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mercredi 21 mars 2012

Noli me tangere

Fra Angelico

"En botanique :c´est le nom que reçoit la balsamine sauvage qui pousse dans le bois  ou impatiens noli-tangere. Quand on la cultive elle s´appelle impatients balsamina ou Balsamina hortensis. Cette plante se caractérise par les capsules qui contiennent ses fruits qui éclatent au moindre contact, projetant ainsi au loin sa semence. Ce mécanisme se nomme libération explosive. 


Avec cet arbuste fleuri on obtient un  « balsamo », baume qui est employé en médecine pour soigner les plaies ..."


Ne me touche pas...ne m'embaume pas, 
moi qui ne suis pas mort.


Ce désir qui serpente vers le ciel
jusqu'à l'arbre en panache
toi pilier écarlate
moi pilier de la miséricorde


Nous voila à nouveau
réunis au Jardin


Toi dont les larmes et l'amour
ont fait comme un baume
un délice
de mes plaies


Toi qui présente le Calice
et moi qui tient l’Épée


Toi qui a laissé
un parfum Vivant
sur la montagne
qui porte ton nom


Sainte Baume



mercredi 1 février 2012

Mettre l'ombre à nue

Circé - Franz Von Stuck

Après quelque temps, le marchand épousa une veuve qui avait deux filles. Toutes trois persécutèrent et accablèrent de travail la pauvre Wassilissa qui supportait tout sans se plaindre. Cependant la poupée la consolait et l'aidait dans son travail. Le marchand ayant du se rendre à l'étranger, la belle-mère s'installa avec les trois jeunes filles dans une maison à la lisière de la forêt où habitait l'ogresse Baba-Yaga.

Un soir d'automne, ayant éteint exprès le foyer et les bougies, les demi-soeurs poussèrent Wassilissa dehors en lui enjoignant d'aller demander du feu à Baba-Yaga. La jeune fille se confia à sa poupée qui l'encouragea et l'assura de son aide; elle partit donc à travers la forêt en emportant sa poupée...

(extrait du conte la Belle Vassilissa)

De nombreux contes reprennent ce thème de la marâtre souvent accompagnée de deux filles. Selon Marie-Louise Von Franz, cette belle-mère n'est qu'un des multiples visages de la Baba-Yaga, omniprésente dans ce conte aux personnages exclusivement féminins:

"Il y a évidemment une relation entre la méchante belle-mère et Baba-Yaga, et l'on peut dire que cette dernière, après avoir éprouvé la jeune fille  sous la forme de sa belle-mère, détruit cette figure lorsqu'elle a fini de jouer son rôle. Baba-Yaga a possédé la belle-mère, puis elle la détruit ." 

(L'interprétation des contes de fée de Marie-Louise Von Franz )

De nombreux contes dont l'héroïne est féminine, remplacent dès le début de l'histoire la trop bonne mère(selon l'expression de C. Pinkola Estes) par la marâtre et ses deux filles. A quoi peuvent bien renvoyer ces trois figures confinées au rôle de la persécution?

La madone - Munch

Ces trois personnages peuvent bien sûr représenter le carcan social dans lequel l'être se nie, le surmoi qui pousse à renier sa nature véritable pour plaire à autrui. Cette étrange manie de vouloir à tout prix être aimé, apprécié, à se montrer gentil même quand on nous maltraite ou à saboter sa vie pour contenter maman...

On se croit alors touché par la malédiction car rien de ce que l'on entreprend, aux prix de cruels sacrifices, finit toujours par échouer. Et l'on se trouve alors dans un cercle vicieux où chaque échec nous ôte un peu plus nos forces, notre assurance et le peu d'estime qu'il nous reste.

Le meurtrier - Stuck

Derrière cette trialité malveillante, nous retrouvons aussi d'une certaine façon les trois aspects de la déesse des anciennes religions polythéistes, mais sous l'aspect d'un Féminin complètement refoulé. Cette trialité se retrouve aussi à travers les grands archétypes féminins présentés dans le conte: la mère, la vierge, et la vieille femme-qui-sait (Lo que sabe selon Pinkola Estes).

