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vendredi 8 juin 2012

Le ventre de la baleine


Source

...Le nûn , c'est aussi la baleine et plus précisément encore le Liwiatan, "l'ultime poisson des plus grandes profondeurs de l'homme", celui que la lettre noun en hébreu désigne particulièrement. Entrer dans la lettre noun (nûn), c'est pénétrer dans le grand poisson comme Jonas, là où l'initié trouvera son nom dans le nûn final et deviendra le "fils accompli". (...)

La lettre archétype est le nûn, soit celle dont l'ustensile (bouilloire ou chaudron) imite la forme: la phase initiatique correspond à l'oeuvre au noir, ce temps où le germe, le point de l'alif, éclate sans la matrice et commence à libérer les premiers engrammes informatiques d'une nouvelle naissance. C'est la fertilité liée aux vertus du chaudron. Ce qui est inactivé prend vie et lentement s'éveille.

L'initiation - A.de Souzenelle / Pierre-Yves Albrecht


Je suis dans le ventre du Liwiatan. Chaque jour qui passe distille cette vérité éclatante et implacable qui me dévoile l'étendue de mon erreur. Le "pourquoi" de cette vie que j'ai mis tant de temps à entendre. Ce "pourquoi" qui résonne à présent jusqu'à l'os. 
Il est impossible de fuir. Le ventre de la baleine est sans issue. Il me reste seulement à accepter cette descente interminable dans les abysses. Jusqu'au bout. Jusqu'à l’humiliation ultime, le grand holocauste de tout ce que j'avais façonné à la glaise de l'illusion. Tout ce que je touche devient cendre. Rien ne me retient. Je tombe.
Pardonnez si je ne répond pas à tous vos commentaires car parfois les mots me manquent. Mais ils sont comme des lueurs vacillant à l'horizon...

dimanche 27 mai 2012

Le papillon





Un petit garçon observait un papillon qui avait
 de la difficulté à se défaire de son cocon. Il voulut l'aider
en le dégageant. Quelle ne fut pas sa surprise
lorsque, quelques mètres plus loin,
le papillon tomba au sol, mort.
Le père de l'enfant lui expliqua qu'on n'aide pas
le papillon en facilitant sa libération du cocon.
Il doit y parvenir lui-même, ce qui lui permet
de renforcer les muscles de ses ailes 
pour pouvoir voler par la suite.

Johanne Ouimette-la force de s'affranchir




Rêve du 15 février 2012:

"Je suis en compagnie d'un groupe d'amis. Parmi eux se trouve un jeune homme que j'affectionne particulièrement. Il est handicapé c'est à dire qu'il lui manque une jambe. Mais il parvient à marcher sans problème. D'ailleurs, je cherche sa présence, je marche souvent contre lui, passant mon bras sur ses épaules comme si finalement c'est lui qui me soutient.

Nous sommes sur un pont dans une grande vallée entourée de belles montagnes. Il y a une autre homme handicapé mais qui n'a aucune jambes. Mon ami lui donne des conseils; lui dit de ne pas poser ses pieds entre les planches du pont au risque de rester coincer. Il lui raconte une mésaventures et le met en garde.
Puis nous arrivons dans une salle de fête. Mon ami sans hésiter prend un micro et se met à chanter. 

Je l'admire car malgré son handicap, il vit comme il l'entend, parfaitement indépendant. Il chante très bien mais ses chansons ennuient la foule. Les gens se lèvent et sortent peu à peu de la salle. Il ne reste que nous ses amis pour l'écouter. Il se retourne et voit qu'il n'y a plus personne à part nous.

Je rentre chez moi mais ce n'est pas chez moi. Je vis chez une femme, jeune, maigre qui a des enfants. Elle est excédée que je rentre à cette heure alors qu'il n'est pas tard. Elle veut m'expulser. Cela ne semble pas me déranger; même cela m'arrange.

Je vaque sur un port avec de grands voiliers. Il fait beau. Je suis à moitié nue mais cela ne me gêne pas. Je regarde mon bras et mon épaule droite qui sont dorés par le soleil, alors que mon torse est encore blanc.
On m'avertit que ma fille est très malade.

Je cours vers la maison, et je trouve une petite fille adorable. On me dit qu'elle a une "gastro". Je la touche sur la nuque et le dos et je comprends qu'elle n'est pas malade. Elle n'a même pas de fièvre. Elle a juste avalé un petit objet qui la gêne. Je sors le petit jouet qui est une sorte de piano minuscule. 
La petite fille se met alors à pleurer un peu paniquée; je la trouve adorable. Je tente de détourner son attention pour ne plus qu'elle pleure. Elle me demande alors où se trouve la chenille. Je lui montre une feuille (d'arbre) avec un truc marron dessus.

Nous sortons dans le jardin devant la maison. Je laisse l'enfant déposer la feuille dans l'herbe. Le truc marron est en fait une chrysalide qui se déchire un peu à cause de la manipulation de la fillette. On aperçoit un gros ver blanc (comme un ver à soie) à l'intérieur qui remue. Nous le regardons chercher une place pour s'installer dans son cocon.

