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mardi 23 octobre 2012

Réalisation

Source



C’est vrai que Dieu est omniprésent. C’est vrai que Dieu est exactement là où vous êtes. 
 Mais si c’est la vérité que Dieu est omniprésent, alors Dieu devait être présent quand tous nos garçons étaient tués au front ou quand, jadis, les Chrétiens étaient jetés aux lions, ou encore quand, au cours de ces quelques dernières décades, des milliers d’innocents furent massacrés dans des camps de concentration. Dieu, qu’était-Il en train de faire pendant que toutes ces horreurs se déroulaient ? Etait-Il là ? Alors, pourquoi n’apportait-Il aucune aide ? Certainement, Dieu était là, mais Dieu n’est pas une personne et Dieu ne peut baisser les yeux sur vous pour vous dire qu’Il est désolé pour les souffrances que vous êtes en train d’endurer. Dieu est omniprésent dans les hôpitaux, dans les prisons, sur le front des combats. Dieu est omniprésent ! Mais quel bien cela apporte-t-il à qui que ce soit ? Quel bien cela vous apporte-t-il ? Seulement celui-ci : c’est en proportion de votre réalisation consciente de la présence de Dieu que Dieu est disponible en chaque occasion.

Dieu est présent ! Certainement. 

 L’électricité était présente depuis la nuit des temps, même quand les gens utilisaient la graisse de baleine et le pétrole. Mais de quel profit l’électricité était-elle pour eux ? Aucun, parce qu’il n’existait aucune réalisation consciente de la présence de l’électricité.  

L'union consciente - Joël Glodsmith

vendredi 12 octobre 2012

mardi 14 août 2012


A peine sentie
la pensée est déjà morte
comme un papillon
qu'on saisit par les ailes

Laisse voler

cale-toi dans l'Être

Sois
auto-existant

dimanche 27 mai 2012

Le papillon





Un petit garçon observait un papillon qui avait
 de la difficulté à se défaire de son cocon. Il voulut l'aider
en le dégageant. Quelle ne fut pas sa surprise
lorsque, quelques mètres plus loin,
le papillon tomba au sol, mort.
Le père de l'enfant lui expliqua qu'on n'aide pas
le papillon en facilitant sa libération du cocon.
Il doit y parvenir lui-même, ce qui lui permet
de renforcer les muscles de ses ailes 
pour pouvoir voler par la suite.

Johanne Ouimette-la force de s'affranchir




Rêve du 15 février 2012:

"Je suis en compagnie d'un groupe d'amis. Parmi eux se trouve un jeune homme que j'affectionne particulièrement. Il est handicapé c'est à dire qu'il lui manque une jambe. Mais il parvient à marcher sans problème. D'ailleurs, je cherche sa présence, je marche souvent contre lui, passant mon bras sur ses épaules comme si finalement c'est lui qui me soutient.

Nous sommes sur un pont dans une grande vallée entourée de belles montagnes. Il y a une autre homme handicapé mais qui n'a aucune jambes. Mon ami lui donne des conseils; lui dit de ne pas poser ses pieds entre les planches du pont au risque de rester coincer. Il lui raconte une mésaventures et le met en garde.
Puis nous arrivons dans une salle de fête. Mon ami sans hésiter prend un micro et se met à chanter. 

Je l'admire car malgré son handicap, il vit comme il l'entend, parfaitement indépendant. Il chante très bien mais ses chansons ennuient la foule. Les gens se lèvent et sortent peu à peu de la salle. Il ne reste que nous ses amis pour l'écouter. Il se retourne et voit qu'il n'y a plus personne à part nous.

Je rentre chez moi mais ce n'est pas chez moi. Je vis chez une femme, jeune, maigre qui a des enfants. Elle est excédée que je rentre à cette heure alors qu'il n'est pas tard. Elle veut m'expulser. Cela ne semble pas me déranger; même cela m'arrange.

Je vaque sur un port avec de grands voiliers. Il fait beau. Je suis à moitié nue mais cela ne me gêne pas. Je regarde mon bras et mon épaule droite qui sont dorés par le soleil, alors que mon torse est encore blanc.
On m'avertit que ma fille est très malade.

Je cours vers la maison, et je trouve une petite fille adorable. On me dit qu'elle a une "gastro". Je la touche sur la nuque et le dos et je comprends qu'elle n'est pas malade. Elle n'a même pas de fièvre. Elle a juste avalé un petit objet qui la gêne. Je sors le petit jouet qui est une sorte de piano minuscule. 
La petite fille se met alors à pleurer un peu paniquée; je la trouve adorable. Je tente de détourner son attention pour ne plus qu'elle pleure. Elle me demande alors où se trouve la chenille. Je lui montre une feuille (d'arbre) avec un truc marron dessus.

Nous sortons dans le jardin devant la maison. Je laisse l'enfant déposer la feuille dans l'herbe. Le truc marron est en fait une chrysalide qui se déchire un peu à cause de la manipulation de la fillette. On aperçoit un gros ver blanc (comme un ver à soie) à l'intérieur qui remue. Nous le regardons chercher une place pour s'installer dans son cocon.

La petite fille tout à fait calmée me demande ce que va faire la chenille. Nous rentrons dans la maison et je lui dit:

"La chenille se prépare tout l'hiver"...et la petite fille continue en choeur avec moi: "pour devenir un beau papillon au printemps!""



J'ai vécu des années en m'appuyant sur cet homme boiteux, oubliant que j'avais moi-même des jambes. Oubliant que je savais parfaitement marcher. Et courir. Que j'étais libre de m'appuyer solidement sur la plante de mes pieds qui avaient pourtant fait des racines profondes.

Comment ai-je pu croire autant à cette illusion, cette mascarade de l'homme boiteux?

Lui qui m'appelait "ma sirène" à cause de mes longs cheveux, savait si bien chanter pour m'aveugler. Un maître chanteur. 

