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lundi 11 juin 2012


Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir. (C.Bobin)

Pour celle qui me tient la main malgré tout...

mercredi 11 avril 2012

Le ciel de Dante



Le début du Paradis est grave, il n'annonce pas comme celui du Purgatoire une jouissance vive ou un élan de l'âme; mais le recueillement et la contemplation. 
La gloire de celui qui meut ce grand tout pénètre l'univers et brille dans une partie plus que dans l'autre. 
Or c'est dans le ciel que se réunit le plus de sa splendeur; j'y montai et je vis des choses que l'on ne saurait plus redire quand on est descendu ici-bas; car en approchant de l'objet de son désir, notre intelligence s'enfonce dans de telles profondeurs que la mémoire ne peut retourner en arrière.

La divine comédie - Dante

lundi 12 décembre 2011

La pietà de Botticelli

En réponse à cette vidéo publiée chez Tempérance, j'ai envie de crier oui!: "on ne sait rien de l'amour", heureusement. Si on en savait quelque chose, cela signifierait que l'amour peut être contenu dans une pensée, un livre ou même l'espace d'un seul coeur. Alors que rien ne Le contient et qu'Il se donne à tout.

Il n'existe qu'une condition à l'amour: être libre. Mais être libre, ce n'est pas être célibataire, se sentir seul, être dans le besoin. Besoin d'une épaule, d'une écoute, de chaleur, de sexe... Être dans le besoin c'est justement ne pas être libre. Or, pour cueillir l'amour, il faut pouvoir être libre de tout besoin.

Je distingue nettement le besoin du désir. Le désir est la nature véritable de l'être et de la vie; c'est l'élan permanent de l'être envers les autres (et donc lui-même). C'est un force d'expansion qui nous ouvre vers le potentiel infini de chaque instant; c'est le Souffle, le pouvoir de l'être humain qui accède à ses racines célestes...le désir n'a nul besoin d'objet puisqu'il est une expression naturelle de l'Être. La sagesse ne consiste pas à ne rien désirer mais à reconnaître sa nature comme essentiellement désirante. Chercher à combler le désir à partir d'un objet matériel c'est un peu comme chercher à remplir l'océan avec un dé à coudre.

Si le désir est libre et sans condition,  le besoin en revanche est une aliénation. L'être humain contrairement aux règne animal et végétal a les capacités de se libérer de ses besoins. Il  doit grandir en distinguant bien le besoin nécessaire à la survie du corps et le désir qui est sa propre nature. Mais nous assistons au contraire dans nos sociétés à une infantilisation de l'être humain, à une confusion malsaine qui consiste à utiliser notre nature désirante à des fins mercantiles et à transformer l'élan naturel du désir en un besoin avilissant. Désirer devient alors source de souffrance puisque la nature même du désir est de ne pas être comblée... Mais qui peut régner sur des hommes libres?...

Si la matière se nourrit d'elle-même pour exister qu'en est-il de notre nature désirante?...Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, l'Être ne se nourrit de Lui-même. Cependant, si l’Esprit donne vie à la matière  (ou si l’esprit se « fait » chair), on ne peut combler le Désir de l'être à partir de choses matérielles. Pour reprendre une expression de Jésus dans l’Évangile de Matthieu (XXII,21):

Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. (Matthieu, XXII,21).
Jésus en affirmant ceci ne cherche nullement (interprétation lue récemment dans un article du Monde des religions intitulé "Jésus laïcise Dieu"...) à séparer l'état du religieux car Dieu est Tout, Il ne peut être séparé de quoique ce soit.

César représente ici la matière, et Dieu l'Esprit, le Souffle (Esprit=Pneuma) à l'origine de toute chose manifestée. Jésus montre bien ici que les deux principes ne peuvent être confondus non pas parce qu'ils sont séparables mais parce que l'un (César) dépend de l'autre (Dieu). L'un est forcément inférieur à l'autre, non pas sur une échelle de valeur mais à travers une échelle de principe.

D'ailleurs le premier mot hébreu de la Génèse Bereshit, traduit en français par "au commencement" signifierait plutôt: "au principe"...ce qui évacue soudainement tout idée de temporalité mais replace l'Esprit ou Pneuma     à la racine "permanente"de tout ce qui est.


dimanche 4 décembre 2011

Pèlerinage à la Sainte V



Je ne possède rien. Je suis l'air du voyage.

On n'arrête pas de marcher sous les branches, ne voir que l'envers des feuilles. Mais un chant vous dit de poursuivre, un chant juste vous forçant d'avancer.

