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lundi 26 mars 2012
dimanche 18 mars 2012
Donne-nous notre pain essentiel
Epiousios , terme grec qui semble évoquer les Épousailles, Noces intérieures avec Dieu. Ce Pater Noster tant de fois répété durant les heures de catéchèses, sans jamais avoir été vraiment entendu. Cette prière parfaite, transmise comme un pain partagé par Jésus à ses disciples.
Donne-nous notre pain essentiel...seule traduction possible pour celui qui a connu la faim et qui a été nourri.
Non pas la nourriture qui permet à mon corps d'accomplir ses tâches quotidiennes, mais bien cette nourriture qui me permet d'être pleinement Vivant, pleinement Chrétien.
Dieu, ce Vide qui habite mon coeur
Dieu auquel j'offre tout mon espace en méditant
Dieu que je remplis par ma prière
Tu es Seul apte à me nourrir
Seul apte à me remplir
A m'offrir cette satiété
qui va me permettre d'accomplir
le véritable Travail de Joie
La faim est précieuse
Elle permet de mesurer tout ce Vide
à remplir
Combien de fois me suis-je fourvoyée
à remplir ce vide
du bric-à brac des sept péchés
Capiteux
Caput
Tête
Remplir mon coeur Vide
de ma tête bien pleine
Et mourir de faim
A force d'être remplie
de rien
Rien qui ne puisse égaler
la Présence
la Noce avec Lui
ce petit mot qui contient le Sens
Et sur lequel
Remplis de rien
nous nous heurtons
sans cesse
Pour L'épouser
Il faut avoir connu la faim
le retrait
la grande chasteté de l'âme
Afin de lui offrir
Tout le grand Vide de notre Coeur
jeudi 27 octobre 2011
L'accueil
Accueillir est un art.
Le véritable signe pour reconnaître la sagesse d'une personne, le signe qui ne trompe pas, au-delà de tous les dogmes, concepts ou arguments, c'est l'ouverture du coeur. Cette capacité à accueillir l'autre, à offrir ce que l'on a de plus précieux, le soin mis dans les gestes, le sourire, le regard. Peu importe le degré de connaissance. La plus humble des personnes peut être aussi la plus éveillée simplement par la capacité d'accueil dont elle fait preuve. Simplement par sa générosité.
Nous accueillons avec, à la fois, ce que nous sommes et ce que nous avons à partager.
L'hospitalité que l'on rencontre encore dans certains pays dits "pauvres", a depuis longtemps disparu chez nous.
En arabe, l'expression très ancienne utilisée pour souhaiter la bienvenue à quelqu'un se dit: "Ahlan wa Sahlan" ("famille et terre"). Expression issue de la tradition bédouine qui invite l'hôte de passage à disposer de chez soi comme si il était chez lui, dans sa propre famille et sur ses terres. L'étranger de passage doit être accueilli avec soin (dans le désert, il s'agit d'une question de survie...); on se doit de partager avec lui ce que l'on possède, le peu que l'on possède. On partage le même plat car, symboliquement, le fait même de répondre aux besoins naturels de la vie ensemble, met tous les hommes au même niveau.
Lors de voyages, j'ai eu l'occasion d'être accueilli dans des maisons d'une extrême simplicité, dépourvues de tout le confort dont nous jouissons dans nos pays dits civilisés. J'y ai trouvé un enseignement très simple, à la portée de tous. L'hospitalité est un devoir sacré. J'y ai trouvé aussi la joie simple de partager avec l'autre, de rire, de chanter, de danser. Des choses qui ne coûtent rien et que tout le monde peut faire d'où qu'il vienne...
Il suffit d'un peu d'eau, d'une poignée de thé vert et de menthe, d'un sourire, même quand on ne parle pas le même langue, pour entamer la discussion...les parfum de la menthe et du pain cuit par les femmes assises à même le sol de la cuisine, quelques fruits fraîchement lavés...accueillir est simple.
Faire le thé dans certains pays arabe, en particulier chez les gens du désert, est une cérémonie aussi importante que celle pratiquée au Japon ou en Chine. Il faut procéder de façon précise, afin que le thé, resservi plusieurs fois, passe par des saveurs différentes et progressives (du plus amer au plus subtil)...
