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mardi 22 mai 2012

La gardienne du Grand Oeuvre

Noun hébreu


J'ai vécu ces trois derniers jours une épreuve qui a renversé toute ma vie: un secret révélé de façon brutale qui a eu l'effet d'une déflagration en moi et qui va certainement avoir une grande influence sur le prochain cours de ma vie (ce qui me renvoie à une série de rêves sans doutes prémonitoires ayant pour thème l'explosion).Il m'a fallu réaliser que je suis restée aveugle sur un point central de ma vie durant ces treize dernières années! Disons qu'une partie de moi savait et une autre ne voulait rien "entendre". J'ai pris la vérité en pleine face comme un boomerang...que j'aurais moi-même lancé.

Le nombre 13 (années d'aveuglement) réduit à 4, signifie bien le carré à franchir, l'épreuve à traverser. Traverser sans doute par la porte du 5 (ou 50 valeur numérique du noun dans l'alphabet hébraïque).

A présent, je comprends pourquoi la lettre "noun" me poursuivait depuis quelques temps. Je l'ai d'abord rencontrée comme un présage dans un extrait des Symboles de la Science sacrée de René Guénon.

14. NOUN, la Gardienne du Grand Oeuvre

Valeur numérique: 50
Signification: le Poisson
Signe astrologique: le Scorpion (signe astrologique de mon père qui a un sens particulier dans cette histoire)
Rayonnement: vert émeraude soutenu

Notions-Clefs:
  • La rencontre avec son Ombre
  • Moments de grands changements, basculements...
  • Apprendre la Patience
  • La Vierge noire

Noun vient bousculer les anciennes habitudes, et il n'est pas toujours facile de réaliser la beauté de cet Amour qui nous interdit de nous endormir sur le Chemin, car il prend parfois la forme d'une épreuve déstabilisante. Elle est pourtant l'alliée de notre âme de lumière qui nous pousse à grandir.
Dans les profondeurs de notre être réside notre Ombre, cette partie de nous qui nous fait peur, que nous n'aimons pas, et que bien souvent nous renions. Elle peut prendre nom violence, terreur, rancune, orgueil, égoïsme, (le mensonge)... Elle peut apparaître comme une bête hideuse qui se cache à la lisière de notre inconscient.*

C'est bien la rencontre que j'ai faite ces derniers jours: la bête hideuse, le mensonge sans scrupules au quotidien, la perversion. Allongée dans mon lit, écrasée par cette vérité noire, éclatante, incapable de pleurer, j'entendais l'orage dehors, le ciel déchiré comme mon coeur versant un torrent de larmes pour moi. Je suis descendue à ce niveau de désespoir où l'on se trouve nu dans le vide, sans plus rien pour s'accrocher. Tout s'est écroulé et il ne reste que des décombres. 

Et là Noun murmure: "Ecoute pour une fois! Accepte, aie confiance, Vis-le jusqu'au bout!"
Avale le fiel jusqu'à la lie. Trouver la foi au coeur du "rien".
Le sommeil ne vient pas, ni la faim car Noun serpente, à l'intérieur, en profondeur. Au creux de la baleine-orage qui gronde. Elle balaye les dernières scories d'illusion. 


*Extrait du Tarot des Lettres Hébraïques de Marie Elia




















vendredi 17 février 2012

Séparer ceci de cela

Si Wa Wata Wa  (Oeil ouvert) -Eward Curtis


- Lave mes vêtements, balaye la cour et nettoie la maison, prépare ma nourriture, sépare le froment attaqué par la rouille du bon blé et veille à ce que tout soit en ordre. Je reviendrai bientôt pour vérifier ton travail. S'il n'est pas fait, tu me serviras de festin. 

Là-dessus Baba Yaga s'envola sur son chaudron et la nuit tomba de nouveau.

Dès qu'elle eut disparu, Vassilissa se tourna vers la poupée. - Que dois-je faire? Vais-je pouvoir accomplir ces tâches dans les temps?

La poupée l'assura qu'elle le pourrait et lui dit de manger un peu et d'aller dormir. Vassilissa donna un peu à manger à la poupée et s'endormit.

Au matin, la poupée avait fait tout le travail.*

L'éveil offre à l'homme qui le vit une transparence intérieure, un retournement de la vision comme si le regard se positionnait à l'arrière de la psyché, plutôt qu'à sa périphérie. Soudain, le monde extérieur prend un nouveau relief; il n'est plus séparé de nos profondeurs. Nous pouvons en contempler l'étendue ainsi que les liens d'interaction comme si nous regardions du sommet d'une montagne. Nous regardons le monde comme un souverain contemple son royaume. Nous devenons à la fois la cause et les conséquences. 