La marâtre et ses deux filles sont bien cruelles avec Vassilissa (tout comme elles le sont avec Cendrillon ou Blanche-Neige) mais c'est un des aspects de la déesse lorsque ses lois (lois de la Grand Mère nature) ne sont pas respectées ou de façon plus répandues tout simplement niées: elle devient destructrice. On constate aussi un phénomène semblable lorsqu'un aspect du moi est refoulé dans l'inconscient. Parfois cet aspect, selon le concept jungien de l'ombre, devient destructeur d'un autre aspect et provoque ainsi des troubles psychiques récurrents.
Péché - Von Stuck

On assiste à de tels refoulements non seulement à échelle individuelle mais aussi à échelle humaine:

"La sorcière est une des figures archétypique de la Grande Mère. Elle est l'aspect destructeur de la Déesse-Mère. Isis est qualifiée de grande magicienne et de grande Sorcière: courroucée, elle est sorcière et, bienveillante, elle est mère salvatrice et toute-généreuse qui donne naissance aux dieux. Une telle figure porte en elle le double aspect de l'archétype de la mère, sa face lumineuse et sa face obscure. La déesse Kali apparaît aussi comme porteuse tantôt de vie, et tantôt de destruction et de mort.

Dans les contes européens qui ont subi, pour la plupart, l'influence chrétienne, l'image de la Grande Mère a, comme d'autres archétypes, éclaté en deux. La Vierge Marie est coupée de son ombre * et n'incarne que la face lumineuse de l'image de la mère. Comme le fit remarquer Jung, l'apogée du culte de la vierge coïncida avec les persécutions de sorcières. Du fait que l'image chrétienne de la grande Mère était trop unilatérale et que son ombre n'était contenue dans aucun symbole officiel du culte, la figure de la Déesse se scinda en deux et son ombre errante fut projetée sur les femmes. Dans les contes de fées apparaissent d'innombrables sorcières, et la Grande Mère en personne, comme l'a montré Albert Dietrich dans son livre Mutter Erde. Dans certains contes, le diable vit avec sa mère ou sa grand-mère." 

(L'interprétation des contes de fée de Marie-Louise Von Franz )

*Note personnelle: L'ombre niée de la Vierge Marie serait-elle dans l’histoire chrétienne Marie-Madeleine longtemps considérée comme la "prostituée"?...

Beauté auburn - Henner

En laissant mourir la trop bonne mère, représentant l'aspect uniquement blanc de la déesse, l'héroïne du conte (c'est à dire potentiellement vous et moi...) laisse alors se révéler l'ombre restée cachée derrière cette figure trop rassurante sous l'aspect de la belle-mère cruelle et de ses filles capricieuses. Mais cette cruauté a aussi son rôle initiatique et va pousser naturellement Vassilissa à partir chercher le feu chez Baba Yaga. En quelque sorte, la souffrance nous aiguillonne jusqu'à ce que nous préférions la tâche ardue de descendre au fond de nous au confort tout relatif du déni perpétuel...

L'ombre dans ma vie personnelle est apparue de façon fulgurante au seuil de l'adolescence, révélation rendue précoce par la mort de mon grand-père (maternel...) vers l'âge de neuf ans. C'est à ce moment que je me suis retrouvée entre les griffes de la marâtre qui n'est autre que la réalité crue affrontée sans armes et sans règle du jeu. La vie devient alors une série de malédiction et nous semblons porter sur nos épaules tout le poids du refoulement transgénérationnel. 

Je remarque que, comme dans le conte de la Belle Vassilissa, l'absence du père (ou un père faible ou indifférent) amplifie le phénomène. Le masculin s'efface totalement, se laisse dévorer par l'ombre féminine. Certaines jeunes filles trouvent inconsciemment un palliatif à ce manque terrible de re-Père  en camouflant par exemple leur féminité sous des attributs typiquement masculins: vêtements, comportement agressif, violence. A défaut de pouvoir se défendre avec un psychisme bancal, l'adolescente triche en se déguisant en "garçon" afin de faire face à cette ombre destructrice qui la submerge.