Plus on est fragile, plus on est protégé.
Résistance de l'homme au cheminement de la grâce. Une même main éprouve, jusqu'à la brisure, jusqu'à la mort - mais non l'anéantissement - , et maintient vigilance et bénédiction. Pesant d'or.

C'est au plus profond de la détresse que le secours arrive; tout au bout du voyage que la lumière paraît: ainsi du sacrifice d'Isaac.
On est toujours sauvé in extremis.
La cadence des dieux trahit le tombeau diurne.



Ne pas lutter. Laisser aller. Laisser se faire...
L'arbre qui "perd" ses feuilles ne cherche pas à les retenir. Il sait ou il espère. L'arbre ne perd que les choses vieilles, usées, passées. L'arbre vit pour demain, et la germination des autres jours.





L'amour est subversif, comme la foi, comme la poésie, avec lesquelles il se confond. 

L'amour est scandale, folie suprême, insolence tenues (comme on tient ses promesses).

(...)

J'ai tant aimé déjà que je ne sais me reconnaître. J'ai tant aimé, que ce soir je me demande encore où renaître.



Extrait d'Un amour infini de Jacqueline Kelen

vendredi 23 septembre 2011

Ces mots-dits...






Le verbe est un récif
Où je me suis brisée
Maintes fois
Je ne me souviens plus
Mais la brisure est là




Cette peau dévêtue
Ce manteau de chagrin
Comme une nuit
Usée qu’on referme au matin


Après avoir mordu
Le fruit amer
D’un amour sans écho


Ces mots germés


Au terreau des silences
Aux ruisseaux de nos larmes
Au soleil de nos croix




Ces mots


Dont le feuillage
Abrite des oiseaux
Aux ramures du songe
Et qui prennent racine
Au marbre des tombeaux




Tous ces mots


Hémophiles


Qui font serrer les dents
Et nous laissent sans voix




 Tu es si près de moi
         si près
   pourquoi parler
 alors qu'il me suffit
      de rentrer 

        en moi

   pour te trouver

           ?
           .
           .
           .
           .
           .

mardi 20 septembre 2011

***






Quand je l'ai vu
Quand je l'ai vu
pour la première fois
j'avais les yeux fermés
je n'étais pas encore née
il y avait du soleil
derrière moi
plein la rue
mon coeur sur le seuil
attendait comme un chien


Quand je l'ai vu
je n'ai rien vu
j'étais comme l'enfant
en train de naître
fermée comme un bourgeon


Il m'a tendu la main
et je l'ai attrapée
comme un enfant
qui ne sait pas nager


Il voyait
et je ne voyais rien
mon coeur attendait 
dans le soleil
sur le pas de la porte
mais il tenait ma main
bien serrée
sans pouvoir me la rendre
tout aveuglée
que j'étais
d'être si bien tenue
d'être si bien portée


et ses mots faisaient claquer leurs ailes
jusqu'aux plus hautes branches


Dans sa coupe
j'ai versé tout le vin
jusqu'à la lie


un vin noir
comme ses yeux
qui enivre
et me tient
comme sa main...






Illustration: Ensisheim, lieu-dit " Les Octrois " : sépulture 
néolithique en position repliée Néolithique ancien (Rubané)(© Fouilles et photo Ch. Jeunesse,
Service Régional de l'Archéologie d'Alsace)

samedi 3 septembre 2011

L'enchanteur







Mon grand-père comme je l'ai déjà décrit a passé toute sa vie à refouler son féminin intérieur. Il a lui-même souffert d'un père despotique qui a su très tôt briser tout élan de reconquête de soi.

Il a repris ce flambeau de mâle-et-fils et passa une grande partie de sa vie à faire tout ce qu'il n'aimait pas.

Par exemple, endosser le rôle du "père sévère", du verbe "persévérer".
Persévérer à étouffer tout élan de réconciliation avec ce féminin brisé, brimé et pourtant flamboyant qu'il portait en lui-même sans le savoir. Ce féminin qui s'ouvrait doucement lorsqu'il lisait Victor Hugo, qu'il faisait des claquettes sur le trottoir pour me faire rire ou qu'il chantait de vieilles chansons de Tino Rossi...