Ces mots qu'il assénait d'une voix forte, sûre, assourdissante couvraient la voix de celle-que-je-suis. Il a inversé toutes les valeurs que je portais naturellement en moi, dénigrant ce que personne ne pouvait voir et qui pourtant me soutenait chaque jour, me permettant de supporter l'humiliation permanente de ne pas savoir marcher sur mes pieds.

Il a tissé une toile de mensonge autour de moi, paralysant peu à peu ma vie, mes désirs, sans pourtant parvenir à étouffer la joie. La joie comme un secret permanent au fond de moi, recouverte parfois de souffrance, de ces nuages noirs qu'il souffle sur moi pour mieux me garder.
Il a fait de moi sa béquille; et je l'ai porté si longtemps croyant que c'est lui qui me portait. Jusqu'à ce que mon dos se bloque. Jusqu'à ce que je ne puisse plus marcher.
Je vois bien que rien ne le touche, rien ne l'émeut à part sa terreur de ne plus être porté. Et l'amour qu'il chante ne sert qu'à me ferrer.

Il a su trouver les mots jadis, des mots d'ivresse pour une assoiffée. Et j'ai bu ce vin amer jusqu'à la lie. Jusqu'à donner de ma chair, de mon sang, de ma vie. 

Celle-que-je-suis savait depuis le premier jour. Depuis le premier jour, elle me poussait à fuir cette barbe bleue. 

Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir?

Mais je n'entendais pas, subjuguée par le chant tonitruant du maître-chanteur. Il m'a rendu presque sourde, presque folle. Il m'a montrée l'illusion comme la seule réalité possible. Il a cherché à s'infiltrer dans mon esprit, à y pomper toute la force qui lui manque pour réussir ses envoûtement. 
Il m'a tué sans pitié, afin de me garder. Jusqu'à cette nuit, où Dieu, au fond même de l'enfer qu'il a ouvert pour moi, est venu me chercher.

Et j'ai commencer à sentir mes pieds. J'ai senti le goût de marcher. La stabilité indéfectible du Ciel sous mes pas.

Quelque chose que l'homme boiteux ne peut pas voir. La Réalité ne se dévoile jamais à lui. Moi seule aie l'accès au Royaume.

Je ne sais pas pourquoi suite à cette nuit, je ne suis pas partie. Je n'avais pas terminé la transformation. Il fallait que tout les voiles soient ôtés, les uns après les autres, afin que mes yeux véritables puissent contempler le Royaume.

La vérité est douloureuse, surtout quand on s'en est longtemps prémunie. Elle est comme l'étreinte folle d'un amant éperdue. Elle nous prend entièrement, nous brûle jusqu'à l'os.


Il y a trois jour, tout le fiel accumulé depuis tant d'année est sorti de mon oeil gauche. Ce n'était pas une infection...c'était une libération.

Me voila calcinée.


Nout


En ce jour spécial, une pensée aimante à toutes les mères et femmes de ma lignée...



samedi 25 février 2012

Reprojeter l'ombre





Vassilissa entra dans la maison avec un sentiment de triomphe, car elle avait survécu à son dangereux voyage et rapporté le feu. Mais le crâne fixa son regard incandescent sur la marâtre et ses filles, et ne les quitta plus des yeux, si bien qu'au matin il avait réduit le cruel trio en cendres.*


C'est ainsi que le conte se termine tout comme ce cycle de réflexion sur la belle Vassilissa devenue sage grâce à l'initiation de Baba Yaga. Ce fil a été une source d'éclaircissements et de réflexions enrichissantes à mettre en parallèle avec mon cheminement sur les rêves. J'en sors comme Vassilissa avec un feu nouveau pour ouvrir  le chemin. 

Je témoigne sur ces pages d'un éveil et j'ai cru longtemps que cet éveil était une fin en soi. Il était certes une réponse à la question vivante que je suis (que nous sommes). Il est La Réponse de Dieu à mon appel pressant. Mais il faut du temps pour comprendre une telle Réponse, pour la vivre c'est à dire l'incarner pleinement. C'est une grâce que nous devons tâcher de ne pas trahir par les faiblesses inhérentes à ce vécu douloureux de l'exil. L'unité ne peut être vécue qu'à travers la dualité et non  dans la fuite (et Dieu sait si elle s'offre à chaque tournant!). Les refuges de l'extase sont très attrayant mais ne nous permettent pas d'apprendre tout ce que ce monde offre. Il existe un test très facile pour vérifier si nous avons réussi notre voyage retour avec le crâne flamboyant, si nous sommes parvenu à quitter la chaumière bouillonnante de la Yaga...

Il suffit de regarder où nous en sommes dans nos relation à l'autre, à notre famille, nos amis; comment nous vivons notre spiritualité dans le quotidien, notre rapport à l'argent (aïe ça fait mal!). Et je crois que le plus évident, le plus éclairant à ce sujet, c'est comment vivons-nous l'amour?...quel retour de la vie recevons-nous?

La vie nous répond à chaque instant, comme le rêve ou les mythes, elle nous offre toujours la possibilité de trouver un équilibre.

Ce voyage dans la forêt profonde se fera de nombreuses fois au cours d'une vie, à la façon d'une spirale de connaissance (voir celle de l'adn dans laquelle, au coeur de nos cellules, est encodée toute l'information humaine depuis l'origine...) et non plus comme un cycle fermé (karma). Il nous permet de connaître la véritable Initiation  (du latin initiatio, are, ium = commencement), non celle inculquée de l'extérieur par le biais d'un groupe religieux ou spirituel, mais l'Initiation inspirée par les cycles naturels de la vie et de l'expérience. A chaque fois un nouveau commencement, une nouvelle genèse afin de s'approcher du divin. Après les épousailles, vient le temps où l'on apprend à se connaître...