Salomé -Von Stuck

Ce fut bien mon cas, je me souviens. L'ombre sortait par tous les pores de ma peau, s’infiltrait dans tous les recoins de ma vie, les vêtements noirs que je portais, la musique que j'écoutais, les dessins que je faisais (toujours des femmes pâles aux cheveux très noirs), les films que je regardais... C'est elle qui, comme la belle-mère du conte ne cessait de me souffler à l'oreille "tu es vraiment bonne à rien...tu es laide...pourquoi tant d'effort puisqu'on ne t'aimera jamais?..." . Dans mon histoire personnelle, cette ombre fut amplifiée par celles de mes parents (ombre qui se reflètent en miroir comme dans la plupart des couples) et en particulier celle de mon père dont le regard porté sur les femmes ressemblait à celui que les religions monothéistes colportaient: une femme libre reste une prostituée/ une femme respectable est une bonne mère...

Cette ombre dans le conte, va maltraiter Vassilissa jusqu'à ce que ses ressources intérieures soient épuisées, jusqu'à ce que la flamme s'éteigne et que la jeune fille n'aie plus d'autre choix que d'affronter les ténèbres de la forêt, c'est à dire tout ce qui se cache dans l'inconscient. Jusqu'à la très noire Baba Yaga.

Il y a un risque de fascination à ce stade de l'initiation; l'ombre en tant que part refoulée réapparaît souvent  dans des activités faisant appel à l'inconscient: l'art, la relation, l'apparence (ou persona) ... Les artistes tourmentés par l'ombre ont conclu une sorte de pacte maléfique avec leur part refoulée. Cette créativité issue de leurs ténèbres les précipitent rapidement dans un cercle vicieux. Ils deviennent esclaves de la marâtre du conte en échange d'inspiration facile au gré de leurs pulsions. Et lorsque vidés de toute énergie vitale, la flamme s’éteint, ils ne vont pas s'aventurer dans la forêt car ils craignent de perdre cette créativité qui semble seule leur donner une valeur aux yeux du monde. Ils ignorent qu'au-delà de la forêt se trouve leur véritable potentiel...

Pourtant l'Art, ce n'est pas cela. L'Art c'est créer à la pointe de l'Être, c'est devenir (ou re-devenir...) semblable de Dieu. Tel que Lui-même nous a créé.
Le plaisir de créer n'est qu'un effet secondaire de l'Art. Créer est une haute responsabilité. La plus haute qui soit et regardez la place qu'il a dans ce monde...


Créer c'est offrir à l'autre une reliance à Lui-même. Créer c'est nourrir l'autre de Soi. 

Peu de gens s'aventure à la rencontre de la Baba Yaga. Cela demande du courage et quelque part, une forme de folie...ou de sagesse.



dimanche 4 décembre 2011

Pèlerinage à la Sainte V



Je ne possède rien. Je suis l'air du voyage.

On n'arrête pas de marcher sous les branches, ne voir que l'envers des feuilles. Mais un chant vous dit de poursuivre, un chant juste vous forçant d'avancer.

Plus on est fragile, plus on est protégé.
Résistance de l'homme au cheminement de la grâce. Une même main éprouve, jusqu'à la brisure, jusqu'à la mort - mais non l'anéantissement - , et maintient vigilance et bénédiction. Pesant d'or.

C'est au plus profond de la détresse que le secours arrive; tout au bout du voyage que la lumière paraît: ainsi du sacrifice d'Isaac.
On est toujours sauvé in extremis.
La cadence des dieux trahit le tombeau diurne.



Ne pas lutter. Laisser aller. Laisser se faire...
L'arbre qui "perd" ses feuilles ne cherche pas à les retenir. Il sait ou il espère. L'arbre ne perd que les choses vieilles, usées, passées. L'arbre vit pour demain, et la germination des autres jours.





L'amour est subversif, comme la foi, comme la poésie, avec lesquelles il se confond. 

L'amour est scandale, folie suprême, insolence tenues (comme on tient ses promesses).