Sa cadette (ma mère) représentait sans doute tout ce qu'il avait refoulé toute sa vie: une âme d'artiste. Elle symbolisait dans son aspect même de fillette pâle et menue ce féminin de l'âme affamé qu'il passait son temps à corriger. Mais on ne corrige pas ce qui est déjà parfait. C'est un travail sans fin, voué à l'échec.
Il a donc fallu tuer ce féminin en elle comme en lui-même; lui démontrer que dans le monde, les artistes, les rêveurs, les peintres n'ont pas leur place. Qu'il valait mieux travailler dans le service public.

Comme lui, qui aimait tant la poésie, s'était trouvé enfermé dans un bureau jusqu'à la retraite à faire le décompte des salaires des dockers...
Lui qui aimait tant marcher dans la ville sans but, traverser le port en ferry-boat, en me tenant la main...

Tous ces hommes ascendants que je porte jusqu'à la racine. Un arbre de pères-sévères et de femmes stériles.

Les femmes pour ces hommes-là restent un objet de fascination, quelque chose d’inaccessible qu'ils croient pouvoir domestiquer. Ils ne vivent que par elles mais l'ignorent. Et se croient libres.

Je suis née de cet homme.
Il m'a appris à lire en un été, bien avant l'âge. Les livres, tous les livres portent en quelque sorte son empreinte. Tous les matins, pendant presque huit ans, il a porté mon cartable jusqu'à l'école. Je me souviens de la force de son étreinte quand il me serrait contre lui. Une force d'homme qui vous brise d'amour.
Une force d'aimer que j'ai cherché chez tous les hommes après lui. Forcément. On ne peut rester dans un monde vide de cet amour-là.

Il a vénéré ce féminin en  moi sans le savoir, l'a cajolé, bercé, défendu. Il est l'enchanteur qui a révélé la fée. Ou l'alchimiste... 

Il est parti bien avant que j'ai pu prendre conscience de son importance dans ma vie, de sa place centrale, vitale. J'ai du mourir avec lui. A peine sortie de l'enfance, j'ai du traverser la nuit interminable, le pourquoi sans réponse; il faut apprendre à marcher seul pour comprendre la beauté du chemin. Comme il faut avoir jeûné pour vraiment goûter un simple morceau de pain... Il y a un poème à  ce sujet qui me vient d'ailleurs:

On apprend l'eau - par la soif
La terre - par les mers qu'on passe
L'exaltation - par l'angoisse -
La paix - en comptant les batailles
L'amour - par une image qu'on garde
Et les oiseaux - par la neige

Emily Dickinson

Enfant, j'avais si peur des chiens que lorsque j'en voyais un, je grimpais littéralement sur mon grand-père. Il était grand et une fois perchée dans ses bras, je me sentais en sécurité. C'est cela la base de l'amour. Savoir que rien ne peut nous arriver tant qu'on y est blotti...

Je n'ai pas eu de père, à peine une mère, mais j'ai eu un sacré Grand père...



Illustration: Photo de mon grand-père maternel (au milieu...) prise le 22 décembre 1958

mercredi 18 mai 2011

Rituel



Je prends mon café tous les matins dans la même tasse.


Une tasse en porcelaine ébréché. J'en ai une autre sans défaut, d'un beau rouge, mais je préfère celle-ci. C'est ce défaut qui me plait. Cette brisure sur le rebord.

C'est devenu un rituel.
Je ne buvais jamais de café avant. Mais depuis deux ans, j'accomplis ce rituel debout dans la cuisine, face à la fenêtre. Chaque matin.
Voila deux ans, que je ne te vois plus...C'est toi qui m'a donné cette habitude de boire un café sans sucre, bien amer, le matin. Et ce que tu m'as donné, je l'ai pris sans condition. Follement. Voila deux ans que je peux seulement entendre ta voix, de loin, au téléphone, quand j'ai le courage de t'appeler. Ce n'est rien, pas grand-chose. Mais ça suffit. C'est assez douloureux. 
Tu voudrais que j'appelle plus souvent. Mais tous ces mots, tous ces mots que je ne dis pas m'étouffent. Je préfère le silence. Je ne suis pas douée pour dire ce que je porte. C'est trop grand pour moi; ça sonne faux quand je m'entends les dire. Tu vois, je préfère l'écrire tout en sachant que tu ne liras pas. Comment peut-on être si loin et si proche à la fois?

