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lundi 30 janvier 2012

Huit ans...


Sa femme mourut alors que la petite avait huit ans...

(extrait du conte la Belle Vassilissa)

"A l'instar du Yi King, oracle chinois, le Tarot est aussi un livre des transformations. Or se transformer c'est devenir soi-même. Faire de son identité au-delà de sa personnalité. Le nombre 8 est le nombre des transformations et il évoque souvent un passage par une mort initiatique. L'arcane VIII, la Justice, est une des lames qui illustrent le mieux ce thème. "(Georges Colleuil - Tarot l'Enchanteur)

Baba Yaga est présente sous diverses formes dans ce conte. Dès le départ, elle apparaît sous la forme de ce huit. Chez les égyptiens la justice était représentée par la déesse Maât ou chez les grecs la déesse Thémis, épouse de Zeus:

Grasset

"Il existait, jadis, près d'Eleusis, haut lieu initiatique de la planète, un puits consacré à Thémis. Les femmes soupçonnées d'adultère devaient s'en approcher avec inscrit en elles le serment de leur fidélité, et poser leurs mains sur la margelle du puits. Si la réalité n'était pas conforme à ce qui était inscrit, alors, telle une furie, Thémis sortait du puits et les entraînait avec elle vers l'abominable gouffre."(Georges Colleuil - Tarot l'Enchanteur) Voir les réserves de la Licorne dans les commentaires de cet article au sujet de cet extrait.

Cette forme de justice peut sembler à première vue bien cruelle, tout comme le personnage de Baba Yaga qui, selon la légende aimait se repaître de chairs d'enfants. Mais si nous intériorisons ces archétypes, nous nous rendons compte que cette balance de la justice existe belle et bien en nous. 

Si nous pouvons aisément mentir ou cacher nos secrets au monde extérieur, nous ne pouvons le faire aux yeux de la conscience. Tout ce que nous faisons, pensons, ressentons est enregistré en nous. Parfois cela reste inscrit dans la mémoire; mais quand ce qui survient ne nous plait pas, ou ne correspond pas à ce que nous aimerions être  (au moi artificiel ou ego), nous engloutissons cela dans l'inconscient comme Baba Yaga l'ogresse engloutit les nourrissons. Nous envoyons la vérité se perdre dans les méandres de la forêt...  Et voila qu'une part de nous-même devient dans ces sous-bois inextricables une ombre omniprésente.

Et nous voila à vivre, à partir de miettes de nous-même qui, à l'instar du petit Poucet seront les seuls repères pour retrouver le chemin du retour.

L'épée de la justice représentée sur l'arcane nous renvoie aux paroles du Christ: 

Je ne suis pas venu ici pour apporter la paix, mais l'épée, l'épée à double tranchant.

Saint-Michel Pesant les âmes
Parole qui pourrait sembler énigmatique mais qui rejoint bien notre cheminement initiatique entrepris à travers le conte de la belle Vassilissa. Quitter "la trop bonne mère" c'est à dire quitter cette paix factice de l'homme inconscient, ignorant de son potentiel et des forces antagonistes qui l'habitent. Puis laisser l'épée pourfendre les ténèbres intérieures, l'épée de la conscience lumineuse. Ce double tranchant étant sans doute sur les forces équilibrées du Tao, le Yin et le yang, la dualité unifiée dans la verticalité de la lame. L'épée n'est pas là une arme destructrice mais plutôt une arme guérisseuse, un moyen d'ouverture à soi-même et donc au monde.

"L'épée de la Justice est aussi l'épée qui sacre et adoube le chevalier: au nom de saint Michel et au nom de saint George. Saint Michel l'archange exprime la notion de justice à un très haut niveau de signification. Son nom, Michael, quasiment l'anagramme d'alchimie, lui confère ses lettres de noblesse. En hébreu, il se traduit par: "Qui est comme Dieu?" Question sans appel qui retentit avec force et place l'homme face à sa condition.(...)

Saint Michel terrasse le dragon, c'est à dire le scorpion. Nous jouons ici sur une gamme de symboles porteurs du même sens, même si nous devons les comprendre à un niveau vibratoire différent. Scorpion, Dragon, Serpent à plumes, Kundalini, Vouivre, etc.

Cette allégorie représente le combat de l'homme contre ses instincts, émotions, pulsions libidinales et toutes ces énergies primordiales, bouillonnantes aussi bien dans l'homme que sur la Terre (pensons au tellurisme) et au sein desquelles l'introduction de "l’Épée de conscience" permettra la transformation et la sublimation de l’énergie ancestrale (Note personnelle: énergie archaïque de Baba Yaga , figure sans doute de la Mère Sauvage) en énergie spirituelle."(Georges Colleuil - Tarot l'Enchanteur)


dimanche 25 septembre 2011

Yi-King ou le Livre de la Transformation






Tard je t'ai aimée,
beauté si ancienne et si nouvelle.

(St Augustin: Confessions, X, XXVII?)



Quand viennent les douces brises du printemps, la rigidité cesse et ce qui était dispersé dans les glaçons se réunit. Il en va de même de l'esprit du peuple.

 La dureté et l'égoïsme rendent le cœur rigide et cette rigidité le sépare de tout le reste. L'égoïsme et la cupidité isolent les humains. 

C'est pourquoi il faut qu'une émotion religieuse s'empare de leur cœur. 
Il doit se dissoudre, pris d'un frisson sacré devant l'éternité, se sentir saisi d'émoi devant la présence pressentie du créateur commun de tous les êtres, et faire l'expérience de l'unité grâce à la puissance du sentiment de communion éprouvé lors du culte d'adoration rendu à la divinité.