Je laisse le mot de la fin à Clarissa Pinkola Estés, avec ce passage de Femmes qui courent avec les loups qui m'a personnellement ébloui par la vérité qu'il exprime.
Toutes les femmes (note perso: et les hommes) qui se réapproprient leur intuition et les pouvoirs de baba Yaga sont à un moments tentées de les rejeter. A quoi sert, en effet, de voir et de savoir tout cela? La lumière du crâne ne pardonne rien. Les gens âgés apparaissent comme des vieillards, la beauté devient de la luxuriance, la sottise de l’imbécillité, l'ivresse de l'ivrognerie, l'infidélité de la trahison, les choses incroyables des miracles. La lumière du crâne est celle de l'éternité. Elle brille au front des femmes, comme une présence qui se porterait en tête et reviendrait leur dire ce qu'elle a vu. Elle est perpétuellement en reconnaissance.
Or, voir, sentir de la sorte oblige à agir sur ce que l'on découvre: une bonne intuition, un bon pouvoir, c'est du travail en perspective. Il est d'abord nécessaire de surveiller, de prendre en compte les forces négatives et les déséquilibres au détriment de l'intérieur comme de l'extérieur. Ensuite on doit bander sa volonté pour agir par rapport à ce qu'on découvre, que ce soit pur améliorer, équilibrer ou permettre à quelque chose de vivre et de mourir.
Je ne vais pas vous mentir, il est plus facile, c'est vrai, de jeter au loin la lumière et d'aller dormir. Avec la lumière devant nous, nous voyons parfaitement tous les aspects de nous-même et des autres, du disgracié au divin en passant par tous les états intermédiaires.
C'est pourtant avec cette lumière que viennent à la conscience les miracles de la profonde beauté du monde et des êtres. Elle permet de dépasser la mauvaise action et de voir le coeur empli de bonté, de découvrir l'esprit délicat écrasé sous la haine, d'être compréhensive au lieu de ne pas comprendre. Elle peut faire la différence entre diverses couches de personnalité, d'intentions, de motivations chez les autres, entre conscience et inconscience, chez soi-même comme chez les autres. C'est la baguette magique de la connaissance, le miroir où l'on sent et où l'on voit toute chose. C'est la nature sauvage profonde. 






*Extrait du conte la belle Vassilissa par C.Pinkola Estés dans Femmes qui courent avec les loups.

vendredi 24 février 2012

Se tenir à quatre pattes

Source



Vassilissa commença à remercier la Yaga, mais la poupée se mit à s'agiter dans sa poche et Vassilissa se rendit compte qu'elle devait prendre le crâne et s'en aller. Elle courut jusque chez elle à travers la forêt obscure, suivant les méandres du chemin selon les indications de la poupée. 
Vassilissa traversait la forêt, portant le crâne avec le feu qui jaillissait des trous à l'endroit de ses oreilles, de ses yeux, de son nez et de sa bouche. Soudain, elle eut peur de son poids et de sa lumière surnaturelle et eut envie de le jeter au loin.
Mais le crâne lui adressa la parole. Il lui enjoignit de se calmer et de continuer à marcher vers la demeure de sa belle-mère et de ses filles. Ce qu'elle fit.*

Après le travail des profondeurs, vient le moment de l'ascension, le retour au monde comme une nouvelle naissance. Il est étrange d'employer ce terme d'ascension pour exprimer un retour aux réalités de ce monde généralement employé pour décrire l'élévation de la conscience vers les hautes sphères divines...
Il s'agit pourtant d'un point essentiel de toute voie et je le mets en parallèle avec la symbolique de l'Ascension du Christ. Il est commun de considérer la voie spirituelle comme un chemin conduisant à se libérer définitivement de ce monde.
Dans le conte de Vassilissa, souvenez-vous, Baba Yaga presse la jeune héroïne du conte à repartir, à rentrer chez elle avec son nouveau Soi symbolisé par le crâne flamboyant (chakra couronne...). Elle la pousse à ne pas s'attarder dans ce monde sous-terrain qui est aussi le creuset de sa part divine. 


Il s'agit là d'un piège spirituel  très subtil: s'attarder dans l'illumination qui est, disons-le sans mentir, un lieu bien plus confortable que les vicissitudes terrestres. Quand nous vivons la fusion, l'unité du Soi, il est très tentant de ne plus "revenir", d'alimenter de façon à peine perceptible par le mental (qu'à force de diaboliser , on alimente...) ce détachement vis-à vis du monde. 


Or, je ne crois pas que le Christ soit venu en ce monde pour en suite s'en retirer. Il est venu au contraire s'offrir dans sa totalité. Croire en une séparation entre le royaume des Cieux et le royaume terrestre est le propre même de la dualité. Cette idée d'Ascension au Ciel du Christ peut s'apparenter au retour de Vassilissa armée de son Soi flamboyant vers le monde d'en haut, c'est à dire le monde extérieur (le monde ontologique des contes étant un monde renversé ce qui est en haut est en bas et inversement. De nombreux mythes et contes évoquent cet inversement des valeurs).


Sans doutes s'agit-il de la véritable naissance qu'évoque Jésus à Nicodème quand il lui parle de "naître d'en haut". Le Royaume des Cieux où l'on établit communément la demeure de Dieu, se situe en réalité dans nos profondeurs et c'est là qu'il nous faut aller chercher si nous voulons accéder à la Vie réelle, si nous voulons réellement incarner le divin reconnu au fond de soi. La science ne dit-elle pas que nos cellules sont composées de la même matière originelle que les étoiles? Dieu est semble-t-il encodé dans chaque particule de notre être; c'est donc en nous, dans l'espace perceptible de notre champ de conscience que nous devons Le chercher et Le trouver.


Le crâne flamboyant contient le Soi, c'est à dire la lumière divine obtenue après une remontée jusqu'au chakra Couronne symbolisé dans l'arbre de vie de la Kabbale par la sephiroth Kether. Mais si l'Arbre de Vie propose justement une remontée de l'initié vers les hautes sphères, il propose aussi un retour dans le sens inverse pour amener la lumière recueillie en kether vers le royaume dit Malkuth (la sphère matérielle et terrestre). C'est tout le cheminement de l'homme suivant la Voie du milieu. 