Je prends ce café tous les matins. Goûtant toute l'amertume du monde. Délectable amertume. Et cette tasse brisée qui n'en est que plus belle...





vendredi 25 mars 2011

Les multiples de l'Un


Nuage d'étourneaux

L'Un est multiple...Merveille des Merveilles! Pour celui qui voit réellement, je veux dire qui voit de tout son être, qui a dépassé les notions d'intériorités et d'extériorités, deviner l'Un derrière la multitude devient un jeu. Il n'y a pas de domaine qui ne parle de l'Un. Il suffit de rester assez ouvert et entendant pour percevoir le chant de l'Un derrière tout ce bruit que fait le monde.

Si le monde était uniforme...uni-forme, il serait l'Un - ce qu'il est bien sûr pour celui qui regarde avec le coeur (et j'évoque là le coeur spirituel)- mais ce que la tradition chrétienne nomme le péché originel fait (les Écritures sont à lire au présent, "dans ma réalité" et non dans un temps passé imaginaire) que l'être humain voit le monde de façon déformée, c'est à dire avec l'illusion que ce monde et tous les éléments qui le composent, lui sont étrangers, sont séparés de lui. Le monde devient alors diabolique (voir la racine grecque du mot diable: διάβολος (diábolos) issu du verbe διαβάλλω « diabállô » qui signifie calomniateur c'est à dire "le menteur"- source Wikipedia).

Le monde devient alors mensonge car l'on fait la séparation entre ce que l'on voit et ce que l'on est. Or, ce qui est est ce que je suis. Si l'on veut établir une frontière entre le monde et soi (c'est à dire le monde que je perçois puisque c'est le seul existant pour moi), il semble difficile voire impossible de le faire car je perçois le monde essentiellement de l'intérieur. Je perçois le monde à travers ces organes, à travers ce cerveau, à travers cette conscience que Cela-est. Si je meurs, le monde meurt aussi en quelque sorte puisque je ne le perçois plus.

Or si je veux me définir, je peux dire je suis Ce qui perçoit ou Celui qui est, même si Celui désigne quelque chose d'impossible à définir. Je suis cet écran sur lequel défile les choses diverses et changeantes, cet écran traversé de pensées, d'émotions, cet écran comme perché en haut d'un corps mais qui est aussi ce corps. Je suis Cela qui est donc TOUT ce qui défile sur cet écran. Lorsque cela s'apaise, que l'écran se vide que reste-t-il? Pas même rien. Il reste...

Débarrassez-vous de vos 
opinions, préjugés et théories,
jusqu'à ce qu'il n'en reste rien.
Ensuite, débarrassez-vous de ce rien.
Mille chemins vers le zen - Robert Allen

Tout cela pour vous dire qu'il est fréquent de trouver des signes de l'Un en des endroits incongrus, là où vraiment on ne l'attendait pas. Cela peut être une enseigne de magasin, une publicité, un livre trouvé par hasard (.le hasard étant la science des ignorants, je ne sais plus qui a dit ça!), une rencontre durant laquelle soudain la conversation s'ouvre sur une véritable communion etc...

Lorsqu'on découvre cela, le monde devient comme un fruit mûr qu'on ouvre en deux. La dualité qui nous faisait vivre dans l'amertume devient la pulpe sucrée dans laquelle on goûte le noyau de l'être.La dualité devient un jeu auquel on ne croit plus. On comprend alors qu'il s'agit d'une partie de cache-cache avec l'Un dissimulé à la racine de soi. On déguste le monde (qui est soi ne l'oublions pas) avec une gratitude infini. C'est pourquoi le discours qui veut que l'on doit s'aimer d'abord pour aimer le monde, veut simplement signifier que le monde et moi sommes une seule et même chose. 

Aimer est un état avant même d'être un acte et, en temps qu'état, il n'a nul besoin d'objet.

Lorsque le regard s'ouvre sur le monde, lorsqu'on regarde le multiple à partir de l'Un, on découvre une capacité infinie d'amour qui peut dépasser toutes les formes existantes. Ces dernières deviennent comme un défi qu'il devient très facile de relever. La moindre fourmi, le moindre atome est une particule de l'Un. Tout ainsi prend la forme unique du sacré. 

Ce que l'on croyait divisé auparavant devient multiplié.

L'Un ne se divise pas; il se multiplie à l'infini et pourtant reste Un. Merveille des merveilles!

Bismillah Clip Art



                                                           1.  Dis: "Il est Dieu, Il est Un
                                                           2.  Dieu de plénitude
                                                           3.  qui n'engendra ni ne fut engendré
                                                           4.  et de qui n'est l'égal pas un.


Al Qur'an - Sourate 112 Al-Ihlas essai de traduction de Jacques Berque
(calligraphie Bismillah - Mohammed Ibrahim)