Affichage des articles dont le libellé est Textes sacrés. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Textes sacrés. Afficher tous les articles

mardi 12 juin 2012

L'oiseau mort

Source


Rêve du 12 mars 2012:

"Je suis dans une forêt immense (j'ai envie de dire une forêt symbolique). Je marche sur un chemin en forme de Tau égyptien. Je regarde la cime des arbres (des grands hêtres...êtres?)et soudain le corps d'un petit oiseaux mort tombe sur le sol. Puis un deuxième. Je suis figée d'horreur et je pense à ces pluies d'oiseaux morts qui ne présagent rien de bon. L'un des oiseaux est un Rouge-Gorge."


Dans cette dynamique, l'attitude incestuelle, voire incestueuse de la mère, noie l'enfant; celle du père le brûle. La puberté qui ne connaît pas ce juste rapport eau-feu chez le jeune homme ou la jeune fille s'éparpille à l'horizontal dans le seul feu animal de la sexualité qui, si je puis dire s'épuise dans l'eau. On peut lire au Livre de Samuel un texte éclairant tout particulièrement ce sujet: les Philistins sont alors vainqueurs des Hébreux et emportent chez eux, à Ashdod, l'Arche d'Alliance qui contient les textes sacrés de la Torah. Et voici que les habitants d'Ashdod sont atteints d'hémorroïdes sanglantes et meurent. L'Arche est alors transportée à Gath dont les habitants à leur tour vivent la même épreuve; mais Ekron, la troisième ville sollicitée pour abriter la responsable, pousse des cris de fureur et renvoie l'Arche chez les Hébreux. 'Epholim, le nom hébreu des "hémorroïdes", est fait de l'enlacement des verbes 'aloh, "monter" , et naphol, "tomber". On peut y voir aussi un oiseau qui tente de s'envoler puis tombe.


Cela veut dire que l'Arche, sanctuaire du Verbe de Dieu, présente dans la monde des Philistins, est une haute énergie qui suscite chez l'Homme, et exige de lui dans son intériorité, une "montée de sève"; or, chez l'"ennemi", entendons "l'inaccompli" du peuple saint, cette montée ne peut se faire. La "sève montante" de l'Arbre humain, ne trouvant pas d'issue, "retombe" en boursouflures mortelles. 


L'initiation - A.de Souzenelle et Pierre-Yves Albrecht

dimanche 20 mai 2012







Tu m'as jeté dans l'abîme, dans le coeur de la mer


Les eaux m'ont couvert jusqu'à m'ôter la vie


L’abîme m'a enveloppé


les roseaux ont entouré ma tête


Je suis descendu jusqu'aux racines des montagnes


Les barres de la Terre m'enfermaient pour toujours,


Mais tu m'as fait remonter vivant de la fosse...





Jonas, II, 4-10

mercredi 18 avril 2012

Libre de prier



Le Livre sacré de l'Islam déclare que tout être célèbre les louanges de Dieu, "l'oiseau en étendant ses ailes, l'arbre en projetant son ombre", mais nous ne comprenons pas leur langage. La raison d'être de la Création, nous est-il encore rappelé, est l'adoration du Dieu Un.

Mais si la Création tout entière Le glorifie - c'est à dire fait acte d'islâm en obéissant à la loi de son être propre (la pierre tombe, le feu brûle, la planète tourne)-, seul l'homme est libre de prier.

En cela réside le tragique et la grandeur de sa condition. Son éminente dignité tient à la responsabilité qui lui est conférée de jouer le rôle de "lieutenant", de "calife" de Dieu sur la terre, de coopérer à l'oeuvre de Sa volonté sainte. Car la prière est aussi agir.


Extrait de "la prière en Islam" de Eva de Vitray-Meyerovitch





vendredi 17 février 2012

Séparer ceci de cela

Si Wa Wata Wa  (Oeil ouvert) -Eward Curtis


- Lave mes vêtements, balaye la cour et nettoie la maison, prépare ma nourriture, sépare le froment attaqué par la rouille du bon blé et veille à ce que tout soit en ordre. Je reviendrai bientôt pour vérifier ton travail. S'il n'est pas fait, tu me serviras de festin. 

Là-dessus Baba Yaga s'envola sur son chaudron et la nuit tomba de nouveau.

Dès qu'elle eut disparu, Vassilissa se tourna vers la poupée. - Que dois-je faire? Vais-je pouvoir accomplir ces tâches dans les temps?

La poupée l'assura qu'elle le pourrait et lui dit de manger un peu et d'aller dormir. Vassilissa donna un peu à manger à la poupée et s'endormit.

Au matin, la poupée avait fait tout le travail.*

L'éveil offre à l'homme qui le vit une transparence intérieure, un retournement de la vision comme si le regard se positionnait à l'arrière de la psyché, plutôt qu'à sa périphérie. Soudain, le monde extérieur prend un nouveau relief; il n'est plus séparé de nos profondeurs. Nous pouvons en contempler l'étendue ainsi que les liens d'interaction comme si nous regardions du sommet d'une montagne. Nous regardons le monde comme un souverain contemple son royaume. Nous devenons à la fois la cause et les conséquences. 

Et dans ce sens, nous devons lire les contes, les mythes et les rêves comme quelque chose qui nous renvoie à ce royaume intérieur. Quel souverain es-tu pour ce royaume? Comment gères-tu le peuple qui t'habite (symbolisé par l'animalité représentée dans la Bible par exemple dans le mythe de la Genèse ou celui très ancien de Noé), la cour qui t'entoure, les réseaux de communication, l'échange avec les autres royaumes...