Et dans ce sens, nous devons lire les contes, les mythes et les rêves comme quelque chose qui nous renvoie à ce royaume intérieur. Quel souverain es-tu pour ce royaume? Comment gères-tu le peuple qui t'habite (symbolisé par l'animalité représentée dans la Bible par exemple dans le mythe de la Genèse ou celui très ancien de Noé), la cour qui t'entoure, les réseaux de communication, l'échange avec les autres royaumes...

Ce n'est pas un hasard si Jésus emploie beaucoup cette métaphore du royaume car en réalité, nous sommes une foule réunie en un. Chaque aspect de notre être a une valeur essentielle, un rôle particulier qui doit être accompli afin de veiller à l'harmonie du tout. Pour cela nous devons veiller, nous devons devenir un bon roi (l'archétype du roi est familier des contes de fées) et cela demande beaucoup de sagesse et de patience. Cela demande aussi une confiance en nos forces profondes, une véritable foi (car si la croyance s'appuie sur un objet extérieur, la foi ne s'appuie sur rien d'autre que sur notre divin).

Tel le roi Salomon, nous devons rendre justice et rendre à chacun son dû (comme il le fait aux deux femmes qui réclament le même enfant dans le Livre des Rois:3, 16-28). Nous devons trier le faux du vrai à l'intérieur de nous-même, rendre à César ce qui lui revient. Dans la parabole de l'ivraie, Évangile de Saint Matthieu:


13.24 Il leur proposa une autre parabole, et il dit: Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ.
13.25 Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l'ivraie parmi le blé, et s'en alla.
13.26 Lorsque l'herbe eut poussé et donné du fruit, l'ivraie parut aussi.
13.27 Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire: Seigneur, n'as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie?
13.28 Il leur répondit: C'est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent: Veux-tu que nous allions l'arracher?
13.29 Non, dit-il, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé.
13.30 Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et, à l'époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs: Arrachez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier.


Brin d'ivraie
L'ivraie  qui, en grec se dénomme zizania (la zizanie), a non seulement des propriétés enivrantes mais peut aussi devenir toxique dans certaines conditions.
Par expérience, nous ressentons cet état d'ivresse lorsque nous sommes en friche à l'intérieur de nous, c'est à dire lorsque tout est confondu dans notre psyché (l'âge de l'adolescent en est un bon exemple). Nous sommes alors à la merci de nos erreurs de jugements qui s'appuient exclusivement sur une vision trouble, enchaîné au passé et à des émotions refoulées, non conscientes.

Ce chaos intérieur nous pousse à agir de façon incontrôlable exactement comme si nous étions ivre. Nous nous retrouvons dans des situations répétitives, qui nous font revivre des souffrances oubliées mais toujours présentes. Nous agissons comme si nous étions sous l'emprise d'une drogue ou d'un démon. Combien de criminels face au tribunal se sont défendus d'avoir agi de façon incontrôlable comme si c'était quelqu'un d'autre qui prenait les commandes...
Et c'est exactement ce qui se passe. Plus nous refusons de reconnaître un élément de nous-même, plus il tend à se manifester de façon inattendue voire violente (c'est le concept jungien de l'ombre). Il prend "forme et vie" en quelque sorte. Il faut bien comprendre que nous sommes composés de flux d'énergies et chaque ressenti, chaque souffrance fait naître et détourne de nouvelles énergies qui, si elles sont trop longtemps retenues (ou mal orientées) peuvent exploser selon le principe de la cocotte minute. Or toute énergie est source de vie. Nous donnons ainsi vie à des démons intérieurs qui nous empoisonnent la vie exactement comme l'ivraie le ferait de nos récoltes. Nous avons beau semer le blé de nos vies, nous ne récoltons que de l'amertume et des échecs. 

Lors d'un traumatisme, se déclenchent des mécanismes de défense destinés à protéger l'équilibre de la psyché mis à mal. Ces mécanismes enferment le psychisme dans un système binaire, duel (cette fameuse dualité), le coupant non seulement du trauma vécu mais aussi de ses ressources intérieures. L'être se retrouve alors pris au piège à l'intérieur de lui-même. On ne peut rêver un système pénitentiaire plus élaboré, plus efficace que celui d'enfermer quelqu'un dans son propre corps! 

Il y a donc en nous des forces qui s'opposent et s'affrontent incapables de trouver un juste équilibre qui permettrait à l'énergie en rétention de s'écouler sans provoquer de dégâts; le premier pas à faire pour reprendre la maîtrise de tout ça, serait de commencer à "reconnaître" se qui veut s'exprimer en soi. Le fait même de porter notre attention sur un point douloureux de notre histoire permet déjà à l'énergie de circuler à nouveau de sortir du système duel de rétention-pulsion.