Quand on observe l'arcane de la Tempérance, nous voyons bien comment l'énergie d'en haut est reliée à celle d'en bas, mais cela exige une transmutation de la matière vivifiée par l'Esprit (ou étymologiquement Pneuma=Souffle). C'est ce souffle justement qui doit franchir les étapes de l'arbre des Séphiroth, dépasser les blocages inhérents à chaque passage (ou portes) afin d'habiter pleinement son  Arbre, ou plus directement habiter son Corps dont l'Arbre est l'image archétypale (Annick de Souzenelle). Mais la tâche la plus ardue n'est sans doute pas celle de monter vers l'Aïn  Soph Aur (Lumière infinie) qui nous lance un appel déchirant depuis nos profondeurs au plus loin que remonte l'exil, mais bien celle d'accepter d'en être momentanément privé le temps de l'incarnation afin d'accomplir la descente de cette lumière dans les sphères opaques de la matière. C'est ce que symbolise sans doute les ailes couleur chair de l'ange de Tempérance: le Souffle allié à la matière.


La véritable spiritualité ne se mesure pas seulement à la façon dont vous savez dissoudre l'ego (même si au départ c'est un travail utile) mais à la façon dont à travers l'ego (qui ne peut complètement disparaître tant que les corps est là...), ou la persona, vous exprimer la spiritualité. Elle se mesure à la façon dont vous allez réaliser chaque énergie rencontrée sur votre chemin dans le concret, la matière.


C'est une façon de soumettre la matière aux lois nouvellement intégrées de l'Esprit. Et non le contraire (comme le pratique le magicien qui soumet les lois de l'Esprit à des désirs purement matériels...). C'est ce qu'est en train d'accomplir la jeune Vassilissa; elle se rend bien compte à quel point la tâche est vertigineuse et à quel point elle n'y a pas été préparée (nous marchons à tâtons guidé seulement par l’intuition et la Connaissance peu à peu acquise).


Soudain, elle eut peur de son poids et de sa lumière surnaturelle et eut envie de le jeter au loin.*


En effet, l'enjeu n'est plus le même; nous devenons responsable de ce que nous allons exprimer de cette connaissance, de la façon dont nous allons la transmettre et l'incarner.


Se tenir à quatre pattes que je reprends en titre signifie bien sûr selon l'expression de Pinkola Estés retrouver ses instincts perdus, sa nature véritable et sauvage. Mais cela signifie aussi, à ma façon, se tenir verticalement au coeur même de la matière (le quatre ou le symbole du carré). Vous notez que le 14 de la Tempérance est le Un allié au 4, le carré dans le cercle...


L'homme de Vitruve - L. de Vinci


Se tenir à quatre pattes, c'est aussi faire confiance en son flair, en sa guidance spirituelle; c'est être parfaitement stable et proche de ses racines. C'est pouvoir se glisser dans les sous-bois épineux sans perdre l'équilibre.


Dans cette vidéo, Arouna Lipschitz, explique comment après avoir porté dix ans la robe orange (tradition hindouiste), elle dut retourner au monde et réaliser sa spiritualité de façon plus concrète...




* Extraits du conte la Belle Vassilissa selon Clarissa Pinkola Estés dans Femmes qui courent avec les loups.

vendredi 17 février 2012

Séparer ceci de cela

Si Wa Wata Wa  (Oeil ouvert) -Eward Curtis


- Lave mes vêtements, balaye la cour et nettoie la maison, prépare ma nourriture, sépare le froment attaqué par la rouille du bon blé et veille à ce que tout soit en ordre. Je reviendrai bientôt pour vérifier ton travail. S'il n'est pas fait, tu me serviras de festin. 

Là-dessus Baba Yaga s'envola sur son chaudron et la nuit tomba de nouveau.

Dès qu'elle eut disparu, Vassilissa se tourna vers la poupée. - Que dois-je faire? Vais-je pouvoir accomplir ces tâches dans les temps?

La poupée l'assura qu'elle le pourrait et lui dit de manger un peu et d'aller dormir. Vassilissa donna un peu à manger à la poupée et s'endormit.

Au matin, la poupée avait fait tout le travail.*

L'éveil offre à l'homme qui le vit une transparence intérieure, un retournement de la vision comme si le regard se positionnait à l'arrière de la psyché, plutôt qu'à sa périphérie. Soudain, le monde extérieur prend un nouveau relief; il n'est plus séparé de nos profondeurs. Nous pouvons en contempler l'étendue ainsi que les liens d'interaction comme si nous regardions du sommet d'une montagne. Nous regardons le monde comme un souverain contemple son royaume. Nous devenons à la fois la cause et les conséquences. 

Et dans ce sens, nous devons lire les contes, les mythes et les rêves comme quelque chose qui nous renvoie à ce royaume intérieur. Quel souverain es-tu pour ce royaume? Comment gères-tu le peuple qui t'habite (symbolisé par l'animalité représentée dans la Bible par exemple dans le mythe de la Genèse ou celui très ancien de Noé), la cour qui t'entoure, les réseaux de communication, l'échange avec les autres royaumes...

Ce n'est pas un hasard si Jésus emploie beaucoup cette métaphore du royaume car en réalité, nous sommes une foule réunie en un. Chaque aspect de notre être a une valeur essentielle, un rôle particulier qui doit être accompli afin de veiller à l'harmonie du tout. Pour cela nous devons veiller, nous devons devenir un bon roi (l'archétype du roi est familier des contes de fées) et cela demande beaucoup de sagesse et de patience. Cela demande aussi une confiance en nos forces profondes, une véritable foi (car si la croyance s'appuie sur un objet extérieur, la foi ne s'appuie sur rien d'autre que sur notre divin).