Ce n'est pas un hasard si Jésus emploie beaucoup cette métaphore du royaume car en réalité, nous sommes une foule réunie en un. Chaque aspect de notre être a une valeur essentielle, un rôle particulier qui doit être accompli afin de veiller à l'harmonie du tout. Pour cela nous devons veiller, nous devons devenir un bon roi (l'archétype du roi est familier des contes de fées) et cela demande beaucoup de sagesse et de patience. Cela demande aussi une confiance en nos forces profondes, une véritable foi (car si la croyance s'appuie sur un objet extérieur, la foi ne s'appuie sur rien d'autre que sur notre divin).

Tel le roi Salomon, nous devons rendre justice et rendre à chacun son dû (comme il le fait aux deux femmes qui réclament le même enfant dans le Livre des Rois:3, 16-28). Nous devons trier le faux du vrai à l'intérieur de nous-même, rendre à César ce qui lui revient. Dans la parabole de l'ivraie, Évangile de Saint Matthieu:


13.24 Il leur proposa une autre parabole, et il dit: Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ.
13.25 Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l'ivraie parmi le blé, et s'en alla.
13.26 Lorsque l'herbe eut poussé et donné du fruit, l'ivraie parut aussi.
13.27 Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire: Seigneur, n'as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie?
13.28 Il leur répondit: C'est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent: Veux-tu que nous allions l'arracher?
13.29 Non, dit-il, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé.
13.30 Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et, à l'époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs: Arrachez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier.


Brin d'ivraie
L'ivraie  qui, en grec se dénomme zizania (la zizanie), a non seulement des propriétés enivrantes mais peut aussi devenir toxique dans certaines conditions.
Par expérience, nous ressentons cet état d'ivresse lorsque nous sommes en friche à l'intérieur de nous, c'est à dire lorsque tout est confondu dans notre psyché (l'âge de l'adolescent en est un bon exemple). Nous sommes alors à la merci de nos erreurs de jugements qui s'appuient exclusivement sur une vision trouble, enchaîné au passé et à des émotions refoulées, non conscientes.

Ce chaos intérieur nous pousse à agir de façon incontrôlable exactement comme si nous étions ivre. Nous nous retrouvons dans des situations répétitives, qui nous font revivre des souffrances oubliées mais toujours présentes. Nous agissons comme si nous étions sous l'emprise d'une drogue ou d'un démon. Combien de criminels face au tribunal se sont défendus d'avoir agi de façon incontrôlable comme si c'était quelqu'un d'autre qui prenait les commandes...
Et c'est exactement ce qui se passe. Plus nous refusons de reconnaître un élément de nous-même, plus il tend à se manifester de façon inattendue voire violente (c'est le concept jungien de l'ombre). Il prend "forme et vie" en quelque sorte. Il faut bien comprendre que nous sommes composés de flux d'énergies et chaque ressenti, chaque souffrance fait naître et détourne de nouvelles énergies qui, si elles sont trop longtemps retenues (ou mal orientées) peuvent exploser selon le principe de la cocotte minute. Or toute énergie est source de vie. Nous donnons ainsi vie à des démons intérieurs qui nous empoisonnent la vie exactement comme l'ivraie le ferait de nos récoltes. Nous avons beau semer le blé de nos vies, nous ne récoltons que de l'amertume et des échecs. 

Lors d'un traumatisme, se déclenchent des mécanismes de défense destinés à protéger l'équilibre de la psyché mis à mal. Ces mécanismes enferment le psychisme dans un système binaire, duel (cette fameuse dualité), le coupant non seulement du trauma vécu mais aussi de ses ressources intérieures. L'être se retrouve alors pris au piège à l'intérieur de lui-même. On ne peut rêver un système pénitentiaire plus élaboré, plus efficace que celui d'enfermer quelqu'un dans son propre corps! 

Il y a donc en nous des forces qui s'opposent et s'affrontent incapables de trouver un juste équilibre qui permettrait à l'énergie en rétention de s'écouler sans provoquer de dégâts; le premier pas à faire pour reprendre la maîtrise de tout ça, serait de commencer à "reconnaître" se qui veut s'exprimer en soi. Le fait même de porter notre attention sur un point douloureux de notre histoire permet déjà à l'énergie de circuler à nouveau de sortir du système duel de rétention-pulsion.

Ancien tableau de médecine chinoise
J'ai publié un rêve dans mon carnet dans lequel un petit garçon noir (donc énergie non consciente) se posait sur le visage des aiguilles de couturière à la façon de l’acupuncture (médecine traditionnelle chinoise connue aussi depuis 5000 ans en Inde et en Egypte ancienne- voir les commentaires du sujet précédent Servir le non-rationnel  où il est question d'une connaissance bien antérieure à ce que nous pouvons imaginer...). La médecine chinoise détient depuis bien plus longtemps que nous le secret de ces flux d'énergies qui nous composent et que dont nous sommes responsables. En effet, qui d'autre que nous peu ressentir de quoi nous souffrons et tenter de trouver ce qui perturbe la libre circulation de ces flux. 

Faire le tri en nous, c'est à dire aussi changer notre vision de nous-même en prenant du recul. Ne plus vivre au centre de la douleur (ou névrose) mais prendre de la distance et observer. Notre pouvoir est véritablement cela: nous pouvons "regarder" ce qui nous habite comme un roi observerait un sujet de son royaume.

Un bon roi écoute ses sujets, entends les doléances et essaie de prendre des décisions pour le bien de tous. Ainsi peut advenir l'unité en soi.