Ancien tableau de médecine chinoise
J'ai publié un rêve dans mon carnet dans lequel un petit garçon noir (donc énergie non consciente) se posait sur le visage des aiguilles de couturière à la façon de l’acupuncture (médecine traditionnelle chinoise connue aussi depuis 5000 ans en Inde et en Egypte ancienne- voir les commentaires du sujet précédent Servir le non-rationnel  où il est question d'une connaissance bien antérieure à ce que nous pouvons imaginer...). La médecine chinoise détient depuis bien plus longtemps que nous le secret de ces flux d'énergies qui nous composent et que dont nous sommes responsables. En effet, qui d'autre que nous peu ressentir de quoi nous souffrons et tenter de trouver ce qui perturbe la libre circulation de ces flux. 

Faire le tri en nous, c'est à dire aussi changer notre vision de nous-même en prenant du recul. Ne plus vivre au centre de la douleur (ou névrose) mais prendre de la distance et observer. Notre pouvoir est véritablement cela: nous pouvons "regarder" ce qui nous habite comme un roi observerait un sujet de son royaume.

Un bon roi écoute ses sujets, entends les doléances et essaie de prendre des décisions pour le bien de tous. Ainsi peut advenir l'unité en soi.

Dans le conte de Vassilissa, la poupée offre à la jeune fille un secret pour parvenir à exécuter les ordres de Baba Yaga (qui au centre de la psyché, de la nuit intérieure donc de l'inconscient, sait bien qu'il faut faire le ménage pour y voir plus clair!); elle lui propose quelque chose d'extrêmement simple: manger puis dormir.
La poupée enseigne là que bien nourrir sa psyché permet aussi de bien dormir c'est à dire de "bien rêver".
Le rêve nocturne est véritablement une clé donnée par le conte qui permet d'explorer sa nuit intérieure et d'en rallumer le feu.  J'en fait personnellement l'expérience actuellement...

Il suffit de dormir, c'est à dire aussi de s'abandonner à sa poupée. En tant qu'intuition, cette voix intérieure est bien plus efficace dans un total lâcher-prise (et confiance) que dans une recherche de contrôle par le mental ou la logique. La raison est un fruit de l'harmonie mais ne peut en être les racines. L'harmonie fleurit dans le coeur même de l'être où règne un ordre bien supérieur au raisonnement cartésien qui ne maîtrise en rien ce qui est caché aux yeux du mental: l'énergie créatrice contenue en toute chose.

L'univers est maintenu dans une harmonie parfaite. La force qui régit les choses "sait" comment faire pour faire régner l’ordre pour le bien de tous. Nous abandonner à cette ordre (ou Tao) nous permet de laisser les énergies reprendre leur juste place et ainsi d'éviter les inondations et autres tsunamis...



* Extrait du conte la belle Vassilissa selon Clarissa Pinkola Estés dans Femmes qui courent avec les loups.

lundi 6 février 2012

Naviguer dans l'obscurité (avec sa poupée)

Dessin personnel au crayon

Elle s'en fut donc. Les bois s'assombrissaient et sous ses pieds des brindilles craquaient, ce qui la remplissait de terreur. Elle plongea la main dans la poche de son tablier et trouva la poupée que lui avait donné sa mère sur son lit de mort. Vassilissa tapota la poupée dans la poche. "Rien que de toucher cette poupée, je me sens mieux", se dit-elle.

A chaque bifurcation du chemin, Vassilissa mettait la main dans sa poche et consultait la poupée.

- Dois-je aller à gauche ou dois-je aller à droite?

La poupée indiquait:"Oui" ou "Non" ou bien "Par ici" ou encore "Par là". Vassilissa lui donna un peu de son pain et se laissa guider par ce qui émanait d'elle.*

Nous remarquons dans ce conte que le rôle de la poupée intervient lorsque Vassilissa a définitivement renoncé à la mère (bonne ou mauvaise) extérieure c'est à dire cette mère fabriquée comme un fétiche au passé rapiécé, tissus de douleurs ou joies anciennes, transmises de génération en génération comme un rappel de toutes les Vassilissa précédentes dans l'histoire familiale. 

Cette poupée est tout ce qui reste sans doute de l'Être originel, minuscule part de soi qu'on trouve un jour, "par hasard" au fond de sa poche, secrètement glissé de mères en filles jusqu'à la délivrance. A moins que sa réapparition survienne justement lorsque nous sommes arrivés à maturation. La terre intérieure a été préparée, labourée par les illusions et les douleurs vives, et il est temps de revenir à soi. La poupée est comme un germe qui naît en soi, un rappel ancien qu'on a du mal à cerner au départ, mais qui nous relie à la sagesse intérieure (Baba Yaga) et ce feu rayonnant qu'elle garde. A son écoute, étrangement, après avoir traversé tant d’épreuves et de défaites amères, on est parfaitement prêt à sentir tout au fond de soi cette sécurité et confiance innée que procure cette petite voix.