Tel le roi Salomon, nous devons rendre justice et rendre à chacun son dû (comme il le fait aux deux femmes qui réclament le même enfant dans le Livre des Rois:3, 16-28). Nous devons trier le faux du vrai à l'intérieur de nous-même, rendre à César ce qui lui revient. Dans la parabole de l'ivraie, Évangile de Saint Matthieu:


13.24 Il leur proposa une autre parabole, et il dit: Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ.
13.25 Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l'ivraie parmi le blé, et s'en alla.
13.26 Lorsque l'herbe eut poussé et donné du fruit, l'ivraie parut aussi.
13.27 Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire: Seigneur, n'as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie?
13.28 Il leur répondit: C'est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent: Veux-tu que nous allions l'arracher?
13.29 Non, dit-il, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé.
13.30 Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et, à l'époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs: Arrachez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier.


Brin d'ivraie
L'ivraie  qui, en grec se dénomme zizania (la zizanie), a non seulement des propriétés enivrantes mais peut aussi devenir toxique dans certaines conditions.
Par expérience, nous ressentons cet état d'ivresse lorsque nous sommes en friche à l'intérieur de nous, c'est à dire lorsque tout est confondu dans notre psyché (l'âge de l'adolescent en est un bon exemple). Nous sommes alors à la merci de nos erreurs de jugements qui s'appuient exclusivement sur une vision trouble, enchaîné au passé et à des émotions refoulées, non conscientes.

Ce chaos intérieur nous pousse à agir de façon incontrôlable exactement comme si nous étions ivre. Nous nous retrouvons dans des situations répétitives, qui nous font revivre des souffrances oubliées mais toujours présentes. Nous agissons comme si nous étions sous l'emprise d'une drogue ou d'un démon. Combien de criminels face au tribunal se sont défendus d'avoir agi de façon incontrôlable comme si c'était quelqu'un d'autre qui prenait les commandes...
Et c'est exactement ce qui se passe. Plus nous refusons de reconnaître un élément de nous-même, plus il tend à se manifester de façon inattendue voire violente (c'est le concept jungien de l'ombre). Il prend "forme et vie" en quelque sorte. Il faut bien comprendre que nous sommes composés de flux d'énergies et chaque ressenti, chaque souffrance fait naître et détourne de nouvelles énergies qui, si elles sont trop longtemps retenues (ou mal orientées) peuvent exploser selon le principe de la cocotte minute. Or toute énergie est source de vie. Nous donnons ainsi vie à des démons intérieurs qui nous empoisonnent la vie exactement comme l'ivraie le ferait de nos récoltes. Nous avons beau semer le blé de nos vies, nous ne récoltons que de l'amertume et des échecs. 

Lors d'un traumatisme, se déclenchent des mécanismes de défense destinés à protéger l'équilibre de la psyché mis à mal. Ces mécanismes enferment le psychisme dans un système binaire, duel (cette fameuse dualité), le coupant non seulement du trauma vécu mais aussi de ses ressources intérieures. L'être se retrouve alors pris au piège à l'intérieur de lui-même. On ne peut rêver un système pénitentiaire plus élaboré, plus efficace que celui d'enfermer quelqu'un dans son propre corps! 

Il y a donc en nous des forces qui s'opposent et s'affrontent incapables de trouver un juste équilibre qui permettrait à l'énergie en rétention de s'écouler sans provoquer de dégâts; le premier pas à faire pour reprendre la maîtrise de tout ça, serait de commencer à "reconnaître" se qui veut s'exprimer en soi. Le fait même de porter notre attention sur un point douloureux de notre histoire permet déjà à l'énergie de circuler à nouveau de sortir du système duel de rétention-pulsion.

Ancien tableau de médecine chinoise
J'ai publié un rêve dans mon carnet dans lequel un petit garçon noir (donc énergie non consciente) se posait sur le visage des aiguilles de couturière à la façon de l’acupuncture (médecine traditionnelle chinoise connue aussi depuis 5000 ans en Inde et en Egypte ancienne- voir les commentaires du sujet précédent Servir le non-rationnel  où il est question d'une connaissance bien antérieure à ce que nous pouvons imaginer...). La médecine chinoise détient depuis bien plus longtemps que nous le secret de ces flux d'énergies qui nous composent et que dont nous sommes responsables. En effet, qui d'autre que nous peu ressentir de quoi nous souffrons et tenter de trouver ce qui perturbe la libre circulation de ces flux. 

Faire le tri en nous, c'est à dire aussi changer notre vision de nous-même en prenant du recul. Ne plus vivre au centre de la douleur (ou névrose) mais prendre de la distance et observer. Notre pouvoir est véritablement cela: nous pouvons "regarder" ce qui nous habite comme un roi observerait un sujet de son royaume.

Un bon roi écoute ses sujets, entends les doléances et essaie de prendre des décisions pour le bien de tous. Ainsi peut advenir l'unité en soi.

Dans le conte de Vassilissa, la poupée offre à la jeune fille un secret pour parvenir à exécuter les ordres de Baba Yaga (qui au centre de la psyché, de la nuit intérieure donc de l'inconscient, sait bien qu'il faut faire le ménage pour y voir plus clair!); elle lui propose quelque chose d'extrêmement simple: manger puis dormir.
La poupée enseigne là que bien nourrir sa psyché permet aussi de bien dormir c'est à dire de "bien rêver".
Le rêve nocturne est véritablement une clé donnée par le conte qui permet d'explorer sa nuit intérieure et d'en rallumer le feu.  J'en fait personnellement l'expérience actuellement...

Il suffit de dormir, c'est à dire aussi de s'abandonner à sa poupée. En tant qu'intuition, cette voix intérieure est bien plus efficace dans un total lâcher-prise (et confiance) que dans une recherche de contrôle par le mental ou la logique. La raison est un fruit de l'harmonie mais ne peut en être les racines. L'harmonie fleurit dans le coeur même de l'être où règne un ordre bien supérieur au raisonnement cartésien qui ne maîtrise en rien ce qui est caché aux yeux du mental: l'énergie créatrice contenue en toute chose.