Dans le conte de Vassilissa, la poupée offre à la jeune fille un secret pour parvenir à exécuter les ordres de Baba Yaga (qui au centre de la psyché, de la nuit intérieure donc de l'inconscient, sait bien qu'il faut faire le ménage pour y voir plus clair!); elle lui propose quelque chose d'extrêmement simple: manger puis dormir.
La poupée enseigne là que bien nourrir sa psyché permet aussi de bien dormir c'est à dire de "bien rêver".
Le rêve nocturne est véritablement une clé donnée par le conte qui permet d'explorer sa nuit intérieure et d'en rallumer le feu.  J'en fait personnellement l'expérience actuellement...

Il suffit de dormir, c'est à dire aussi de s'abandonner à sa poupée. En tant qu'intuition, cette voix intérieure est bien plus efficace dans un total lâcher-prise (et confiance) que dans une recherche de contrôle par le mental ou la logique. La raison est un fruit de l'harmonie mais ne peut en être les racines. L'harmonie fleurit dans le coeur même de l'être où règne un ordre bien supérieur au raisonnement cartésien qui ne maîtrise en rien ce qui est caché aux yeux du mental: l'énergie créatrice contenue en toute chose.

L'univers est maintenu dans une harmonie parfaite. La force qui régit les choses "sait" comment faire pour faire régner l’ordre pour le bien de tous. Nous abandonner à cette ordre (ou Tao) nous permet de laisser les énergies reprendre leur juste place et ainsi d'éviter les inondations et autres tsunamis...



* Extrait du conte la belle Vassilissa selon Clarissa Pinkola Estés dans Femmes qui courent avec les loups.

jeudi 1 décembre 2011

Pèlerinage à la Sainte III


Il y a un propos de l'Evangile que j'ai haï tellement il heurtait mes convictions et mon joyeux combat. Aujourd'hui, je crois bien que c'est la phrase qui me touche, m'émeut le plus. Elle incarne à mes yeux la libre joie, la liberté intérieure, l'amour inconditionnel auxquels j'aspire si fort. Jésus dit: "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive."(Luc 9,23)




Se renier! Voilà le verbe qui m'a choqué avant d'y découvrir une invitation à devenir pleinement soi-même, au-delà des rôles. Se renier, c'est, pour le dire avec les mots de Malraux, " mettre à mort la comédie intime", cesser de façonner mon personnage, de porter un masque pour devenir réellement qui je suis au fond du fond. C'est une invitation à la liberté totale.


Longtemps j'ai pensé que porter sa croix tenait du renoncement, d'un ascétisme forcé, d'un sacrifice. Peut-être que porter sa croix, c'est tout simplement, et ce n'est pas si simple, assumer tout ce qui ne dépend pas de moi, tout ce qui contrarie ma volonté sans me laisser aigrir. L'ascèse, ce n'est pas en faire plus mais juste accueillir ce qui advient.

Ainsi, suivre le Christ revient pour moi dans cette phrase de Luc à cesser de mentir, à cesser de faire le beau devant Dieu, à arrêter de croire qu'il m'aime à certaines conditions seulement pour être et me déployer totalement. 


Ce verset m'invite aussi à me mettre en route, à porter le croix de ce jour, pas celle de demain ni celle du passé, et à faire la volonté du Christ, ici et maintenant. Mais là aussi, une conversion du regard a eu lieu.


Trop souvent, j'ai cru que faire la volonté de Dieu était forcément triste et pesant. Alors que Jésus l'affirme lui-même: "Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger" (Matthieu 11,30). Ainsi, tenter de faire la volonté de Dieu, c'est peut-être oeuvrer à être pleinement soi-même et se dégager de tout ce qui rapetisse et la vie et soi.


Article d'Alexandre Jollien dans le Hors-Série n°17, Le Monde des Religions, Le message de Jésus.

jeudi 24 novembre 2011

L'eau vive



7 Arrive une femme de Samarie pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : ''Donne-moi à boire.'' 
8 Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger. 
9 Mais cette femme, cette Samaritaine, lui dit : ''Comment ? Toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une femme samaritaine !'' Les Juifs, en effet, ne veulent rien avoir de commun avec les Samaritains. 
10 Jésus lui répondit : ''Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : 'Donne-moi à boire', c'est toi qui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive.'' 
11 La femme lui dit : ''Seigneur, tu n'as même pas un seau et le puits est profond ; d'où la tiens-tu donc cette eau vive ? 
12 Serais-tu plus grand, toi, que notre père Jacob qui nous a donné le puits et qui, lui-même, y a bu ainsi que ses fils et ses bêtes ?'' 
13 Jésus lui répondit : ''Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ; 
14 mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif; au contraire, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle.'' 
15 La femme lui dit : ''Seigneur, donne-moi cette eau pour que je n'aie plus soif et que je n'aie plus à venir puiser ici.''

Evangile de Jean

Quand le Coeur s'ouvre à  la Réalité, quand on boit de cette eau vive, tous les textes sacrés deviennent limpides en soi comme un ruisseau filtré par la roche. On les entend si bien, que le Coeur répond à chaque mot et déborde abondamment. A tel point que cette eau monte souvent jusqu'aux yeux. Le baptême devient alors un acte familier à chaque nouvelle lecture des paroles de l'Enseigneur.

J'ai passé au tamis du Coeur toutes les religions révélées et n'en ai gardé que l'essence, éblouie par ces pépites dispersées dans la vase fertile du monde. J'ai approché l'arabe pour lire le Coran (al Qur'ān ou Récitation), l'araméen pour bien comprendre les mots de Jésus-Yéshoua, et un peu d'hébreu pour écouter la Bible. Le peu que j'ai saisi (le vraiment peu) a suffi pour faire jaillir cette source d'eau vive dont parle Jésus-Christ à la samaritaine.