Dans la version de Pinkola Estés, il n'y a aucune intervention de la poupée lorsque Vassilissa est tourmentée par sa belle-mère et ses demi-soeurs. Ce n'est que lorsque cette étape est franchie (l'étape de la prise de conscience que les anciens schémas ne fonctionnent plus induisant ainsi de fortes souffrances), lorsque Vassilissa accepte de s'aventurer dans la forêt noire pour retrouver sa flamme intérieure (renoncer ainsi à la chercher à l'extérieur...), que la poupée offre tout naturellement son aide.

Laisser mourir la trop bonne mère provoque une une mort intérieure qui met l'être à nu et laisse remonter les ombres longtemps refoulées (la marâtre). C'est une période délicate car nous sommes soudain désarmés face à la vie,  sans aucun recours possible aux anciens schémas qui ne peuvent plus faire rempart contre les assauts de l'inconscient.
Mais il faut sans doute passer par là pour réaliser à quel point il faut inverser la vapeur et orienter ses énergies vers la découverte de soi. C'est à ce moment délicat par exemple, que nous nous apercevons vraiment combien nous reproduisons toujours les même schémas relationnels, combien nous nous attachons aux même type de partenaires, ou combien nous sabotons sans cesse le moindre élan de notre coeur comme si une part de nous refusait catégoriquement à "réussir" quoique ce soit. 
Comme si une part de nous se sentait "étrangère" à cette vie que nous peinons tant à maîtriser.

Cette part nous semble alors bien cruelle; au moins aussi cruelle que la marâtre et ses filles. 

Et nous "dansons" avec elle une danse macabre qui nous entraîne vers une mort certaine (l'extinction du feu) de cette énergie vitale (ou selon Jung libido) indispensable à toute vie. Nous nous retrouvons alors comme aux prise avec un sortilège ancien, une malédiction ancestrale, à vivre comme un mort vivant, méconnaissable, étranger à nous même... 

Il y a toujours un très mauvais rôle à tenir dans les contes comme dans la vie. On ne peut jamais être totalement "bon" comme parfois de façon infantile on aimerait être. Nos idéaux de perfections font souvent références à des clichés "extérieurs" insufflés par le milieu social, la famille ou une approche religieuse mal comprise. Ils sont vains et irréalisables voire destructeurs. S'y référer continuellement dans le but inavoué d'être aimé plus qu'on estime l'avoir été, dans une soif inextinguible de reconnaissance, conduit à une mort inévitable. A force de conduire à l'aveuglette, on fonce droit dans le mur...

Ce mauvais rôle tenu ici par la marâtre et ses filles est pourtant indispensable à l’initiation de Vassilissa; sans elles, la jeune fille ne trouverait pas la force (du désespoir) de s'aventurer dans ses nuits intérieures (affronter Lilith, ce féminin refoulé...). C'est souvent une souffrance aigüe provoqué par un choc qui nous pousse à aller au-delà de nos peurs les plus archaïques et d'avancer là où on n'est jamais allé.

C'est une étape délicate car la forêt n'est pas sans dangers et la mort nous guette dans l'obscurité. Il faut agir là avec précaution et humilité. S'armer de patience car nous pénétrons là dans un lieu où l'espace-temps n'est plus celui du mental... Imaginez la puissance et l'infinie potentiel d'un inconscient retenant ses énergies refoulés depuis la nuit (Lilith) des temps. Cette force qui maintient à la fois la vie, les cycles qui régissent l'univers et les êtres, et  à la fois la mort ou transformation perpétuelle des énergies...car ne l'oublions pas rien n'est détruit mais tout se transforme...

Comment pouvons-nous affronter cela sans sagesse? 

Survient alors la naissance (ou la renaissance puisque la poupée est transmise comme un cadeau par la mère) de cette part minuscule de la psyché. Minuscule mais semble-t-il, essentielle. La poupée est la voix de Baba-Yaga (de la Grand-Mère sage) qui a germé en nous et va nous conduire à accomplir l'oeuvre alchimique avec toutes les précautions que cela implique. C'est elle qui va nous guider dans ce cheminement, qui va nous permettre de naviguer dans l'obscurité...

*Extrait du conte la belle Vassilissa selon C.Pinkola Estés

lundi 30 janvier 2012

Huit ans...


Sa femme mourut alors que la petite avait huit ans...