L'univers est maintenu dans une harmonie parfaite. La force qui régit les choses "sait" comment faire pour faire régner l’ordre pour le bien de tous. Nous abandonner à cette ordre (ou Tao) nous permet de laisser les énergies reprendre leur juste place et ainsi d'éviter les inondations et autres tsunamis...



* Extrait du conte la belle Vassilissa selon Clarissa Pinkola Estés dans Femmes qui courent avec les loups.

dimanche 12 février 2012

Donner la bonne réponse

Araignée souriante - Odilon Redon




Avant que Vassilissa n'ait fait un pas de plus, Baba Yaga fondit sur elle avec son chaudron en hurlant:


-Qu'est-ce que tu veux?


La jeune fille trembla.


-Grand-mère, je viens chercher du feu. Ma maison est toute froide... les miens vont mourir... j'ai besoin de feu.


Baba Yaga dit d'une voix cassante:


-Ah oui, je te connais et je connais les tiens. Eh bien, inutile enfant...tu as laissé le feu d'éteindre. C'est être bien mal avisée. Par dessus le marché, pourquoi crois-tu que je vais te donner la flamme?


Vassilissa consulta sa poupée et se hâta de répondre:


-Parce que je te le demande.


Baba Yaga ronronna:


- Tu as de la chance. C'est la bonne réponse.*


Il y a une grande sagesse dans ces mots qu'à première lecture, on a du mal à percevoir.

Pourtant, écoutons bien ce que dit Baba Yaga. Elle traite Vassilissa d'imprudente d'avoir laissé le feu mourir ce qui est vrai. Que ce soit par paresse ou par négligence, laisser ses dons intérieurs dépérir est bien la pire chose que nous puissions faire. Je crois bien que si j'avais une définition du mal à donner ce serait bien celle-là:  laisser mourir la flamme intérieure...

Baba Yaga dit aussi: "je te connais et je connais les tiens"...et c'est une clef que tend la vieille sorcière à l'enfant, une clef essentielle qui va lui permettre de répondre à sa question sans appel: "pourquoi crois-tu que je vais te donner la flamme?".


Mais là, Baba Yaga ne s'adresse pas seulement à la petite Vassilissa...elle s'adresse à chacun de nous: "je te connais et je connais les tiens"... Elle indique là un moyen d'accéder au coeur du conte: chaque personnage est une part de soi. Y compris elle, la sorcière terrifiante et repoussante. Et l'intégrer comme une part de soi est la seule manière de s'en libérer.

C'est pourquoi la réponse de Vassilissa qui, au premier abord semble très naïve: "parce que je te le demande" n'exprime en fait qu'une évidence. Je suis toi comme tu es moi; tu vas me donner la flamme parce que si je meurs, inévitablement, tu meurs aussi...
En reconnaissant Baba Yaga comme une part d'elle-même qui la connaît et qui connaît les siens, Vassilissa accède à l'unité intérieur. Elle unifie ses énergies éparses et non reconnues.

Et la poupée cachée au fond de la poche le sait bien...

On comprend mieux alors la maladresse que commet Vassilissa avant de quitter Baba Yaga.

Vassilissa hésite à interroger la vieille sorcière sur les paires de mains qui apparaissaient et disparaissaient, mais la poupée la met en garde. Alors, le jeune fille se ravise:

- Non, Grand-Mère comme vous le dites en savoir trop peut faire vieillir prématurément.*

Mais Baba Yaga n'est pas dupe de ce genre de flatterie. Inutile de la caresser dans le sens du poil, elle reconnaît très vite le mensonge même subtilement glissé au milieu d'une vérité. C'est pourquoi elle dit à plusieurs reprises: "tu as de la chance". Elle sait bien que Vassilissa est "guidée" mais ne prend pas encore "consciemment" c'est à dire à partir d'un être complet et unifié ses décisions...

Elle met immédiatement la fragilité de Vassilissa, sa faiblesse intérieure à l'épreuve en lui posant un nouvelle question:

- Ah, fit la Yaga en penchant la tête tel un oiseau, tu es bien sage pour ton âge, ma fille. Et comment en es-tu arrivée là?
- Grâce à la bénédiction de ma mère.
- La bénédiction! grinça Baba Yaga. La bénédiction! Nous n'avons pas besoin de bénédictions dans cette maison! Tu ferais mieux de filer, mon enfant.
Elle poussa Vassilissa dehors, dans la nuit.*

"Tu es bien sage pour ton âge"... Ironise ainsi, la Yaga montrant à Vassilissa qu'elle n'a pas encore compris l'avertissement donné au début de leur rencontre: "en savoir trop fait vieillir". En savoir trop peut sans doutes vouloir dire en savoir plus que notre vécu nous le permet. La véritable connaissance ne s'acquiert pas seulement par le mental (même si il reste un outil indispensable) mais par l'expérience, le temps, la maturation (donc la patience...). On ne peut aller plus vite que Dieu en quelque sorte.
On ne peut faire fleurir les arbres en plein hiver alors que la neige alourdit les branchages...

C'est une vérité incontournable que tente d'enseigner Baba Yaga à la jeune fille (l'être encore immature).

Souvent, notre Soi nous amène des vérités à saisir que ce soit par les rencontres que nous faisons, les lectures, les prises de conscience. L'éveil peut être considéré comme une grande connaissance acquise de façon fulgurante au-delà même de la personne (du moi).

Ce qu'il est important  d'apprendre, le "travail" qui nous est demandé, comme le conseille Baba Yaga, la Mère sauvage, c'est laisser ces vérités mûrir en nous. C'est être assez en retrait pour ne pas perturber la maturation naturelle de ces germes en devenir dans notre terre intérieure.

Vassilissa dans ce dernier passage tombe dans le piège du vieux mécanisme qui consiste à retourner dans les jupes de la trop bonne mère. C'est à dire revenir à un savoir stérile, aux vieilles croyances extérieures seulement distillées par le milieu culturel et familial et surtout non passé au tamis du vécu. Ce vécu qui donne une valeur inestimable à toute connaissance. Il y a une interaction, un échange nourrissant entre le mental qui enregistre de façon linéaire et la conscience qui vit de façon globale. Cette interaction ouvre le regard, déploie l'appréhension que l'on peut avoir du monde et des autres. C'est ce que symbolise peut-être la croix  chrétienne par la rencontre de l'horizontalité et de la verticalité.