La samaritaine est l'étrangère, la "profane", celle qui est considérée (symboliquement) comme impure par certains juifs de cette époque. Elle est en quelque sorte cette dualité, cette réalité divisée et imparfaite, cette boue non-filtrée que l'on perçoit du monde quand on le regarde à travers le filtre de nos peurs égotiques.
Et Jésus avec toute la simplicité qui le caractérise lui montre le potentiel divin qu'elle porte en elle. 
Ce puit noir dans lequel elle puise l'eau est son être encore inconscient mais qui ne demande qu'à être sondé. Jésus lui apprend qu'une eau vive, qui comble toute soif (tout désir), est à portée de son seau.
Au-delà des croyances de sa personne (persona ou le masque), de ses à-prioris, de ses limitations mentales. L'eau vive est là. Prête à être puisée, à être offerte et bue. 

C'est l'eau du baptême qui ouvre à la Vie, cette eau que l'on retrouve dans le Coran comme une don merveilleux d'Allah:

« A partir de l'eau, Nous avons constitué toute chose vivante » (Sourate des Prophètes, v. 30)

Observez la profondeur de ce seul verset qui contient en lui-même diverses significations à des degrés de conscience différents. L'eau est en effet dans la matière un vecteur de vie mais dans le monde spirituel, c'est l'eau vive que propose Jésus à la samaritaine, l'eau divine produite par la source intarissable du Soi. Et nous n'avons pas encore abordé la version originale en arabe, langue racine par excellence dont chaque mot, à l'instar de l'hébreu, renvoie à une multitude d'évocations.


Muhammad, le dernier Prophète apporte en transmettant la Parole divine à travers le Coran, un Rappel des enseignements de Jésus-Yeshoua-Issa , considéré par les musulmans comme le Messie (l'Oint), Lui-même porteur des enseignements livrés par Dieu à chacun des prophètes des Livres de la Bible. 
Le Christ est donc à mes yeux l'Enseigneur de la Voie du milieu (rappel des ensignements du Bouddha, et du Tao de Lao-Tseu qui apprend d'une autre façon la même transcendance...Tout est Un).

Beaucoup ont rejetés la religion et ses dogmes pensant ainsi se libérer des barrières établies par les religieux. Mais les véritables barrières sont en nous. Sur le seuil même de notre Coeur. Nous privant de laisser l'eau vive se répandre. La Vision Une se déployer bien au-delà du mental.

Le mental et les limitations de la matière ne disparaîtront pas. Tout comme le puits de la samaritaine. Mais ils seront soudain enracinés dans le divin afin que celui qui a soif dans le désert de l'exil puisse combler ce besoin vital. Puisse cheminer en étant pleinement disponible pour accueillir la Grâce à chaque pas...



Illustration: Le Christ et la samaritaine d'Odilon Redon

mercredi 21 septembre 2011

Hieros Gamos

Dragon de Marduk - fresque émaillée sur la porte d'Ishtar


Le Hieros Gamos ou mariage sacré est une tradition qui a traversé de nombreuses traditions mais dont les plus éclatantes traces nous reviennent sans doute des mythes issus de la Mésopotamie, mot dont l'étymologie grecque signifie pays entre deux fleuves (le Tigre et l'Euphrate dont on soupçonnait être deux des quatre fleuves de l'Eden).





Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras.
Le nom du premier est Pishôn; c'est celui qui entoure tout le pays de Havilah, où se trouve l'or.
L'or de ce pays est pur; on y trouve aussi le bdellium et la pierre d'onyx.
Le nom du second fleuve est Guihôn; c'est celui qui entoure tout le pays de Coush (Éthiopie ? Hindi Kush ?).
Le nom du troisième est Hiddèkel; c'est celui qui coule à l'orient d'Ashour (l'Assyrie, donc leTigre). Le quatrième fleuve, c'est l'Euphrate. (wikipedia)



Entre deux fleuves...symboliquement déjà cette terre est une évocation aux épousailles des eaux intérieures.
Vu de façon superficielle, ce rituel du mariage sacré pourrait évoquer d'éventuels rites de fertilité ou une recherche d'abondance matérielle (agricole et humaine). Depuis une bonne dizaine d'année, j'ai été attiré par l'étude de cette ancienne civilisation fondatrice de ce qui m'a en quelque sorte moi-même fondée: l'écriture, cette ancienne civilisation porteuse d'une richesse mythologique que les quelques millénaires qui nous en séparent n'ont pas altérée.

Précisions que le texte même de la genèse hébraïque possède de nombreuses corrélations avec la genèse mésopotamienne. Cela n'est guère étonnant vu le contexte historique et les déportations subies par le peuple hébreu lors des conquêtes des rois babyloniens (relatés dans la Bible et historiquement reconnus) du royaume de Judée.

Cependant on ne peut, comme le font certains historiens, limiter l'influence de cette mythologie à la situation d'exil et la nécessité d'adaptation. Il serait bien naïf de croire que l'élite judéenne, ramenée à Babylone, ne se soit inspirée de ces anciens rituels de la Hiérogamie seulement par souci d'intégration. Il est plus probable que ces rituels, cette connaissance dont les racines s'enfoncent aux fondations même de l'humanité (prenant leur source temporellement et ontologiquement au moment de la "chute"), porteurs d'un savoir essentiel, encore vivant à cet époque, ont laissé des traces profondes dans le fondement même des mythes judéo-chrétiens.



Je ne crois pas personnellement que le sens du Hieros Gamos se limite simplement à l'abondance des récoltes ou à la fertilité des femmes de la cité. Cette interprétation des spécialistes modernes n'est qu'une preuve de plus de l'incroyable fossé qui aujourd'hui nous sépare du Sacré, du numineux.