(extrait du conte la Belle Vassilissa)

"A l'instar du Yi King, oracle chinois, le Tarot est aussi un livre des transformations. Or se transformer c'est devenir soi-même. Faire de son identité au-delà de sa personnalité. Le nombre 8 est le nombre des transformations et il évoque souvent un passage par une mort initiatique. L'arcane VIII, la Justice, est une des lames qui illustrent le mieux ce thème. "(Georges Colleuil - Tarot l'Enchanteur)

Baba Yaga est présente sous diverses formes dans ce conte. Dès le départ, elle apparaît sous la forme de ce huit. Chez les égyptiens la justice était représentée par la déesse Maât ou chez les grecs la déesse Thémis, épouse de Zeus:

Grasset

"Il existait, jadis, près d'Eleusis, haut lieu initiatique de la planète, un puits consacré à Thémis. Les femmes soupçonnées d'adultère devaient s'en approcher avec inscrit en elles le serment de leur fidélité, et poser leurs mains sur la margelle du puits. Si la réalité n'était pas conforme à ce qui était inscrit, alors, telle une furie, Thémis sortait du puits et les entraînait avec elle vers l'abominable gouffre."(Georges Colleuil - Tarot l'Enchanteur) Voir les réserves de la Licorne dans les commentaires de cet article au sujet de cet extrait.

Cette forme de justice peut sembler à première vue bien cruelle, tout comme le personnage de Baba Yaga qui, selon la légende aimait se repaître de chairs d'enfants. Mais si nous intériorisons ces archétypes, nous nous rendons compte que cette balance de la justice existe belle et bien en nous. 

Si nous pouvons aisément mentir ou cacher nos secrets au monde extérieur, nous ne pouvons le faire aux yeux de la conscience. Tout ce que nous faisons, pensons, ressentons est enregistré en nous. Parfois cela reste inscrit dans la mémoire; mais quand ce qui survient ne nous plait pas, ou ne correspond pas à ce que nous aimerions être  (au moi artificiel ou ego), nous engloutissons cela dans l'inconscient comme Baba Yaga l'ogresse engloutit les nourrissons. Nous envoyons la vérité se perdre dans les méandres de la forêt...  Et voila qu'une part de nous-même devient dans ces sous-bois inextricables une ombre omniprésente.

Et nous voila à vivre, à partir de miettes de nous-même qui, à l'instar du petit Poucet seront les seuls repères pour retrouver le chemin du retour.

L'épée de la justice représentée sur l'arcane nous renvoie aux paroles du Christ: 

Je ne suis pas venu ici pour apporter la paix, mais l'épée, l'épée à double tranchant.

Saint-Michel Pesant les âmes
Parole qui pourrait sembler énigmatique mais qui rejoint bien notre cheminement initiatique entrepris à travers le conte de la belle Vassilissa. Quitter "la trop bonne mère" c'est à dire quitter cette paix factice de l'homme inconscient, ignorant de son potentiel et des forces antagonistes qui l'habitent. Puis laisser l'épée pourfendre les ténèbres intérieures, l'épée de la conscience lumineuse. Ce double tranchant étant sans doute sur les forces équilibrées du Tao, le Yin et le yang, la dualité unifiée dans la verticalité de la lame. L'épée n'est pas là une arme destructrice mais plutôt une arme guérisseuse, un moyen d'ouverture à soi-même et donc au monde.

"L'épée de la Justice est aussi l'épée qui sacre et adoube le chevalier: au nom de saint Michel et au nom de saint George. Saint Michel l'archange exprime la notion de justice à un très haut niveau de signification. Son nom, Michael, quasiment l'anagramme d'alchimie, lui confère ses lettres de noblesse. En hébreu, il se traduit par: "Qui est comme Dieu?" Question sans appel qui retentit avec force et place l'homme face à sa condition.(...)

Saint Michel terrasse le dragon, c'est à dire le scorpion. Nous jouons ici sur une gamme de symboles porteurs du même sens, même si nous devons les comprendre à un niveau vibratoire différent. Scorpion, Dragon, Serpent à plumes, Kundalini, Vouivre, etc.