Dans la continuité du rêve du sac noir et à la suite des échanges et commentaires qui en ont découlés, voici un petit détour par le Yi-King ou Livre des Transformations, dont les origines selon Richard Wilhelm (ami de Jung soit dit en passant...), auteur d'une traduction éditée aux éditions Médicis (traduite de l'allemand par Etienne Perrot publiée pour la première fois le 20 décembre 1968), remonteraient à une antiquité mythique (plus de trois mille ans). 

                           
Le plus ancien livre de la Chine en est aussi le plus moderne. Le Yi King offre à l'homme une clé intemporellement neuve pour pénétrer l'énigme de son destin. Il nous entraîne, au-delà de toute théologie comme de tout système philosophique, à un degré de profondeur limpide où l'oeil du coeur contemple l'évidence du vrai. L'unité est le fondement de l'univers. Mais pour être fécond, le T'ai Ki (Le Grand Commencement) doit se sacrifier en se dédoublant, car "à partir de ce qui est parfait, rien ne devient". Le monde ne nous révèle que le jeu de deux forces polaires, le mâle et la femelle, le plus et le moins, leurs épousailles et les dix mille êtres qui en sont les fruits. Le génial créateur des hexagrammes a su ramener cette variété sans limites à un schème mathématique enserrant la création comme un réseau, ou plutôt formant la trame qui la supporte et l'anime. Les soixante-quatre hexagrammes   groupant deux à deux les huit trigrammes obtenus en combinant de toutes les manières possibles les deux énergies primordiales constituent une image complète du monde. On conçoit l'admiration de Leibnitz pour une telle épure.

(...)

Semblable vision requiert plus qu'un entraînement de l'intellect: elle implique une transformation du regard, c'est  à dire de l'être tout entier, car si l'oeil est simple, tout le corps devient lumineux.
Les commentateurs du Yi-King attestent au long des siècles l'existence d'une telle race de "saints sages". Ils affirment que la fréquentation du Livre est un moyen de choix pour apprendre à lire l'ordre de l'univers et, tout en même temps, établir l'harmonie en soi-même. 

Si nous connaissons les lois fixes de l'être et du devenir, rien ne nous surprend, rien ne nous affecte en notre fond le plus intime: nous savons qu'il n'est pas d'acquisition définitive; tout moment est passage, l'apogée contient en germe  le déclin, la défaite prépare la victoire future, la retraite est souvent la meilleure préparation du retour. Ainsi nous nous gardons de nous identifier à l'extrémité heureuse ou malheureuse où le sort nous a portés pour considérer toujours en elle la présence secrète mais déjà en oeuvre du pôle contraire.
Ne cessant de "marcher au milieu" nous sommes à l'abri des surprises du destin. On reconnait ici l'attitude de détachement, de souple abandon dans laquelle tous les enseignements voient le terme de l'homme: perte constante et féconde où l'être possède le tout, paisible non-savoir qui surpasse toute intelligence.
Tel est le secret de sagesse du Yi-King. C'est en cela qu'il a été une source d'infinies méditation pour Lao-Tseu et Confucius. 

(...)

Dès lors il est vain de se demander si le Yi King est un livre sapientiel ou un simple recueil divinatoire. Le sage connaît l'avenir. Non qu'une sorte de film mental lui en projette les images. La réalité est beaucoup plus dépouillée: totalement présent à l'instant où il est placé, il en déchiffre les composantes; il voit les germes dont le moment est gros et oriente ainsi, comme d'instinct, son action.

Un savoir aussi subtil ne peut, on le comprend, s'exprimer en langage conceptuel et logique. La vision du monde qu'il traduit est aux antipodes de celle de l'Occident. Notre science est analytique: elle isole soigneusement le phénomène étudié de son contexte; celle de l'Orient est synthétique: elle apprend à tout embrasser d'un seul coup d'oeil est à lire les rapports.

Dans l'immense symphonie du monde, nous nous appliquons à écouter les différents instruments l'un après l'autre, nous interdisant par là de saisir le sens de la partition. La sage chinois, au contraire, laisse monter à la fois tous les chants, ne négligeant pas la plus humble note de la timbale et du triangle. Chaque être, chaque instant pris dans son intégralité est un visage de Tout,, une facette de l'unité indescriptible. 

"La transformation, dit un commentateur, c'est l'immuable". 

Pour transmettre cette connaissance il n'est d'autre véhicule que l'énigme, expression paradoxale qui rassemble en elle-même les opposés ou, par son absurdité apparente, oblige l'esprit à interrompre son discours linéaire, fait refluer le courant mental et le contraint à traverser des couches plus profondes, plus proches de ce centre indicible où les contraires célèbrent leurs noces éternelles.

(...)

Le vieil adage alchimique est ici à sa place: le Yi King ne se présente-t-il pas comme le premier Traité des transmutations? Et, certes il ne livre pas plus facilement ses secrets qu'un grimoire.

Mais rien ne résiste à la simplicité confiante des coeurs épris de sagesse: "si tu n'as pas de maître, nous est-il dit, approche-toi du Livre comme de tes parents". Et une autre parole plus proche de nous vient faire écho à ce conseil, pour l'éclairer: "si l'un de vos enfants vous réclame du pain, lui donnerez-vous une pierre? Combien plus votre Père Céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent"(Luc XI,11-12).

Extrait de la Préface d'Etienne Perrot du Yi Kin traduit par Richard Wilhelm aux éditions Medicis