(...)

J'ai tant aimé déjà que je ne sais me reconnaître. J'ai tant aimé, que ce soir je me demande encore où renaître.



Extrait d'Un amour infini de Jacqueline Kelen

vendredi 2 décembre 2011

Pèlerinage à la Sainte IV





"La période où on a beaucoup insisté sur Marie-Madeleine pécheresse et pénitente est celle du jansénisme, rappelle le frère Nicolas-Jean, l'un des gardiens du sanctuaire. Ainsi, à cette époque, le lieu supposé de son séjour a été appelé le "Rocher de la pénitence". Au Moyen-Age, on parlait plutôt de la "Chambre" de Marie-Madeleine et on insistait beaucoup plus sur la notion de contemplation.



Elle est toujours présentée dans l’Évangile comme celle qui donne l'impression de saisir au mieux possible le mystère du Christ et elle est ensuite celle qui annonce la résurrection. Elle est donc "prêcheresse" et non pas pécheresse. 


Elle passe ici trente ans de solitude, non pas tant de pénitence que de contemplation. Dans l'esprit de l'Eglise primitive où les disciples du Christ sont épris de l'absolu d'aller vers Dieu dans la solitude, ce lieu de la Sainte-Baume apparaît comme un désert, un entre-deux, entre terre et ciel."




"Ce lieu est étrange, c'est vrai, achève Nicolas-Jean. Il dit quelque chose, un appel. Cette cavité immense rappelle à la fois le tombeau du christ, vide, et évoque peut-être aussi notre coeur qui est fait pour être rempli d'une présence d'amour.




Une plaque en manière d'ex-voto signée d'André Chouraqui reproduit un extrait du Cantique des cantiques qui illustre peut-être le sens de la présence de Marie-Madeleine en ce lieu.
Il y a aussi une citation de Pétrarque sur une plaque citée dans tous les écrits dur la grotte: 

Ma colombe, cachée dans le creux du rocher, en une retraite escarpée, 
montre moi ton visage, fais-moi entendre ta voix, 
Car ton visage est beau, et belle est ta voix.




Ce poème d'amour doit être lu aussi comme une allégorie de l'union mystique. Peut-être les relectures récentes de Marie-Madeleine, qui ont cru voir en elle une sorte de maîtresse du Christ, ont-elles dit quelque chose de vrai malgré elles, c'est à dire qu'il y a une union d'amour, non pas simplement charnelle, entre le Christ et Marie-Madeleine, mais une union mystique.

Marie-Madeleine est cette figure de l'humanité, éprise de Dieu et dont Dieu est épris lui aussi."


Propos recueillis dans l'ouvrage Sur les pas de Marie-Madeleine de Frédérique Jourdaa et Olivier Corsan, éditions Ouest-France


mardi 29 novembre 2011

Pèlerinage à la Sainte II

L'arbre Merlin

Au coeur de la bibliothèque hébraïque qu'on appelle la Bible, parmi les livres d'histoire, les récits de batailles, les paroles de sagesse et de prophétie, il y a un recueil de poèmes, le Shir ashirim ou "Chant des Chants", Cantique des Cantiques. 


C'était le livre préféré de Myriam et de Yeshoua, c'était aussi le coeur de la révélation qu'ils avaient à transmettre, Dieu aime l'humanité comme un homme aime une femme, comme une femme aime un homme, ce n'est qu'en vivant cela qu'on peut comprendre, "goûter" qui est Dieu.



Le Chant des Chants ne célèbre pas une histoire simple mais une passion difficile, un jeu d'absences et de présences où l'on apprend à aimer l'autre pour lui-même. La parole du bien-aimé à la bien-aimée c'est la même que celle dite à Abraham:"Lek lekka", "Va, ma bien-aimée, va vers toi-même".



Va, c'est la grande parole de l’Évangile, la parole qui résonne sans cesse dans l'oreille de Myriam et qui la relève aux moments de sa vie où l'absence se fait trop forte, trop "présente", quand elle voudrait se coucher à en mourir, un murmure, un souffle se fait entendre: "Va..."