Voici ce que l'on trouve dans un mythe dédié à Enlil dieu du Souffle par excellence qui évoque fortement le Verbe biblique:

Touche-t-elle le ciel (Sa Parole): voici la crue,
Et d'en-haut se déverse une pluie abondante!
Touche-t-elle la terre: voici l'aisance,
Et d'en-bas les richesses débordent!
Ta Parole, ce sont les plantes! Ta Parole, c'est le grain!
Ta Parole, c'est la crue: la vie du pays tout entier!...

Dans les textes relatant les chants et les poèmes dédiés à la déesse Inanna-Ishtar lors du rituel du Hiéros Gamos, on peut déceler une véritable et profonde invocation aux épousailles intérieures entre le féminin et le masculin de l'Être. Dans certains textes, elle est appelée la toute-blanche ce qui nous renvoie immédiatement à la Vierge, symbolisant un féminin libéré de ses ténèbres, apte à "accueillir" le masculin.

Nous retrouvons cela dans la caste des prostituées sacrées  (nommées ainsi par les grecs dont Hérodote), la caste de ishtaritus, qui offraient leurs corps aux fidèles du temple mais n'en restaient pas moins vierges. J'ai écrit, il y a quelques années, un texte inspiré par cette quête de mon féminin, recherche qui me conduisit jusqu'aux rempart de la grande Babylone dont j'avais l'intuition secrète d'y découvrir quelque chose d'essentiel mais que je ne pouvais encore dire...

A l'arrière du temple, au cœur de petites chapelles, les Ishtaritu, prostituées sacrées, se donnaient aux passants en échange d’offrandes pour le temple. Tout homme déposant sa semence dans la chair consacrée d’une Ishtaritu devait être à son tour ensemencé par le divin. Le ventre de ces femmes, éternellement vierge, symbolisait la terre sainte, terre mère primordiale, que l’homme avait perdue dans les eaux souterraines de sa mémoire et qu’il devait labourer, fertiliser, abreuver de sa sueur et de son désir pour la reconquérir, tel Nabuchodonosor faisant surgir des pierres les jardins suspendus pour la princesse Amytis.

            Le don de l’Ishtaritu ne se réduisait pas au corps, à l’instar de ces prostituées profanes, hommes et femmes, qui vendaient leurs services dans les tavernes et aux abords de la ville.

            Le don de l’Ishtaritu exigeait de l’homme qu’il s’abandonne au divin dans sa totalité, corps et âme, qu’il se laisse ébranler jusque dans ses profondeurs, que tous les repères illusoires de ce monde se dissolvent dans ce retour à la terre originelle, pour qu’il embrasse son reflet et qu’au creux de ce corps sacré, dans le cri muet de l’orgasme, nish libi, ou "lever du cœur", il puisse accoucher de lui-même.

            Ishtar régnait sur l'amour comme sur la guerre car l’amour initié par Ishtar impliquait la mort de toutes les certitudes, l’effondrement de tous les remparts. Pour accéder à cet amour, il fallait mener un  combat acharné contre soi-même, contre la peur inspirée par la béance des femmes, accepter de s’y perdre, de plonger dans ses ténèbres. Cet amour-là ne pouvait naître qu’à travers la mort, non pas la mort stérile, fin de toute vie, réservée aux ignorants, mais la mort qui conduit à la mutation de l’être, à la germination de l’homme nouveau. La mort qui engendre la vie.

            Ishtar était sœur d’Ereshkigal, reine de la mort et des enfers, mais aussi sœur de Shamash, seigneur du soleil et de la lumière. Elle était la clé qui mène à l’un ou l’autre de ces aspects de l’être.

            "Ce qui est noir, je le fais blanc et je fais blanc ce qui est noir."
           
            Encore fallait-il être humble, tel Dumuzi le berger, pour  accepter de mourir en elle.

            Tel n’était pas le cas de la majorité des hommes. Tel n’était pas le cas du grand héros Gilgamesh, valeureux mais aveuglé par son orgueil, auquel Ishtar s’était pourtant offerte. Lui qui cherchait éperdument le secret d’immortalité, perdit à jamais la possibilité d’y accéder en refusant de partager la couche de la déesse. Comment un tel héros qui avait combattu avec tant de fougue Humbaba, le monstre gardien de la forêt de cèdres, avait-il pu craindre de mourir dans les bras d’une déesse?

Les textes anciens faisant mention du Hieros Gamos décrivent le processus qui conduit à cette unité synonyme de prospérité et d'abondance (d'ailleurs le jardin d'Eden, ou celui de Babylone, renvoie symboliquement à cette opulence vitale, ce foisonnement fertile d'un être qui s'est réunifié).

Ishtar choisit donc le berger Dumuzi ou Tammuz (tel qu'il est cité dans la Bible Ezechiel, VIII, 14) pour en faire son "époux":



Quand à moi, à ma vulve, à moi, tertre rebondi,
Moi, Jouvencelle, qui me labourera?
Ma vulve, ce terrain humide que je suis,
Moi, Reine, qui y mettra ses boeufs (de-labour)?...

Sitôt que du "giron" du roi l'eau (-du-coeur) eût jailli,
A ses côtés sortirent les plantes, à ses côté poussa le grain:
Steppe et vergers, près de lui, se chargèrent de luxuriance!

Tandis qu'en la Maison-de-vie (ou Arbre de Vie???...)*, dans le Palais royal,
Sa "femme" demeurait près de lui en liesse;
Qu'en la Maison-de-Vie, dans le Palais royal,
Inanna demeurait près de lui en liesse!









Source: Le mariage sacré de S.N. Kramer

 *Annotation personnelle


Pour connaitre l'origine des illustrations cliquez dessus.



samedi 17 septembre 2011

Isha...