Dans la cérémonie du thé, appelée au japon Chanoyu (littéralement "eau chaude pour le thé"), se pratique dans un lieu dépouillé, avec des ustensiles très simples, voire imparfaits (ce qui ajoute à leur valeur), anoblis par l'usage:
"La cérémonie du thé fut développée comme une « pratique de la transformation » et commença à évoluer avec sa propre esthétique. C'est le cas, tout spécialement, du wabi. Wabi (侘び, signifie raffinement sobre et calme) est caractérisé par l'humilité, la contrainte, la simplicité, le naturalisme, la profondeur, l'imperfection et l'asymétrie qui met en valeur la simplicité à travers des objets non-ornés, des espaces architecturaux et la célébration de la beauté que le temps et l'attention donnent aux matériaux. "(wikipedia)
On peut avoir très peu avoir à offrir, on possède toujours cette présence humaine essentielle: écouter les nouvelles de l'autre, ses malheurs ou ses joies, partager la vie dans ce qu'elle a de plus simple et de plus mystérieux. Beaucoup de choses peuvent se passer autour d'une simple tasse de thé...les silences y ont aussi leur place.
Accueillir est un art qui s'apprend. Tout comme accueillir l'instant, la vie telle qu'elle vient. Parfois les évènements s'invitent et nous n'avons pas d'autre choix que de leur ouvrir la porte. Mais comment pouvons nous les accueillir?
Ce qui semble un malheur parfois amène de bonnes choses. Et ce qui semble heureux est parfois un malheur déguisé...Mais chaque évènement est porteur d'enseignement, une voie qui mène à soi pour celui qui en perçoit le sens.
Alors, pourquoi ne pas être un hôte accueillant?
Pourquoi ne pas faire preuve d'hospitalité en laissant les choses prendre leur place, offrir le boire et le manger, et laisser le passant satisfait reprendre dignement sa route?
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| Ahlan wa sahlan |
samedi 3 septembre 2011
L'enchanteur

Mon grand-père comme je l'ai déjà décrit a passé toute sa vie à refouler son féminin intérieur. Il a lui-même souffert d'un père despotique qui a su très tôt briser tout élan de reconquête de soi.
Il a repris ce flambeau de mâle-et-fils et passa une grande partie de sa vie à faire tout ce qu'il n'aimait pas.
Par exemple, endosser le rôle du "père sévère", du verbe "persévérer".
Persévérer à étouffer tout élan de réconciliation avec ce féminin brisé, brimé et pourtant flamboyant qu'il portait en lui-même sans le savoir. Ce féminin qui s'ouvrait doucement lorsqu'il lisait Victor Hugo, qu'il faisait des claquettes sur le trottoir pour me faire rire ou qu'il chantait de vieilles chansons de Tino Rossi...
Sa cadette (ma mère) représentait sans doute tout ce qu'il avait refoulé toute sa vie: une âme d'artiste. Elle symbolisait dans son aspect même de fillette pâle et menue ce féminin de l'âme affamé qu'il passait son temps à corriger. Mais on ne corrige pas ce qui est déjà parfait. C'est un travail sans fin, voué à l'échec.
Il a donc fallu tuer ce féminin en elle comme en lui-même; lui démontrer que dans le monde, les artistes, les rêveurs, les peintres n'ont pas leur place. Qu'il valait mieux travailler dans le service public.
Comme lui, qui aimait tant la poésie, s'était trouvé enfermé dans un bureau jusqu'à la retraite à faire le décompte des salaires des dockers...
Lui qui aimait tant marcher dans la ville sans but, traverser le port en ferry-boat, en me tenant la main...
Tous ces hommes ascendants que je porte jusqu'à la racine. Un arbre de pères-sévères et de femmes stériles.
Les femmes pour ces hommes-là restent un objet de fascination, quelque chose d’inaccessible qu'ils croient pouvoir domestiquer. Ils ne vivent que par elles mais l'ignorent. Et se croient libres.
Je suis née de cet homme.
Il m'a appris à lire en un été, bien avant l'âge. Les livres, tous les livres portent en quelque sorte son empreinte. Tous les matins, pendant presque huit ans, il a porté mon cartable jusqu'à l'école. Je me souviens de la force de son étreinte quand il me serrait contre lui. Une force d'homme qui vous brise d'amour.
Une force d'aimer que j'ai cherché chez tous les hommes après lui. Forcément. On ne peut rester dans un monde vide de cet amour-là.