La petite fille tout à fait calmée me demande ce que va faire la chenille. Nous rentrons dans la maison et je lui dit:

"La chenille se prépare tout l'hiver"...et la petite fille continue en choeur avec moi: "pour devenir un beau papillon au printemps!""



J'ai vécu des années en m'appuyant sur cet homme boiteux, oubliant que j'avais moi-même des jambes. Oubliant que je savais parfaitement marcher. Et courir. Que j'étais libre de m'appuyer solidement sur la plante de mes pieds qui avaient pourtant fait des racines profondes.

Comment ai-je pu croire autant à cette illusion, cette mascarade de l'homme boiteux?

Lui qui m'appelait "ma sirène" à cause de mes longs cheveux, savait si bien chanter pour m'aveugler. Un maître chanteur. 

Ces mots qu'il assénait d'une voix forte, sûre, assourdissante couvraient la voix de celle-que-je-suis. Il a inversé toutes les valeurs que je portais naturellement en moi, dénigrant ce que personne ne pouvait voir et qui pourtant me soutenait chaque jour, me permettant de supporter l'humiliation permanente de ne pas savoir marcher sur mes pieds.

Il a tissé une toile de mensonge autour de moi, paralysant peu à peu ma vie, mes désirs, sans pourtant parvenir à étouffer la joie. La joie comme un secret permanent au fond de moi, recouverte parfois de souffrance, de ces nuages noirs qu'il souffle sur moi pour mieux me garder.
Il a fait de moi sa béquille; et je l'ai porté si longtemps croyant que c'est lui qui me portait. Jusqu'à ce que mon dos se bloque. Jusqu'à ce que je ne puisse plus marcher.
Je vois bien que rien ne le touche, rien ne l'émeut à part sa terreur de ne plus être porté. Et l'amour qu'il chante ne sert qu'à me ferrer.

Il a su trouver les mots jadis, des mots d'ivresse pour une assoiffée. Et j'ai bu ce vin amer jusqu'à la lie. Jusqu'à donner de ma chair, de mon sang, de ma vie. 

Celle-que-je-suis savait depuis le premier jour. Depuis le premier jour, elle me poussait à fuir cette barbe bleue. 

Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir?

Mais je n'entendais pas, subjuguée par le chant tonitruant du maître-chanteur. Il m'a rendu presque sourde, presque folle. Il m'a montrée l'illusion comme la seule réalité possible. Il a cherché à s'infiltrer dans mon esprit, à y pomper toute la force qui lui manque pour réussir ses envoûtement. 
Il m'a tué sans pitié, afin de me garder. Jusqu'à cette nuit, où Dieu, au fond même de l'enfer qu'il a ouvert pour moi, est venu me chercher.

Et j'ai commencer à sentir mes pieds. J'ai senti le goût de marcher. La stabilité indéfectible du Ciel sous mes pas.

Quelque chose que l'homme boiteux ne peut pas voir. La Réalité ne se dévoile jamais à lui. Moi seule aie l'accès au Royaume.

Je ne sais pas pourquoi suite à cette nuit, je ne suis pas partie. Je n'avais pas terminé la transformation. Il fallait que tout les voiles soient ôtés, les uns après les autres, afin que mes yeux véritables puissent contempler le Royaume.

La vérité est douloureuse, surtout quand on s'en est longtemps prémunie. Elle est comme l'étreinte folle d'un amant éperdue. Elle nous prend entièrement, nous brûle jusqu'à l'os.


Il y a trois jour, tout le fiel accumulé depuis tant d'année est sorti de mon oeil gauche. Ce n'était pas une infection...c'était une libération.

Me voila calcinée.


Nout


En ce jour spécial, une pensée aimante à toutes les mères et femmes de ma lignée...



lundi 16 janvier 2012

Au commencement...

Photo trouvée ici


En archè, au commencement, au principe, à l'origine, au fondement, à la source, en tête...

Quel  mot choisir pour traduire cet archè, ce béréshit - premier mot de toute genèse? Qu'en est-il du commencement?

Quel était notre visage avant notre naissance?
La question de l'origine est la plus fondamentale de l'homme, elle l'oblige aux racines; elle le force à l'identification: quel est le lieu d'où tu viens? il faut question garder du premier au dernier souffle, car connaître son origine, c'est aussi connaître sa fin, ce pour quoi nous sommes faits.
Au commencement, il y a un programme, un projet, une destination, une destinée; mais de quel commencement s'agit-il?
S'agit-il des débuts du Temps, de l'Autrefois?
Au commencement, c'est d'abord cela: le commencement du monde, de cet espace-temps. Certains se poseront alors la question: mais qu'y avait-il avant ce commencement, "car de rien, rien ne peut sortir"?
A cela les Rabbins font finement remarquer la lettre beth, de bereshit, première lettre par laquelle s'ouvre la Bible et le Prologue, s'il était écrit en hébreu, avant beth: il y a aleph.
Cet aleph, la pemière lettre de l'alphabet, est le symbole de Dieu dans son Unité, son Aséité; beth, la seconde, symbolisera la dualité.
Ainsi, bereshit, en archè =au commencement, c'est l'entrée dans le monde de la dualité, de la temporalité. C'est le commencement de ce qui doit finir, le monde composé qui doit se décomposer, le monde de l'entropie ou encore, pour reprendre le mot de Paul: "ce monde tel que vous le voyez, ce monde qui est entrain de disparaître..."