Om ! Cela est plénitude; ceci est plénitude;
De la plénitude, naît la plénitude.
Quand la plénitude est extraite de la plénitude,
Ce qui reste est plénitude, indéniablement.

Om ! Paix ! Paix ! Paix!

Om ! Tout ce qui nous entoure est recouvert de la présence d'Isha, le Seigneur, quel que soit l'être qui se meut à la surface de la terre. C'est par une telle renonciation à l'irréel que tu seras sous la protection du Réel. Ne convoite aucunement les biens d'autrui.

Accomplissant des actions droites dans l'esprit prescrit par les Écritures, l'on peut désirer atteindre l'âge de cent ans. Car, dans cet esprit, l'action ne lie pas son auteur. Il n'est nulle autre voie que celle-ci.

Les mondes inférieurs des démons sont recouverts de l'épais linceul de l'affliction, aveuglant. Ceux qui ont négligé et traité comme lettre morte le Soi, rejoignent ces mondes après leur mort.

Cela est l'Un, tout à la fois sans mouvement et bien plus rapide que l'esprit. Les sens (pourtant si rapides, quasi instantanés) ne peuvent L'atteindre, Il court toujours loin devant. Immobile, Il dépasse ceux qui courent à toute allure. Par la vertu de Sa présence, le vent, Matarishva, mène les activités vitales de tous les êtres.

Il se meut; Il est immobile. Il est lointain; Il est proche. Il est à l'intérieur de tout; Il est à l'extérieur de tout.

Celui qui perçoit tous les êtres en le Soi, et qui perçoit le Soi en tous les êtres, ne peut ressentir un quelconque sentiment d'aversion pour quiconque, en raison de cette identité.

Quand un homme réalise que tous les êtres ne sont rien d'autre que le Soi, quelle illusion peut subsister, quelle souffrance, en lui qui perçoit la fondamentale unicité?

Cela est omni-pénétrant, rayonnant, incorporel, serein, homogène, pur, non souillé d'imperfections. Cela est le Voyant, le Seigneur de la pensée, transcendant et existant par Soi-même.


- Isha Upanishad, 1-8

Extrait trouvé chez "Soyez passants"

Illustration: photo personnelle 




mardi 23 août 2011

Shalom



Cet ouvrage explore la langue hébraïque du Cantique des Cantiques, texte biblique qui évoque mieux que tout autre l'union du féminin et du masculin de l'Être comme voie vers l'unité. Ici, l'auteur précise que le mot Shalom en hébreux peut se lire aussi bien au féminin qu'au masculin puisque cette langue se lit sans voyelle comme l'arabe qui en est une cousine proche: ce mot de Shalom pourrait de traduire par Salam en arabe, mot qui signifie "paix". La paix en hébreux unit donc le féminin et le masculin afin sans doute de murmurer à celui qui peut entendre quelle voie entreprendre pour accéder au chant des chants...

...Or en hébreu, chaque mot a une abondance de sens, et c'est d'ailleurs en étudiant cette abondance signifiante que nous pouvons arriver à comprendre les différents aspects de ce qu'est vraiment la paix.

En effet, "shalom" signifie également "l'achèvement, la complétude", c'est à dire aussi "l'épanouissement", en tant que substantif. Il existe aussi en tant que verbe et signifie alors "être en paix, être achevé, être complet, être épanoui".

Le bonheur qu'est la paix est ici à comprendre non comme la perfection mais comme la plénitude, la complétude.

Le mot "perfection" renvoie en hébreu au mot "tam". Or, curieusement ce dernier signifie également "épuisé" et est l'anagramme du mot "met" qui signifie "mort"...

C'est à cause de l'obsession de perfection que l'on se coupe du Chant des Chants. Car la perfection invite toujours à une obligation de résultats, c'est devoir tenir une image, c'est rester prisonnier d'un modèle de perfection. Cela revient à s'enfermer dans une crispation de l'être pour coller à une image unilatérale, et cette crispation pus sépare des autres.

Au contraire, "shalom" renvoie au thème d'un épanouissement qui vise à intégrer sans crainte et sans dissociation, de manière détendue, toutes les dimensions de l'être.

Il s'agit non pas de s'enfermer dans un modèle qui exclut tous les autres possibles, mais au contraire de les accueillir en complétude harmonieuse.

Tel est dans l'esprit hébraïque le shalom, qui est le vrai bonheur. Rien à voir avec une paix froide et distante, indifférente à l'égard d'autrui.


Le Cantique des Cantiques ou la psychologie mystique des amants - Pierre Trigano & Agnès Vincent

jeudi 31 mars 2011

Les lettres beit et ba



La Genèse en hébreux commence par le mot Bereshit  que l'on traduit communément (et commodément) par "au commencement". Ce mot non seulement ouvre le Livre de la création mais aussi le contient tout entier en l'intitulant. Il en est en quelque sorte la matrice...

Le Bereshit est le Livre de la Genèse, appelé ainsi en hébreu du premier mot qui le compose et dont le Tradition nous assure qu'il contient la totalité de la Torah. A son tour le premier mot, dit-elle encore, confie son secret à la première lettre, le beit. La lettre beit ouvre et recouvre notre Livre sacré. Elle est le "Toi" jailli des lèvres divines comme une semence d'amour livrant cette "autre" qui ne peut être autre sans rompre l'infini de Dieu!

Mais ô merveille, elle est rupture et non-rupture; ensemencée de Lui, elle porte son infinitude; crée, elle est matrice d'Incréé; face à Lui, le Un, et lourde de Lui, elle est le "deux"; elle est aussi soumise à la dualité; constituée de pôles opposés et complémentaires dont l'un ne peut être sans l'autre, elle est récapitulée dans l'homme et la femme.
Au-delà de toute dualité, Dieu Un ne se révèle mâle, archétype du masculin, que dans son rapport à la Création alors toute entière féminine par rapport à Lui, tout entière aussi contenue dans la lettre beit de valeur 2 et de vocation fodamentalement matricielle.