Il a vénéré ce féminin en moi sans le savoir, l'a cajolé, bercé, défendu. Il est l'enchanteur qui a révélé la fée. Ou l'alchimiste...
Il est parti bien avant que j'ai pu prendre conscience de son importance dans ma vie, de sa place centrale, vitale. J'ai du mourir avec lui. A peine sortie de l'enfance, j'ai du traverser la nuit interminable, le pourquoi sans réponse; il faut apprendre à marcher seul pour comprendre la beauté du chemin. Comme il faut avoir jeûné pour vraiment goûter un simple morceau de pain... Il y a un poème à ce sujet qui me vient d'ailleurs:
On apprend l'eau - par la soif
La terre - par les mers qu'on passe
L'exaltation - par l'angoisse -
La paix - en comptant les batailles
L'amour - par une image qu'on garde
Et les oiseaux - par la neige
Emily Dickinson
Enfant, j'avais si peur des chiens que lorsque j'en voyais un, je grimpais littéralement sur mon grand-père. Il était grand et une fois perchée dans ses bras, je me sentais en sécurité. C'est cela la base de l'amour. Savoir que rien ne peut nous arriver tant qu'on y est blotti...
Je n'ai pas eu de père, à peine une mère, mais j'ai eu un sacré Grand père...
Illustration: Photo de mon grand-père maternel (au milieu...) prise le 22 décembre 1958
samedi 2 décembre 2006
Le partage
"La parole est moitié à celuy qui parle, moitié à celuy qui escoute.”Montaigne.Hassan Massoudy, 1984.
Le partage, c’est non pas diviser le pain mais le multiplier.
Multiplier la joie de se nourrir de la meilleure nourriture qui soit, répandre le feu vivant d’être en vie, comme un incendie qui embrase les champs desséchés de la conscience.
Combien de fois ai-je souffert enfant de devoir partager, croyant que je réduisais ma part pour que revienne la sienne à l’autre. Combien de fois adulte, ai-je eu l’impression de me dépouiller pour donner. Combien de fois ai-je cru n’avoir rien à offrir au mendiant d’amour, moi qui me sentais plus démunie que lui.
J’ignorais à quel point, j’étais riche. A quel point ces richesses ne pouvaient m’être retirées et à quel point l’autre n’était qu’un révélateur de ces richesses.
L’autre n’est pas comme je l’ai longtemps cru, un miroir dans lequel je pouvais me perdre. Il est simplement celui dans lequel je me suis trouvée.
Partager c’est nourrir l’autre et se nourrir soi-même. C’est ouvrir les vannes de la vie, révéler le verbe de bouche en bouche, de cœur en cœur. C’est ouvrir sa poitrine et montrer sa vérité nue et contempler l’autre se dévêtir à son tour, se dépouiller de tout ce qui le rendait pauvre.
Partager c’est faire de soi une nourriture qui exalte, c’est l’action de grâce (eucharistie), la combustion spontanée du mensonge.
C’est la véritable communion entre deux êtres, le partage total et absolu de tout ce que l’on est.
C’est dire avec des gestes ce que Jésus dit avec ces mots :
« prenez et mangez en tous car ceci est mon corps livré pour vous. »
Il ne s’agit pas d’un partage de biens, il s’agit d’un partage de soi, d’un abandon total de soi à l’autre qui nécessite une foi non pas aveugle mais éclairée.
Donner à l’autre comme si il était soi et non un « autre ».
Se laisser porter par le cœur et l’ouvrir simplement comme jésus partageait le pain à ses disciples.
Devenir un bon disciple c’est « être pleinement conscient qu’on ne sait pas ». Ne pas « savoir » est une libération.
Pourquoi « savoir » l’autre pour l’aimer et partager avec lui?
Le partage est un don sans conditions. Nul besoin de « savoir » si l’autre est bon, mauvais, blanc, noir, croyant ou athée, homme ou femme.
Il suffit qu’il soit et que je sois pour que le partage survienne.
Et ce partage peut survenir à tout moment, parfois sans qu’on s’y attende, à des instants que l’on n’aurait pu croire propice à une telle joie. On peut soudain « rencontrer » l’autre n’importe où, sur un champ de bataille ou dans un jardin paisible. Peu importe le lieu, le partage est hors du temps.
Le partage, c'est l'amour en action.
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