Cette allégorie représente le combat de l'homme contre ses instincts, émotions, pulsions libidinales et toutes ces énergies primordiales, bouillonnantes aussi bien dans l'homme que sur la Terre (pensons au tellurisme) et au sein desquelles l'introduction de "l’Épée de conscience" permettra la transformation et la sublimation de l’énergie ancestrale (Note personnelle: énergie archaïque de Baba Yaga , figure sans doute de la Mère Sauvage) en énergie spirituelle."(Georges Colleuil - Tarot l'Enchanteur)


vendredi 27 janvier 2012

Permettre à la bonne mère de mourir

Généalogie d'une sorcière - Benjamin Lacombe


Il était une fois un marchand. En douze ans de mariage, il n'eut qu'une fille, Vassilissa la-très-belle. Sa femme mourut alors que la petite avait huit ans. Sentant approcher sa fin, la mère l'appela, prit une petite poupée cachée sous sa couverture et dit à Vassilissa :

- Écoute mes dernières paroles, obéis à mes dernières volontés. Je te donne cette poupée avec ma bénédiction maternelle ; garde-la, ne la montre à personne. Si quelque mal t'advient, offre à manger à ta poupée et demande-lui conseil. Elle t'aidera dans le malheur.

La femme du marchand embrassa sa fille et mourut... (version trouvée ici)

De nombreux contes commencent ainsi: la mère meurt et laisse l'héroïne orpheline (Blanche-Neige, la belle et la bête, Cendrillon). Mais qui est cette "mère" qui doit mourir? Cette "trop bonne mère" selon l'expression de Pinkola Estés...

Il s'agit sans doute de celle que nous intégrons psychiquement à partir de notre vécu d'enfant, à partir de ce 
L'herbier des fées - Benjamin Lacombe
que nous avons absorbé de notre environnement. Une mère cousue de tout fil, un peu comme cette poupée en tissus que la mère de Vassilissa tient cachée sous ses draps. Une sorte de fétiche protecteur contre toutes nos terreurs enfantines, ombres cachées sous nos lits, loups rôdant dans la nuit noire, cauchemars dont on s'arrache avec peine. Et pourquoi pas contre la peur de vivre, de grandir,  d'affronter le monde extérieur inconnu donc menaçant...

Cette fausse sécurité qu'offre la trop bonne mère  laisse l'être (à l'état symbolique d'enfant) dépendant de ses fantasmes, de ses attaches, à la merci de ses propres illusions. Se fier à cette figure de la psyché est le meilleur moyen de se perdre dans la forêt. 


A fuir de faux dangers, on tombe dans de vrais pièges...

La "trop bonne mère" appelle au confort d'une vie protégé de tout et en particulier du meilleur. L'être qui reste dans les jupes de sa mère psychique, rapiécée à coup de fantasmes et de blessures mal guéries, ne grandit pas. Il stagne à l'étroit dans sa peau de chagrin. Vous avez certainement du en croiser quelques uns, ces enfants immatures dans une peau d'adulte (voire de vieillard) qui ne cessent de radoter sur l'insécurité du monde, passent leur temps à se plaindre ou à ruminer le passé . 

Alice - Benjamin Lacombe
A moins que soi-même, à bien y regarder, on se surprenne aussi à se réfugier dans les bras douillets de cette mère trop trop...


Quand nous renonçons à nos rêves, à nos désirs de changement, de renouveau. Lorsque, trop peureux pour prendre notre envol, nous campons sur nos vieilles habitudes au détriment d'une vie pleinement vécue. 

Renoncer à vivre par peur de mourir, tel est le paradoxe de l'être qui n'a pas coupé le cordon avec sa mère psychique. Pourtant la voie de toute libération commence par là. Accepter l'éventualité de la mort et s'aventurer courageusement dans la sombre forêt peuplée d'ombres. 

Il suffit simplement de le décider, de répondre à l'appel. Les forces intérieures se rassemblent et dévoilent alors des ressources insoupçonnées. La trop bonne mère elle-même, une fois qu'on décide de la quitter, devient petite comme une poupée au fond d'une poche de tablier. Assez petite pour entendre la voix secrète du coeur, cette voix qui guide l'être perdu dans la forêt inextricable...

Cela me rappelle cette phrase de l'évangile selon Matthieu dans laquelle Jésus dit:

Et quiconque aura quitté, en mon Nom, ses frères, ou ses soeurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, ou ses maisons, recevra le centuple, et héritera la vie éternelle. 

ou bien dans l'évangile de Luc:

Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses soeurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple.

Jésus ne semble pas là évoquer les parents réels; cela serait en totale contradiction avec son message
Alice -Benjamin Lacombe
d'amour et d'ouverture à l'autre. 

Peut-on au fond "connaître" ses parents autrement qu'à travers sa propre conscience? Et l'idée que l'on se fait de sa mère ou de son père peut-elle correspondre à la réalité pure ou bien est-elle forcément déformée par divers ressentis, pensées ou élucubrations mentales? 

Jésus invite là à se détacher des parents psychiques (de cette illusion fabriquée), intégrés inconsciemment et derrière lesquels on se cache au commencement de sa vie par peur de sauter du nid. Combien d'actes faisons-nous, de partenaires choisissons-nous, à partir de ces figures intériorisées en dehors de toute conscience (et donc de toute maîtrise)?