Première lettre du Bershit, mystère du Créé, celui de l'humanité (hommes et femmes), elle est née de "Rien", Me'Ayin en hébreu, nous dit la Tradition. Ce Rien ('Ayin) est le premier Nom divin révélé, le point ultime d'une contraction, d'une abnégation totale de Celui qui se fait "Rien" pour que l'"Autre" soit: absence-présence à la plus extrême pointe du point, qui est et qui n'est point!

Annick de Souzenelle - Le féminin de l'Être

Les Ecritures ont été desservies par la traduction, vidées de leur substance, castrées. La traduction a certes permis leur diffusion    mais n'a rien apporté à la compréhension. Rien n'est du au hasard et si les textes restent hermétiques, c'est qu'ils demandent à être lu autrement. Il nous incombe d'aller chercher le sens véritable et profond de chaque, mot non pas en survolant les mots, mais en pénétrant en soi. Aller chercher la Vérité dans la profondeur.  Nul personne ne peut accomplir ce chemin à notre place.

Nous vivons dans un monde d'illusion, une illusion tissée par le diable (le calomnieur) qui s'évertue à inverser, renverser, tout mélanger (chaos) afin de semer le trouble et la discorde. Il divise certes mais à partir d'un semblant d'unité, une unité purement matérialiste. Le mal ne se répand pas la plupart du temps de manière ouverte et claire. Il se répand sournoisement, de façon insidieuse et la plupart des cas ceux qui font le mal sont persuadés de faire le bien.

Celui qui n'est pas vigilant, éveillé, méditant (c'est à dire: agissant à partir du centre médian, du Soi) tombe rapidement dans le péché qui n'a rien à voir avec une morale branlante et changeante au gré des vents, mais plutôt avec la capacité de choisir entre l'illusion ou la Vérité en toute chose.

L'unité que l'on doit chercher n'a jamais cessé d'être. Seul notre regard a le pouvoir de changer. Le libre-arbitre n'est autre que le choix du regard que nous portons sur les choses. Et les textes sacrés nous exhortent à ouvrir notre regard, à asservir le mental, le rendre à son véritable rôle pour laisser la parole divine se répandre dans notre coeur et lui rendre la vie.

Il nous appartient donc de percevoir l'Unité, le Fil conducteur de l'Un qui nous guide à travers les dédales du monde fourvoyeur. Plus nous sommes dans l'illusion, plus la Vérité va nous sembler innaccessible voire impossible. Mais à celui qui pratique le retrait, qui parvient à s'effacer, se soumettre, la Vérité se dévoile comme une fiancée promise, une bénédiction, une source infinie de joie pure. Il suffit d'ouvrir les yeux, de regarder avec amour, non pas condescendance mais avec la plus extrême pointe du point...

Par exemple, si nous suivons le fil, la Bible commence par Bereshit, le lettre beit, dans la langue originelle qu'est l'hébreu. Or, l'hébreux est la racine de l'arbre sémitique dont les ramures éclatantes ont fait fleurir deux autres langues : l'araméen et l'arabe.

Deux prophètes parlaient ces deux langues: Jésus (l'araméen qui fut traduit en grec puis en latin pour arriver jusqu'à nous) et Mahomet (Muhammad en arabe).

http://expositions.bnf.fr/parole/images/3/098.jpg
 Milieu du VIIe siècle Encre sur parchemin, 29,1 x 24,5 cm, BnF, Manuscrits orientaux, arabe 328, f. 10 à 14.

Le Coran ou Qur'an commence par une sourate que le musulman ( muslim en arabe qui signifie en arabe "celui qui se soumet") doit réciter plusieurs fois durant les cinq prières quotidiennes: la fatiha. 


[1] Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. 

[2] Louange à Allah, Seigneur de l'univers. 

[3] Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, 

[4] Maître du Jour de la rétribution. 

[5] C'est Toi (Seul) que nous adorons, et c'est Toi (Seul) dont nous implorons secours. 
[6] Guide-nous dans le droit chemin, 
[7] le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés.


Cette sourate est considérée comme l'ouverture du Livre Sacré, et même sa matrice. En effet, le Coran selon la Tradition a été révélé au Prophète  par l'intermédiaire de l'ange Gabriel, pour rectifier le message de la Bible que les hommes avaient déformé. Le Coran est donc la continuité de l'Ancien et du Nouveau Testament qu'il reprend et corrige. On retrouve ainsi la première lettre beit de la Genèse dans celle de la Fatiha qui commence en langue arabe par Bismillah, la lettre ba. 


La lettre "ba", de la formule Bismillâh (au Nom de Dieu), est une particule d'implication qui signifie ceci : C'est par Dieu que les êtres contingents se sont manifestés et c'est par Lui que les créatures sont venues à l'être pour devenir existantes. Ainsi, il n'y a aucun être contingent et créé, aucun être qui advient et qui est ordonné, qu'il s'agisse des essences concrètes, des effets, des poussières, des varia-

dons, des pierres, de la terre, des étoiles, des arbres, des traces, des vestiges, des idées, des sensations, des dispositions de sagesse ou des causes dont l'existence n'est pas due à Dieu, dont Dieu n'est pas Le Roi, dont le commencement n'advient pas de Dieu et dont le retour n'aboutit pas à Dieu. C'est par Dieu que trouve celui qui affirme l'unicité divine. C'est par Dieu que nie celui qui mécroit. C'est par Dieu que celui qui Le reconnaît est devenu connaissant et c'est par Lui qu'est ravalé celui qui a commis des forfaits. Car Dieu a dit Bismillâhi (Au Nom de Dieu) et n'a pas dit billâh (Par Dieu) pour qu'on recherche les bénédictions en mentionnant Son Nom, comme le suggèrent certains exégètes, et pour bien marquer la différenciation entre le Bismillâhi (au Nom de Dieu) et le serment billâh (par Dieu) selon d'autres (ndt: le ba correspond dans nôtre traduction à "AU" dans "au Nom de Dieu").