Cette bénédiction que refuse Baba Yaga c'est l'alignement à la norme sociale et culturelle au lieu de s'aligner à son être véritable, à sa vérité profonde. C'est le renoncement à notre liberté intérieure. C'est rester l'esclave de la marâtre et de ses exigences contre nature. Parce que derrière la bonne mère, ce confort attirant qui confine à la paresse, se cache toujours le visage impitoyable de la belle-mère du conte. Et ne pas voir cette simple vérité nous pousse à laisser mourir le feu intérieur.

"Elle poussa vassilissa, dehors dans la nuit"...

Baba Yaga sait qu'il faudra encore beaucoup d'aller-retour entre le monde d'en haut et le monde d'en bas - ce monde d'en bas qui de façon ontologiquement inversée se trouve être le Royaume des Cieux évoqué à de nombreuses reprises dans les Évangiles ainsi que la nuit intérieure des mystiques chrétiens tel que Saint Jean de La croix- avant que Vassilissa n'accède à la pleine maturité. Aussi la pousse-t-elle à reprendre son chemin, à revenir à la vie quotidienne, pour ne pas stagner dans la vie intérieure et commencer ainsi à laisser le mental envahir de ses ronces le feu nouvellement acquis. Ne pas s'attarder à poser trop de question, à tourner en rond... la flamme peut à nouveau s'éteindre.

- Je vais te dire, ma fille. Tiens! Baba Yaga prit à sa barrière un crâne aux yeux ardents et le plaça sur un bâton. Tiens! Emporte ce crâne chez toi au bout d'un bâton. Voilà, c'est ton feu. Ne prononce pas un mot de plus. File.*

* Extraits du conte la belle Vassilissa de Clarissa Pinkola Estés dans Femmes qui courent avec les loups.

mercredi 23 novembre 2011

L'Eveil, "ça" se déploie...


Une vidéo trouvée sur le Monde Réel.

C'est une fleur qui s'ouvre
Sous la peau des choses
Et soudain
son parfum imprègne tout


mercredi 7 septembre 2011

Guérir le "mâle"

Détail de l'homme blessé de Courbet

Pour pénétrer ce Féminin Sacré en soi, creuset de l'Être, il faut guérir le mâle, notre part masculine. Ce masculin est la mise en mouvement, le travail de conscientisation, de mise en parole ou en mots (passage au niveau mental). Il est ce qui "entend" l'appel du Féminin et part à sa conquête. Il est représenté dans les mythes et les contes sous les traits du héros, prince ou chevalier, qui va délivrer sa belle.

C'est le début de toute quête, la perception en soi d'un désir de retrouver quelque chose de très désirable qui s'est perdu dans la forêt inextricable de notre histoire personnelle (familiale, culturelle, humaine...). Quelque chose de pur, d'inaltérable qui recèle sans doute la réponse indicible au "Qui suis-je". Tant que l'on a pas trouvé ce qui démange ainsi, on se sent incomplet, inabouti...ou comme dirait un de mes amis avec un fort accent méridional:"pas fini"(!).

La tentation de Perceval d'après Arthur Hacker

Tant de gens en quête de leur moitié... Il n'y a qu'à voir le succès des sites de rencontre. Qui leur dira qu'ils ne cherchent que la moitié d'eux-même, de leur intériorité et qu'une fois seulement qu'ils auront trouvé cette part égarée d'eux-même, ils pourront espérer vivre une relation vraie?

C'est donc le masculin, notre part agissante, conquérante, qui va devoir aller au fond des choses, partir en quête dans les terres inexplorées du royaume intérieur, affronter les périls inhérents à toute quête, à toute progression dans l'inconnu . Il suffit que le masculin parte en quête pour que le féminin redoublant de désir le guide subtilement sous la forme d'une fée tissant le fil arachnéen (comme Ariane pour Thésée) qui va le conduire jusqu'au Centre...

Le mythe et le conte sont un appel désirant du féminin enfoui. C'est la bien-aimée qui, du fond de la chambre nuptiale, souffle à son amant le chemin à suivre pour venir jusqu'à elle. Aujourd'hui dans ce monde mâle-ade, le conte a perdu toute sa substance amoureuse; il ne sert plus qu'à bercer les enfants que nous sommes restés inexorablement perdus dans la forêt de ronce aux abords du château. La princesse sommeille à "jamais", oubliée par le prince immature, blessé, terrifié par les ombres de sa propre psyché.

Perceval et Blanche-Fleur

Il faut guérir le "mâle" en soi. Il faut qu'il cesse de croire à ce que l'inconscient collectif a fait du féminin: un trou noir dévorant (parfaitement freudien...). Sinon, il ne pourra franchir la porte de la blessure...cette faille ouverte dans la chair (la matière) qui appelle au mystère. Selon la formule célèbre de Émile Durkheim, sont sacrées les « choses que les interdits protègent et isolent »: le féminin est donc sacré par dépit d'être enfin exploré...

Le mâle impuissant est paralysé par ce qu'il perçoit avec son mental; il n'entend pas son coeur, son féminin, lui promettre l'amour éternel. L'amour est hors mental ou il n'est pas. C'est là qu'intervient l'humilité.

Le mâle, comme l'exige une certaine courtoisie, sans doute héritière des traditions anciennes de la chevalerie et de l'amour courtois (donc mystique), doit s'effacer pour laisser place au féminin. Il ne s'agit pas d'une puérile guerre des sexes ou l'un doit prendre le dessus sur l'autre. Cette courtoisie "symbolise" à l'extérieur un geste qui doit se produire aussi et avant tout à l'intérieur.