Combien d'entre nous se retrouvent soudain à l'âge de la maturité enfermés dans une vie qu'ils n'ont nullement choisi en toute conscience? Mais alors, qui a choisi pour eux?

La voie du Christ comme celle des contes est une voie de libération. Le libre-arbitre est inaccessible à un être immature ballotté par ses propres fantasmes. Avant de pouvoir choisir, il faut briser ses chaînes intérieures et pour cela, d'abord permettre à la bonne mère de mourir...



jeudi 26 janvier 2012

A la rencontre de Baba Yaga



"- Petite idiote! Tu vois bien que nous n'avons plus de feu. Et je ne peux aller dans les bois parce que je suis vieille. Quant à mes filles, elles ne le peuvent pas non plus parce qu'elles ont peur. Tu es donc la seul à être capable d'aller dans la forêt trouver Baba Yaga et lui demander de la braise afin que notre feu puisse repartir.

- Très bien, répondit innocemment Vassilissa, c'est ce que je vais faire."

Dans son fameux ouvrage: Femmes qui courent avec les loups, Clarissa Pinkola Estés donne une version du conte de La belle Vassilissa. Ce conte purement initiatique donne des clés précieuses pour l'âme qui entreprend la traversée de l'inconscient (la forêt noire). Selon l'auteure, cette traversée se déroule en plusieurs étapes:

  • Permettre à la trop-bonne mère de mourir
  • Mettre à nu l'ombre brute
  • Naviguer dans l'obscurité
  • Faire face à la vieille sorcière sauvage (Lo que Sabe...Celle qui sait)
  • Servir le non-rationnel
  • Séparer ceci de cela
  • Interroger les mystères
  • Se tenir à quatre pattes
  • Reprojeter l'ombre

....


mardi 24 janvier 2012

Os de mes os, chair de ma chair

Photo trouvée ici

L'Homme sera vérifié jusqu'à ce que sa base soit solide. (...) Et l'os, cette partie la plus solidifiée du corps, porte plus que tout autre la conscience du Moi.

Le mot Etsem; l'os, veut dire la "substance", l'"essence". Il se décline pour rendre compte de "moi-même, toi-même, soi-même...", que l'on peut lire: "mon os, ton os, son os...", ce qui appartient à chacun dans le plus intime.

Il est l'hypostasis grec, la "Personne" en tant qu'elle est unique, "icône divine" créée dans le "son" du Verbe, dans la résonance de son NOM.

Lorsque Adam, conduit par Dieu dans ses profondeurs, est mis face à face avec lui-même, avec son "côté ombre" afin qu'il prenne conscience de son inaccompli et des épousailles qu'il doit maintenant accomplir, Adam contemplant son féminin s'écrie:

"Voici celle qui est os de mes os et chair de ma chair" (Genèse, II, 23). 

Et nous pourrions traduire:"Voici celle qui est essence de mon essence..."

Le symbolisme du corps humain, Annick de Souzenelle

lundi 23 janvier 2012

Naître en profondeur


 Lorsqu'on éclaire au maximum l'obscurité de la psyché, les ombres n'en paraissent que plus noires là où la lumière ne porte pas. C'est un des points les moins discutés du processus d'individuation. Il en résulte que lorsque nous illuminons une partie de la psyché, nous devons affronter une obscurité encore plus profonde. Il ne faut pas ignorer cette part obscure. La clef, les questions ne doivent être ni cachées, ni oubliées. Il faut poser les questions. Et trouver la réponse.

Le travail le plus profond est aussi le plus obscur. Toute femme courageuse, toute femme en train de devenir sage va aménager les territoires les plus pauvres du psychisme, car si elle ne construit que sur les meilleurs terrains de la psyché, elle aura vue sur ce qu'elle a de moins bien. Ne craignons donc pas d'explorer ce que nous avons de pire. Le pouvoir de l'âme en sortira renforcé, grâce aux nouvelles perspectives, aux nouvelles opportunités qui permettront une vision neuve de notre vie, de notre soi.

C'est dans ce domaine de l'aménagement psychique du territoire que la femme Sauvage brille. Elle n'a pas peur du noir: elle voit dans l'obscurité. Ni les immondices, ni les détritus, ni la pourriture, la puanteur, le sang, ni les ossements, ni les jeunes filles agonisantes ou les époux assassins ne lui font peur. Elle peut en supporter la vue, l'accepter, apporter son aide.

