il avoir une impédance? Le vide est capable de propager une onde électromagnétique. Qui dit onde, dit forcément un milieu supportant cette onde. La seule conclusion est que le vide n'est pas vide. Que le vide, c'est à dire l'absence de matière, contient une structure topologique permettant l'impédance ou permettant aux ondes de se propager.
En mécanique quantique relativiste, on apprend de fait que le vide est plein d'antimatière, des particules avec des énergies négatives. Cequi nous apparaît vide est en fait plein. Le vide est donc très loin de ce que j'appelle le néant. L'absence de matière ne veut pas dire qu'il n'y arien du tout. Le vide n'est pas vide...

(...)Le propre du vivant est justement de faire apparaître une information vivante, qui a du sens. L'information morte, incohérente, ce sont les lettres. Et l'information vivante, c'est celle contenue dans les espaces entre les lettres. L'information vivante émerge là où il y a de la cohérence quantique. Les chakras par exemple sont des vortex topologiques du vide biologique, et seul un être vivant peut les ressentir.
Propos recueillis par Miriam Gablier et Maxence Layet.
Photos 1 et 3: Li Wei
Photo 2: Yves Klein-Saut dans le vide (1960)