Il reste que pour les savants que le nom, c'est le nommé, tandis que pour ceux qui possèdent la connaissance spirituelle, il s'agit d'arracher les secrets aux entraves et de purifier les coeurs des attaches pour que l'affection, accompagnant l'articulation du Nom Allah, touche un coeur purifié et un secret intime transparent. L'évocation de ce Verset (c'est-à-dire Bismillâhi al rahmân al rahîm Au Nom de Dieu le très Miséricordieux, le tout Miséricordieux) rappelle à d'autres que le ba symbolise Sa bonté (birr) envers Ses Amis, que le sin indique Son secret (sirr) avec Ses Élus et le mim représente Sa faveur (mann) pour ceux qui ont mérité Son amitié afin qu'ils sachent que par Sa bonté, ils ont connu Son secret, par Sa faveur pour eux ils ont préservé Son commandement et par Lui - qu'Il soit exalté -ils ont su Sa véritable valeur.


D'autres, en entendant Bismillâh, se rappellent que le ba constitue une exemption de Dieu, - qu'Il soit exalté - contre tout méfait, que sin indique que Dieu - que Sa toute Puissance soit magnifiée - est prémuni contre tout déficience ou imperfection et que le mim représente Sa gloire - qu'Il soit exalté et magnifié - en vertu de la magnificence de Sa qualification.


D'autres encore se rappellent, en évoquant le ba, Sa beauté éclatante, en évoquant le sin, Sa magnificence éblouissante et en évoquant, le mim, Son mulk (royaume).


samedi 20 mars 2010

Psaume 23


 
daniel_darc_bio
Daniel Darc : « Prier est une façon de dire : je suis avec vous. »
Le seigneur est mon berger
Je ne manque de rien
Sur des prés d’herbe fraiche
Il me fait reposer

Il me mène vers les eaux tranquilles
Et me fait revivre
Il me conduit par le juste chemin
Pour l’honneur de son nom

Si je traverse les ravins de la mort
Je ne crains aucun mal
Car tu es avec moi
Ton baton nous guide et me rassure

Tu prépare la table pour moi
Devant mes ennemis
Tu répends le parfum sur ma tête
Ma coupe est débordante

Grâce et bonheur m’accompagnent
Tous les jours de ma vie
J’habiterai la maison du seigneur
Pour la durée de mes jours

Le seigneur est mon berger
Je ne manque de rien
Sur des prés d’herbe fraiche
Il me fait reposer
Grâce et bonheur m’accompagnent
Tous les jours de ma vie
J’habiterai la maison du seigneur
Pour la durée de mes jours

Le seigneur est mon berger
Je ne manque de rien
Sur des prés d’herbe fraiche
Il me fait reposer

Le seigneur est mon berger
Je ne manque de rien 


« J’étais en recherche. J’allais souvent à l’église Saint-Sulpice. » Pour le rouge sang des Delacroix ? Pour l’amour plutôt. Le message inscrit dans la pierre d’un temple du boulevard Arago le marque pour longtemps : « Seul Dieu, seule la foi, seule la gloire. » C’est en 1997 qu’il rencontre Jean-Charles Tenreiro, pasteur aux Batignolles, à Paris. « J’avais la foi dès l’enfance, dit-il ; juif par mon père, catholique par ma mère, j’avais fait ma bar-mitsva. Durant l’adolescence, quoique anarchiste, j’étais taraudé par l’histoire de Jésus. » Le baptême du chanteur s’inscrit donc dans une certaine continuité. Cette étape, symbole d’une foi partagée, le conduit aussi à fréquenter le Foyer de l’Ame, temple réformé lové près de la Bastille, où s’épanouit l’esprit de confluence. Il trouve encore le temps de méditer au sein de l’ordre des Veilleurs. « Prier, dit-il, est une façon de dire : je suis avec vous. » Pudiques et affectueux, ceux qui le côtoient dans le cadre spirituel décrivent un homme sincère et profond. Jean-Charles Tenreiro confirme que la paroisse des Batignolles lui a toujours réservé un accueil fraternel, dénué de tout jugement.

Quand on a tout perdu

C’est tout naturellement que Daniel Darc a voulu interpréter, dans son dernier disque, le psaume 23. « Lors des célébrations de mariage, il est souvent repris, aime-t-il à dire. A mon âge, j’ai vu mourir de nombreux amis, c’est pour eux comme un hommage. » De sa voix douce, il murmure plus qu’il ne fredonne les mots qui apaisent l’homme tourmenté : « L’Eternel est mon berger, je ne manque de rien. » La lumière qui jamais ne vous quitte quand on a tout perdu, le bon moment qui vient à l’homme égaré : si l’on répugne à l’exégèse rapide, on ne peut s’étonner que Job et l’Ecclésiaste comptent parmi ses livres favoris. Comme un saumon qui remonte la rivière, Daniel Darc aime lire l’Ancien Testament. « Je renoue peu à peu avec la tradition juive », reconnaît-il.

Extrait de l'article de Frédérick CASADESUS sur Réforme:    http://www.reforme.net/archive2/article.php?num=3125&ref=480