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jeudi 1 décembre 2011

Pèlerinage à la Sainte III


Il y a un propos de l'Evangile que j'ai haï tellement il heurtait mes convictions et mon joyeux combat. Aujourd'hui, je crois bien que c'est la phrase qui me touche, m'émeut le plus. Elle incarne à mes yeux la libre joie, la liberté intérieure, l'amour inconditionnel auxquels j'aspire si fort. Jésus dit: "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive."(Luc 9,23)




Se renier! Voilà le verbe qui m'a choqué avant d'y découvrir une invitation à devenir pleinement soi-même, au-delà des rôles. Se renier, c'est, pour le dire avec les mots de Malraux, " mettre à mort la comédie intime", cesser de façonner mon personnage, de porter un masque pour devenir réellement qui je suis au fond du fond. C'est une invitation à la liberté totale.


Longtemps j'ai pensé que porter sa croix tenait du renoncement, d'un ascétisme forcé, d'un sacrifice. Peut-être que porter sa croix, c'est tout simplement, et ce n'est pas si simple, assumer tout ce qui ne dépend pas de moi, tout ce qui contrarie ma volonté sans me laisser aigrir. L'ascèse, ce n'est pas en faire plus mais juste accueillir ce qui advient.

Ainsi, suivre le Christ revient pour moi dans cette phrase de Luc à cesser de mentir, à cesser de faire le beau devant Dieu, à arrêter de croire qu'il m'aime à certaines conditions seulement pour être et me déployer totalement. 


Ce verset m'invite aussi à me mettre en route, à porter le croix de ce jour, pas celle de demain ni celle du passé, et à faire la volonté du Christ, ici et maintenant. Mais là aussi, une conversion du regard a eu lieu.


Trop souvent, j'ai cru que faire la volonté de Dieu était forcément triste et pesant. Alors que Jésus l'affirme lui-même: "Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger" (Matthieu 11,30). Ainsi, tenter de faire la volonté de Dieu, c'est peut-être oeuvrer à être pleinement soi-même et se dégager de tout ce qui rapetisse et la vie et soi.


Article d'Alexandre Jollien dans le Hors-Série n°17, Le Monde des Religions, Le message de Jésus.

mardi 29 novembre 2011

Pèlerinage à la Sainte II

L'arbre Merlin

Au coeur de la bibliothèque hébraïque qu'on appelle la Bible, parmi les livres d'histoire, les récits de batailles, les paroles de sagesse et de prophétie, il y a un recueil de poèmes, le Shir ashirim ou "Chant des Chants", Cantique des Cantiques. 


C'était le livre préféré de Myriam et de Yeshoua, c'était aussi le coeur de la révélation qu'ils avaient à transmettre, Dieu aime l'humanité comme un homme aime une femme, comme une femme aime un homme, ce n'est qu'en vivant cela qu'on peut comprendre, "goûter" qui est Dieu.



Le Chant des Chants ne célèbre pas une histoire simple mais une passion difficile, un jeu d'absences et de présences où l'on apprend à aimer l'autre pour lui-même. La parole du bien-aimé à la bien-aimée c'est la même que celle dite à Abraham:"Lek lekka", "Va, ma bien-aimée, va vers toi-même".



Va, c'est la grande parole de l’Évangile, la parole qui résonne sans cesse dans l'oreille de Myriam et qui la relève aux moments de sa vie où l'absence se fait trop forte, trop "présente", quand elle voudrait se coucher à en mourir, un murmure, un souffle se fait entendre: "Va..."

Extrait d'une Femme Innombrable, Le roman de Marie-Madeleine, Jean-Yves Leloup

lundi 28 novembre 2011

Pèlerinage à la Sainte


Il y avait un bois sacré, qui, depuis un âge très reculé, n’avait jamais été profané, il entourait de ses rameaux entrelacés un air ténébreux et des ombres glacées, impénétrables au soleil. Il n’est point occupé par les Pans, habitants des campagnes, les Sylvains maîtres des forêts oules Nymphes, mais par des sanctuaires de dieux aux rites barbares ; des autels sont dressés sur des tertres sinistres et tous les arbres sont purifies par le sang humain. S’il faut en croire l’antiquié admiratrice des êtres célestes, les oiseaux craignent de se percher sur les branches de ce bois et les bêtes sauvages de coucher dans les repaires ; le vent ne s’abat pas sur les futaies, ni la foudre qui jaillit des sombres nuages. Ces arbres qui ne présentent leur feuillage à aucune brise inspirent une horreur toute particulière.





Une eau abondante tombe des noires fontaines ; les mornes statues de dieux sont sans art et se dressent, informes, sur des troncs coupés. La moisissure même et la pâleur qui apparaît sur les arbres pourris frappent de stupeur ; ce que l’on craint ainsi, ce ne sont pas les divinités dont une tradition sacrée a vulgarisé les traits ; tant ajoute aux terreurs de ne pas connaître les dieux qu’on doit redouter ! Déjà la renommée rapportait que les tremblements de terre faisaient mugir le fond de cavernes, que des ifs courbés se redressaient, que les bois, sans brûler, brillaient de la lueur des incendies, que des dragons, enlaçant les troncs, rampaient çà et là. Les peuples n’en approchent pas pour rendre leur culte sur place, ils l’ont cédé aux dieux. Que Phébus soit au milieu de sa course ou qu’une nuit sombre occupe le ciel, le prêtre lui-même en redoute l’accès et craint de surprendre le maître de ce bois.




Cette forêt, César ordonne d’y porter le fer et de l’abattre. Car, voisine des travaux et intacte de la guerre précédente, elle se tenait très épaisse au milieu des monts dénudés. Mais les mains tremblèrent aux plus braves ; vaincus par la majesté redoutable du lieu, ils craignaient, s’ils frappaient les troncs sacrés, que les haches ne revinssent sur leurs propres membres. Quand César vit les cohortes paralysées et clouées sur place, il osa le premier saisir une hache, la brandir et fendre du fer un chêne perdu dans les nues, puis il déclara, quand le tranchant se fut enfoncé dans le tronc violé : « Maintenant, pour que personne de vous n’hésite à renverser la forêt, croyez que c’est moi qui ai fait un sacrilège ». Alors toute la troupe obéit aux ordres, non qu’elle eût banni la crainte et recouvré la tranquillité, mais elle avait mis en balance la colère des dieux et celle de César.




Les ormes tombent, on abat le fût noueux de l’yeuse et le cyprès qui atteste des deuils non plébéiens. Alors pour la première fois, ils dépouillèrent leur chevelure et sans feuillage, ils laissèrent pénétrer le jour ; Malgré la poussée, les troncs se soutinrent dans leur chute. Les peuples gaulois gémirent à cette vue, mais les guerriers assiégés exultent. Qui pourrait penser, en effet, qu’on offense les dieux impunément ? Mais la fortune sauve plus d’un coupable et les dieux ne savent s’irriter que contre les malheureux. Quand il y eut assez de bois coupé, on l’emporte sur des chariots trouvés dans les champs et les laboureurs, voyant les bœufs enlevés à la charrue recourbés, pleurèrent l’année perdue par l’abandon du sol.


Lucain, La Guerre civile, III, 399-452, trad. A. Bourgery, 1926, Paris, Les Belles Lettres.

A suivre...

Illustrations dans l'ordre: Arbre en croix, Sainte Baume, l'arbre Héraclès gardien de la forêt vieil ami (millénaire) que je n'avais pas revu depuis six ans...