Quelle absurdité que ce féminisme qui veut libérer la femme en la "masculinisant" (ou l'émasculant...) effaçant ainsi toute trace de ce chant d'amour profond qui existe depuis l'aube des temps entre l'homme et la femme?

Aphrodite et Psyché


Le masculin doit donc se laisser engloutir par ce vide apparent qu'est le féminin. Il doit s'abandonner à sa voix, à sa guidance, se laisser initier comme un bon amant à l'écoute du moindre frisson de sa partenaire. Il ignore encore que sa jouissance viendra de tout ce qu'il donnera de lui. Il ignore encore que ce vide qu'il doit pénétrer est un plein merveilleux, quelque chose qui va le contenir, le redéfinir, le rendre à lui-même.

Il doit trouver le juste équilibre entre force et douceur, pour féconder ce féminin en lui-même. Passant la porte de la blessure, il doit laisser les émotions reprendre leur chemin, laisser le fleuve monter en crue, inondé de larmes ou des eaux féminines... Mais passé ce seuil délicat, cette défloraison de l'être qui permet aux eaux stagnantes de l'inconscient de se disperser, il doit entrer dans le feu de l'être. Au fond, au bout de cette quête, l'attend l'ultime brûlure, la combustion de tout ce qu'il reste de lui, pour accéder à la fusion.


Ophélie de Delaroche


Rien n'est alors confondu, tout reste distinct mais parfaitement "emboîté", unifié, merveilleusement Un au creux de cette alcôve alchimique. C'est le baiser du conte, quand les lèvres du prince touchent celles de la belle endormie. La bouche est la porte du souffle, du verbe; elle symbolise donc une union profonde jusqu'aux racines de l'esprit. La dualité transcendée, le "diábolos" vaincu, on accède alors à l'ange, être androgyne par excellence. Ce n'est pas encore le bout du chemin mais un autre commencement; le début d'un dialogue qui va s'approfondir et s'étendre à tous les niveaux de la vie consciente.

Dans la forme même des lèvres réunies (ou simplement fermées), on retrouve la forme d'un symbole ayant un rapport direct avec celui de la mandorle, l'amande, comme d'ailleurs dans la forme des yeux: la Vesica Pisces...



jeudi 30 juin 2011

Endymion


Adam Shaw


Cet adolescent au nom si fameux a une histoire fort courte. Certains poètes disent qu'il était roi; pour d'autres, il était un chasseur, mais la plupart en font un berger. Tous s'accordent pour célébrer sa beauté, qui fut la cause de son destin  singulier.

Endymion le berger
Fut aperçu par Séléné, la Lune,
Elle le vit et l'aima.

Elle descendit des cieux
Jusqu'à la grotte de Latmos,
Elle l'embrassa et s'étendit près de lui.

Sans un geste, immobile,
A jamais il sommeille
Endymion le berger.

Théocrite -IIIe s


Jamais il ne se réveille pour voir la forme brillante et argentée qui se penche sur lui. Dans tous les récits qui lui sont consacrés, il dort à jamais, immortel mais toujours inconscient; toujours aussi beau, il repose étendu sur le flanc de la montagne, aussi lointain et immobile que dans la mort mais chaud et vivant; et nuit après nuit, la Lune lui rend visite et le couvre de baisers. 
On dit que ce sommeil magique est son oeuvre, qu'elle l'aurait endormi afin de pouvoir à tout moment le rejoindre et l’embrasser. Mais on dit aussi que sa passion ne lui apporte que peine, une peine qui s'exhale en de nombreux soupirs.

Extrait de La mythologie d'Edith Hamilton, ed. Marabout.



Cette légende rappelle immanquablement celle, plus ancienne de deux millénaires, qui conte la passion entre la déesse mésopotamienne  Inanna (qui sera plus tard nommé Ishtar) et le berger Dumuzi que j'ai déjà évoqué ICI. Légende que j'avais lié alors avec celle de la fée Mélusine. Les mythes qui perdurent à travers les cycles du temps, relayés par une tradition souterraine, ésotérique dans son sens premier, c'est à dire profondément liés à l'intériorité de l'Homme, sont des mythes-clés qui sont une sorte de code à comprendre afin de nous libérer du cercle fermé de ce monde (Ourobouros).
Les détails changent en fonction du contexte culturel qui les transmet mais les grandes lignes restent intactes.

Il y a d'ailleurs dans ce mythe un renvoi assez clair au conte de la belle aux bois dormants. Aujourd'hui, je découvre grâce à des rencontres, des livres, que tout est lié au-delà même que ce que l'on peut imaginer. Le monde dans lequel on vit est un monde inversé, qui marche littéralement sur la tête (la raison); comme Lewis Caroll et d’autres "initiés" (dont les frères Grimm et auters conteurs) ont tenté de nous montrer, il faut pour nous redresser, redevenir Homme-debout, traverser le miroir dans le sens inverse où nous l'avions franchi lors de la Chute de l' Eden, cet autre mythe raconté par presque toutes les traditions.

Je découvre aujourd'hui que l'Eveil ne suffit pas, qu'il est une étape, une clé, ou une porte à franchir mais qu'il y a d'autres seuils et que la tentation de s'arrêter en cours de route, de se croire arrivé alors qu'on en est qu'au tout début du chemin, est grande. Depuis la nuit des temps, il y a eu des gardiens de cette vérité perdue qui à leur manière, à travers leurs dons, leurs vision unique, ont transmis secrètement et "hors des mots" ce que maintenant nous devons "connaître". Beaucoup en ont payé de leur vie...

Cette connaissance est évidemment codée pour ne pas être faussement interprétée (ce qui s'est à de nombreuse reprise produit...) mais la clé du code ne se trouve pas dans l'intellect comme cela a été souvent cru et diffusé à dessein (voir le Da Vinci Code). La clé du code est ailleurs et seuls ceux qui la détiennent le savent et peuvent l'utiliser. 

Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende...

Illustration de John Tenniel pour Alice au pays des merveilles