Extrait d'une Femme Innombrable, Le roman de Marie-Madeleine, Jean-Yves Leloup

lundi 28 novembre 2011

Pèlerinage à la Sainte


Il y avait un bois sacré, qui, depuis un âge très reculé, n’avait jamais été profané, il entourait de ses rameaux entrelacés un air ténébreux et des ombres glacées, impénétrables au soleil. Il n’est point occupé par les Pans, habitants des campagnes, les Sylvains maîtres des forêts oules Nymphes, mais par des sanctuaires de dieux aux rites barbares ; des autels sont dressés sur des tertres sinistres et tous les arbres sont purifies par le sang humain. S’il faut en croire l’antiquié admiratrice des êtres célestes, les oiseaux craignent de se percher sur les branches de ce bois et les bêtes sauvages de coucher dans les repaires ; le vent ne s’abat pas sur les futaies, ni la foudre qui jaillit des sombres nuages. Ces arbres qui ne présentent leur feuillage à aucune brise inspirent une horreur toute particulière.





Une eau abondante tombe des noires fontaines ; les mornes statues de dieux sont sans art et se dressent, informes, sur des troncs coupés. La moisissure même et la pâleur qui apparaît sur les arbres pourris frappent de stupeur ; ce que l’on craint ainsi, ce ne sont pas les divinités dont une tradition sacrée a vulgarisé les traits ; tant ajoute aux terreurs de ne pas connaître les dieux qu’on doit redouter ! Déjà la renommée rapportait que les tremblements de terre faisaient mugir le fond de cavernes, que des ifs courbés se redressaient, que les bois, sans brûler, brillaient de la lueur des incendies, que des dragons, enlaçant les troncs, rampaient çà et là. Les peuples n’en approchent pas pour rendre leur culte sur place, ils l’ont cédé aux dieux. Que Phébus soit au milieu de sa course ou qu’une nuit sombre occupe le ciel, le prêtre lui-même en redoute l’accès et craint de surprendre le maître de ce bois.




Cette forêt, César ordonne d’y porter le fer et de l’abattre. Car, voisine des travaux et intacte de la guerre précédente, elle se tenait très épaisse au milieu des monts dénudés. Mais les mains tremblèrent aux plus braves ; vaincus par la majesté redoutable du lieu, ils craignaient, s’ils frappaient les troncs sacrés, que les haches ne revinssent sur leurs propres membres. Quand César vit les cohortes paralysées et clouées sur place, il osa le premier saisir une hache, la brandir et fendre du fer un chêne perdu dans les nues, puis il déclara, quand le tranchant se fut enfoncé dans le tronc violé : « Maintenant, pour que personne de vous n’hésite à renverser la forêt, croyez que c’est moi qui ai fait un sacrilège ». Alors toute la troupe obéit aux ordres, non qu’elle eût banni la crainte et recouvré la tranquillité, mais elle avait mis en balance la colère des dieux et celle de César.




Les ormes tombent, on abat le fût noueux de l’yeuse et le cyprès qui atteste des deuils non plébéiens. Alors pour la première fois, ils dépouillèrent leur chevelure et sans feuillage, ils laissèrent pénétrer le jour ; Malgré la poussée, les troncs se soutinrent dans leur chute. Les peuples gaulois gémirent à cette vue, mais les guerriers assiégés exultent. Qui pourrait penser, en effet, qu’on offense les dieux impunément ? Mais la fortune sauve plus d’un coupable et les dieux ne savent s’irriter que contre les malheureux. Quand il y eut assez de bois coupé, on l’emporte sur des chariots trouvés dans les champs et les laboureurs, voyant les bœufs enlevés à la charrue recourbés, pleurèrent l’année perdue par l’abandon du sol.


Lucain, La Guerre civile, III, 399-452, trad. A. Bourgery, 1926, Paris, Les Belles Lettres.

A suivre...

Illustrations dans l'ordre: Arbre en croix, Sainte Baume, l'arbre Héraclès gardien de la forêt vieil ami (millénaire) que je n'avais pas revu depuis six ans...