Avant le commencement, il y a l'"aleph", le mystère de cette liberté "qui est" et qui fait qu'il y a quelque chose plutôt que rien...

Qu'y a-t-il au commencement? La question peut aussi se poser d'une autre manière, plus subjective: qu'y at-t-il au commencement de nos actes, à la source de nos pensées? de nos émotions? de nos sentiments?

Qu'est-ce qui est au commencement d'un amour, d'un rêve? Qu'est-ce qui est à la source d'une pulsion, d'un cri, d'une angoisse?

Se tenir dans la proximité de l'origine aiguise la conscience et nous ramène au présent, car le commencement n'est peut-être pas à chercher hier, autrefois, mais ici et maintenant. Qu'est-ce qui nous pose dans l'Être en cet instant? Qui, en nous, pose cette question?

Voir toute chose, dans son origine, dans son commencement, nous met en fraternité avec les vivants; l'arbre, l'étoile, l'oiseau nous sont étrangers parce que nous les percevons en dehors de l'origine qui nous est commune.

Boire à la Source de tout ce qui vit et respire élargit le coeur et fait gronder le sang en écho de toutes les sèves du monde. Se tenir dans la proximité des commencements, c'est se rendre infiniment proche de ce qui fait être l'unité et la multitude des "étants".

L'Évangile de Jean commenté et traduit par Jean-Yves Leloup, éditions Albin Michel.


Accepter de faire de chaque jour, chaque instant, une page blanche
Accepter de faire de chaque souffle un nouveau poème




vendredi 11 novembre 2011

Sous le cerisier en fleur...



Très peu de femmes sont parvenues à l'ultime vérité du Zen. 

Rengetsu est l'une d'entre elles.

Elle était en pèlerinage. Arrivant à un village au coucher du soleil, elle se mit en quête d'un logement pour la nuit. Mais les villageois lui fermèrent leurs portes. Il devait certainement s'agir de bouddhistes traditionalistes, qui ne voulaient pas qu'une femme Zen séjourne chez eux; et ils la chassèrent hors de leur village.

La nuit était froide, la vieille femme était sans logement... et elle avait faim. Elle dut s'abriter sous un cerisier au milieu des champs. Il faisait vraiment froid et elle ne pouvait pas dormir. De plus, l'endroit était dangereux, il y avait des animaux sauvages.

À minuit, elle se réveilla, transie, et vit dans le ciel de cette nuit de printemps le cerisier en fleurs, complètement épanoui, riant au clair de lune. Submergée par cette beauté, elle se leva et fit une révérence en direction du village.

« Grâce à leur bonté

A leur refus de me loger,
Je me trouvai sous mille fleurs
En cette nuit de lune brumeuse. »


Avec une profonde reconnaissance, elle remercia ces gens qui avaient refusé de la loger. S'ils n'avaient agi de la sorte, elle aurait dormi sous un toit ordinaire et aurait manqué cette bénédiction... le cerisier en fleurs, la lune jouant dans la brume, et le silence de cette nuit, ce profond silence de la nuit.

Elle n'est pas en colère, elle accepte. Non seulement elle accepte, elle accueille et se sent reconnaissante.
La vie est immense et, à chaque instant, elle vous offre des milliers de présents. Mais vous êtes si affairés, si préoccupés par vos désirs, tellement pleins de vos pensées, que vous rejetez tous ces dons : Dieu vient, vous persistez à le refuser.

Un homme devient un Bouddha le jour où il accepte avec gratitude tout ce que la vie lui apporte.

Extrait du Tarot zen d'Osho


Illustration: Dessin extrait de "l'homme qui marche" de Jiro Taniguchi

lundi 1 février 2010

Accepter

Un scribe s’approcha et lui dit:
- Maître, je te suivrai partout où tu iras.
Jésus lui répondit:
- Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids; mais le fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête.
Matthieu 8:19-20

Nul endroit où trouver refuge et paix ailleurs qu’en soi.
Et cette vie m’entraine dans sa tourmente et je n’ai d’autre choix que de me laisser porter. Quelle folie me pousse à résister à ce qui est irrésistible?
L’acceptation est le seul rempart à la douleur. Mais où trouver la force d’accepter?
Accepter la révolte?
Accepter la perte?
Accepter la séparation, l’absence, la violence…
Même accepter l’amour me semble parfois insurmontable.
Mon cœur est douloureux.
Il crève ma poitrine. C’est là l’ultime preuve d’amour pour Lui. Il sait combien je L’aime.
Tant de fois j’ai prié que je m’abandonnais à Lui. A présent, Il me met à l’épreuve. Au cœur de l’incendie suis-je assez forte pour avancer sans peur?
Ou ne suis-je que poussière?