Femmes qui courent avec les loups - Clarissa Pinkola Estés



dimanche 22 janvier 2012

Une compagne familière


Illustration de Brian Froud

"L'ombre féminine n'apparaît que rarement dans les contes de fées parce que les femmes ne sont généralement pas très éloignées de leur ombre; la nature et l'instinct sont chez elles plus proche que chez les hommes. Une faille de cet ordre chez une femme est habituellement le fait de l'animus. La psyché féminine montre une tendance pendulaire à osciller entre le moi et l'ombre, comme la lune évolue de "nouvelle" à "pleine" et redevient croissant." (L'interprétation des contes de fées - Marie-Louise Von Franz)


L'ombre a émergé alors que je sortais de l'enfance. Je l'ai vraiment sentie lors de la première menstruation. Je me souviens surtout de cette odeur nouvelle, inconnue, ce sang qui ne venait pas d'une blessure et qui pourtant, annonçait la mort de quelque chose. La mort de la fillette solaire et la naissance d'une adolescente désenchantée, submergée par l'ombre vorace et refoulée de toute une lignée de femmes. 
Elle est venue avec l'attrait du noir, des poètes maudits et des contes macabres d'Edgar Allan Poe. 

Le monde sembla tout entier recouvert par l'ombre. Il devint menaçant, lourd d'angoisses, peuplé de spectres et chaque matin était un nouveau défi à relever. Vivre en portant le deuil de soi. Sans personne à qui parler. L'ombre faisait trop peur à mes parents pour qu'ils veuillent bien l'entendre. 

Ils sentaient bien que j'étais happée par cette force puissante, mortifère, mais la seule réaction était l'indifférence ou le dénie. Je me souviens précisément de cet exemplaire des Fleurs du mal que ma mère, dans un accès de rage, balança à la poubelle et du sentiment effroyable qui m'envahit alors. L'écriture me servit d'exutoire dès l'âge de treize ans permettant à ce monde pleins de ténèbres qui m'habitait de trouver sa place dans ma conscience. 

L'ombre devint alors une compagne familière; je dirai même qu'elle joua dans ma vie un rôle initiatique et que, jusqu'à ce jour, elle veille sans ciller.



vendredi 20 janvier 2012

L'ombre


 Carl Gustav Jung pensait qu'au bout de la pénible exploration de notre inconscient se trouvait la découverte du soi, notre lumière intérieure, la part de sagesse divine enfouie au plus profond de nous-mêmes. Mais le psychiatre suisse affirmait qu'avant d'arriver à cette lumière, l'explorateur devait d'abord rencontrer un personnage qu'il a appelé l'ombre. 


L'ombre peut être définie comme notre double inversé, celui ou celle que nous aurions pu être, mais que nous ne sommes pas. C'est notre face obscure, elle contient l'ensemble des traits de caractère qui n'ont pas pu se développer dans notre personnalité. Elle symbolise en quelque sorte notre frère jumeau opposé qui est caché dans les profondeurs de notre inconscient. 



L'ombre est cette part de nous-mêmes que nous nous refusons, a priori de voir, en nous-mêmes. Elle peut être pour celui qui s'y intéresse une source importante de développement personnel. Elle est issue du résultat d'un ensemble de possibles qui étaient offerts au sujet:
«  Ce sont toutes les possibilités du sujet, ce qu'il aurait pu choisir ou être mais qu'il n'a pas vécu jusqu'à présent. Ces potentialités font partie des aspects personnels (qualités et attributs propres à la personne) et collectifs (les possibilités humaines de développement) de la psyché.» (C-G Jung)
Prendre conscience que tous nos « ennemis » sont pour la plupart que des points de vue intellectuels que l'on donne sur ce que nous sommes (même si ce n'est que potentiellement) mobilise énormément le système psychique pour « rien » et surtout « le disperse ». La réalisation de cela, c'est-à-dire en premier une compréhension et la réalisation d'une perte énorme (perte de temps, et d'énergie que nous avons eue) et surtout que nous avons (tant que nous n'arrivons pas à nous recentrer sur nous-mêmes, et lâcher notre « pseudo-guerre »), et nos pseudos ennemis, pour aller de l'avant. En cela la réalisation de cet état puis sa conscientisation et sa mentalisation libératrice (si elle est faite seule) est dangereuse :
«  Cette extrême dispersion du psychisme montre que de nombreuses prises de conscience sont nécessaires avant que l'ombre n'apparaisse au conscient. […] La prise de conscience de l'ombre développe d'abord une série d'effets qui sont tous de l'ordre de la perte. En cela, elle est dangereuse. » (C-G Jung)

Extraits choisis de l'article sur l'ombre sur wikipedia  qui font suite aux commentaires de "sois un lotus" et du lundi 9 janvier ainsi qu'à ceux du rêve publié ici.